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Bulletin Quotidien Europe N° 12329
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / DÉveloppement durable

Les députés réclament une vraie stratégie de gestion durable des forêts de l’UE

Le rôle de la Politique agricole commune (PAC) et l’importance d’une gestion durable des forêts de l’UE pour remédier à leur état médiocre dans certains pays européens ont été amplement soulignés, lundi 16 septembre, à l’ouverture de la session plénière du Parlement à Strasbourg.

Ce débat sur la situation des forêts dans l’UE a mis en exergue les préoccupations des députés européens face à la dégradation des dernières années et leur volonté de voir préserver, par une stratégie cohérente, une ressource précieuse du fait de sa multifonctionnalité.

En Europe, 40% du territoire sont couverts de forêts, un patrimoine menacé par des éléments météorologiques extrêmes (tempêtes, incendies), qui causent des dommages aux écosystèmes et des pertes économiques, ainsi que par des insectes comme les scolytes, qui déciment les arbres. Plus de 300 000 hectares de forêts ont été détruits en 2019 par plus de 1 000 incendies, notamment en Europe du Sud et en Europe centrale.

Les politiques forestières relevant des États membres, la subsidiarité s’applique, a rappelé le commissaire à l’Action pour le Climat et l’Énergie, Miguel Arias Cañete. Les forêts « permettent des opportunités économiques dans les zones rurales et sont un atout pour la transition vers la neutralité carbone à l’horizon 2050 », a-t-il résumé.

En soutien aux États membres, l’UE a engagé 8 milliards d’euros sur la période 2014-2020, via les fonds de cohésion et la politique de développement rural. Une enveloppe de 1,5 milliard d'euros a été engagée pour la résilience des forêts à long terme et une autre de 27,7 millions spécifiquement pour la prévention des incendies. M. Cañete a cité le mécanisme RESCEU, une réserve de moyens (des hélicoptères pour commencer) dans le domaine de la protection civile de l’UE« Le soutien à l’innovation, à la protection et à la résilience des forêts va être augmenté dans le prochain budget » de l'UE post-2020, a-t-il assuré.

Tous les députés ont souligné le rôle essentiel des forêts pour le bien-être de la société, la biodiversité, la fourniture des services écosystémiques, les revenus des communautés sylvicoles, mais aussi pour leur contribution à la lutte contre le changement climatique, en tant que puits de carbone.

Ne pas couper dans les crédits de la PAC. Si la forêt s’étend en Europe d’un équivalent d’un hectare toutes les 4 secondes, « ce qui est une chance », a fait observer Anne Sander (PPE, française), il convient, « dans un contexte de vagues de chaleur intense, d’attaques de parasites et de maladies du bois, de redoubler d’efforts pour garantir leur gestion durable, pour que les forêts continuent à jouer un rôle économique, social et environnemental » et pour permettre la croissance du patrimoine forestier à long terme.

De nombreux députés ont demandé, comme elle, le maintien des crédits du deuxième pilier de la PAC dans le prochain budget de l’UE pour soutenir les propriétaires fonciers et l’adaptation au changement climatique.

« Il faut rejeter les coupes dans la PAC », a lancé Juan Ignacio Zoido Álvarez (PPE, espagnol). Il a fait observer qu’en Espagne, les forêts absorbent 37% du CO2 émis. C’est grâce à la PAC que nous avons pu augmenter la surface forestière, a renchéri Paulo de Castro (S&D, portugais).

Cohérence et crédibilité. Éric Andrieu (S&D, français) a insisté sur la responsabilité que porte l’UE dans la déforestation mondiale, notamment en important de l’huile de palme, « un carburant trois fois plus nocif que les combustibles fossiles ». Selon lui, l’UE serait « plus crédible » si elle se dotait d’une vraie stratégie de préservation des forêts en imposant des clauses contraignantes dans les accords de libre-échange qu’elle conclut, pour garantir le respect des normes environnementales.

Nils Torvalds (Renew Europe, suédois) a estimé qu’on ne pouvait pas mettre dans le même sac toutes les forêts d’Europe, certaines se portant bien. De fait, des députés finlandais, comme Teuvo Hakkarainen (ID), ont incité les autres pays de l’UE à s’inspirer des bonnes pratiques de gestion durable des forêts appliquées dans leur pays.

Jadwiga Wiśniewska (CRE, polonaise) a souligné qu’en Pologne, la couverture forestière est passée de 20% du territoire en 1946 à 30% aujourd’hui et que le pays projette de planter chaque année des millions d’arbres (le pays a pourtant été poursuivi devant la Cour à propos de l'exploitation de la forêt de Białowieża labellisée 'Natura 2000').

Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais) a déploré qu’avec 40% des énergies renouvelables provenant de la biomasse, on s’attende dans l’UE à un déclin des puits de carbone à l’horizon 2030. Sa collègue française Michèle Rivasi a jugé la communication de la Commission très complète sur le constat (EUROPE 12302/1), mais essentiellement basée sur des mesures volontaires. « Il faudrait exclure le bois de l’énergie dans la législation sur les renouvelables et arrêter d’importer de l’huile de palme », a-t-il estimé.

Ulrike Müller (Renew Europe, allemande) s’est alarmée du développement exponentiel du scolyte, qui a conduit à la perte de 20 millions de m3 de bois et d’un demi-milliard d’euros pour les sylviculteurs bavarois. Elle a plaidé pour que le bois perdu soit réutilisé dans le bâtiment. Sylvia Limmer (ID) a fustigé l’établissement de 500 éoliennes dans la forêt de Münster, une zone 'Natura 2000' qui abrite des arbres centenaires.

Perspectives nouvelles. Répondant aux députés, M. Cañete a estimé que la communication de la Commission pour intensifier l’action visant à protéger et restaurer les forêts du monde traduit l’engagement de l’UE.

Selon lui, la PAC future, qui crée un nouvel équilibre des responsabilités entre États membres et l’UE, continuera à soutenir la gestion durable des forêts en se fondant sur l’évaluation des besoins, dans une stratégie de long terme orientée vers la transition sobre en carbone, ainsi qu’en protégeant la biodiversité et les services qu’ils fournissent.

« Le Green Deal européen permettra d’envisager de nouvelles actions dans le contexte du cadre stratégique post-2020 pour améliorer le statut de conservation et la résilience des forêts européennes », a affirmé M. Cañete (EUROPE 12322/10, 12298/17). (Aminata Niang)

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