Le recyclage chimique promu par l'industrie comme une solution potentielle à la gestion des déchets plastiques n'est pas nécessairement la panacée et pourrait, sans garde-fou, compromettre une véritable économie circulaire, a prévenu, jeudi 29 août, une étude publiée par ZeroWaste Europe.
Cette étude insiste sur l'importance que revêt la mise en place d'un cadre politique approprié afin de faire du recyclage chimique un complément au recyclage mécanique et de garantir que le carbone reste dans le plastique et ne soit pas rejeté dans l'environnement.
Elle note que le plastique ne peut être indéfiniment recyclé mécaniquement sans réduire ses propriétés et sa qualité et que tous les types de plastique ne peuvent être recyclés mécaniquement. Le recyclage chimique pourrait donc être une solution complémentaire au recyclage mécanique lorsque ce dernier n'est pas adapté à la récupération du plastique parce qu'il est trop dégradé, contaminé ou trop complexe.
Le rapport reconnaît que le recyclage chimique peut jouer un rôle dans la fermeture de la boucle des matières et l'abandon des opérations d'élimination et de valorisation, mais il souligne que, d'un point de vue environnemental et économique, la meilleure option pour réduire la pollution plastique est d'investir dans des solutions de réduction et de réutilisation et de s'assurer qu'aucun plastique ne s'échappe de la boucle [de l'économie circulaire] par le plastique vers les carburants.
Selon Zero Waste Europe, permettre que le plastique soit considéré comme une matière première pour les carburants risque de créer une lacune dans la législation de l'UE sur le climat et l'économie circulaire.
Il convient en outre que, dans sa politique d'économie circulaire, l'UE tienne compte du fait que le recyclage chimique n'est pas encore une technologie mature.
Pour disposer d'un cadre politique adéquat, le rapport recommande de modifier la législation de l'UE sur les déchets comme suit :
. Élaborer une définition claire du recyclage chimique qui exclurait toute opération n’aboutissant pas à la production d'un nouveau plastique.
. Seuls les procédés dont l'empreinte carbone est inférieure à celle de la production de plastique à partir de matières premières vierges peuvent être classés comme recyclage chimique.
. Le recyclage chimique doit être utilisé pour traiter les plastiques dégradés et contaminés, mais jamais les plastiques provenant d'une collecte sélective.
. Mettre en place des systèmes de vérification pour s'assurer que le recyclage chimique produit des plastiques et des matières premières plastiques ; les installations agréées pour le recyclage chimique ne devraient pas produire de combustible comme production primaire.
. Le financement de l'UE ne devrait être autorisé que pour les opérations de transformation des plastiques en produits chimiques plastiques.
. Afin d'éviter la concurrence avec le recyclage mécanique, mais aussi pour faire la différence avec des opérations de valorisation et d'élimination, il convient d'ajouter un nouveau niveau dans la hiérarchie des déchets pour les opérations de valorisation des matériaux issus de déchets mélangés qui, aujourd'hui, sont brûlés ou enfouis. (Aminata Niang)