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Bulletin Quotidien Europe N° 12286
RÉUNION EXTRAORDINAIRE DU CONSEIL EUROPÉEN / Avenir de l'ue

Nominations aux hautes fonctions européennes, les Vingt-huit se reverront ce mardi 2 juillet

Après près de 20 heures de négociations, les vingt-huit chefs d'État ou de gouvernement de l'Union européenne ont été contraints, lundi 1er juillet à midi, de constater qu'un équilibre politique n'avait pas été atteint sur un paquet de nominations aux hautes fonctions européennes. Sont à pourvoir, d'ici à l'automne, les présidences de la Commission européenne, du Conseil européen, du Parlement européen, de la BCE et la fonction de Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité.

À l'issue d'un sommet européen extraordinaire, qui restera comme l'un des plus longs de l'histoire, les Vingt-huit ont décidé de faire une pause et de se réunir à nouveau le mardi 2 juillet à 11h00 (EUROPE 12285/1), dans le but de trouver un accord le même jour que la session constitutive du Parlement. Certains d'entre eux, les traits tirés, ont négocié pendant 24 heures, sans temps mort depuis leur retour du sommet du G20 au Japon, où il a aussi été question des nominations.

Évoquant « un mauvais résultat », la chancelière allemande, Angela Merkel, a expliqué que la suspension des négociations visait à « ne pas accumuler des tensions qui vont perdurer pendant les prochaines années, surtout dans le contexte du Brexit ». « Si on prend une décision rapide et que cela crée des tensions pendant cinq ans, on va nous demander : pourquoi n’avez-vous pas pris un jour de plus? », a-t-elle aussi considéré, souhaitant qu'une décision soit prise avant l'élection du président du Parlement.

Pour le président français, Emmanuel Macron, il conviendra de « tirer les conséquences d’un tel échec » marqué par « une crédibilité entachée avec des réunions trop longues qui n’aboutissent à rien ». Il a constaté « une dynamique collective qui n’a pas existé », certains dirigeants n’ayant pas facilité un accord en raison de leurs « ambitions » personnelles. Et d'estimer qu'il n'y aura pas de personnalités nouvelles qui sortiront du chapeau.

« Nous avons marqué un accord avec le parti libéral, nous avons marqué un accord avec une partie du PPE, mais malheureusement, cet accord n'a pas été respecté par la totalité du PPE », a indiqué le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez. Et d'ajouter: « Ce que nous avons essayé de faire pendant ces heures, c'est essayer de convaincre le PPE qu'il est bon de sauver le processus des Spitzenkandidaten, de tenir compte de ce que dit le Parlement et d'avoir des profils de premier niveau comme M. Weber et M. Timmermans à la tête des deux institutions principales ». 

Lors du Conseil européen, les leaders européens n'ont pas procédé à un vote. D'après une source européenne, ils ont préféré suspendre la séance pour éviter de creuser les divisions. Mais il est « probable » qu'ils votent mardi avant que le président du Parlement européen soit élu. Selon elle, la présidence de la Commission demeure la fonction qui suscite le plus de controverses.

Le 'paquet d'Osaka' n'était pas mûr

L'une des combinaisons testées, surnommée 'paquet d'Osaka', est revenue plusieurs fois sur la table, dans sa configuration initiale ou avec quelques variantes, presque toujours avec Frans Timmermans à la tête de la Commission. Elle n'est pas le fruit des consultations du président du Conseil européen, Donald Tusk, pour qui ce paquet comporte des « défauts » concernant les questions de genre et de provenance géographique des personnalités pressenties. 

Cette proposition avait germé peu avant le sommet du G20, puis avait été testée à Osaka durant le week-end, a indiqué le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, venu réveiller la salle de presse lundi, peu avant 7h00 du matin.

Ce paquet envisageait : - que la présidence de la Commission revienne au socialiste néerlandais, Frans Timmermans, candidat tête de liste ('Spitzenkandidat') du Parti socialiste européen, à condition que celui-ci rassemble une majorité absolue (376) d'eurodéputés sur sa personne; - que la présidence du Conseil européen soit octroyée à une personnalité libérale; - que la famille chrétienne-démocrate récupère la présidence du Parlement européen, promise au Spitzenkandidat du Parti populaire européen, l'Allemand Manfred Weber, et le poste de Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères. En outre, la présidence de la BCE pourrait revenir à la France, le nom de Christine Lagarde, la patronne du FMI étant mentionné.

Plusieurs dirigeants ont fait part de leur opposition au 'paquet d'Osaka'.

« Lors du précédent Conseil européen, il avait été dit que le critère des Spitzenkandidaten ne laissait entrevoir aucune solution. Donc nous l'avons abandonné », a fait valoir M. Conte, à l'issue des travaux. Faisant état d'un groupe de « 10 à 11 États membres » perplexes vis-à-vis de cette proposition, il a aussi critiqué « la méthode » employée d'un paquet de nominations discuté et testé hors des enceintes du Conseil européen.

Antérieure, une autre opposition est venue du parti PPE lui-même. Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, avait été l'un des plus virulents. « Il est juste de dire qu'il y a beaucoup d'opposition au puzzle élaboré à Osaka », avait-il estimé à son arrivée au sommet. Pour lui, les chrétiens-démocrates ne devaient pas renoncer aussi facilement à la présidence de la Commission alors qu'ils sont à nouveau arrivés en tête des élections européennes.

Les libéraux et les chrétiens-démocrates ont alors entamé des discussions pour une répartition différente des postes. L'idée d'une présidence du Conseil européen attribuée au parti PPE, potentiellement la Bulgare Kristalina Georgieva, a été testée, le poste de Haut Représentant revenant à la famille libérale, en l'occurrence le Belge Charles Michel. Même chose pour une présidence partagée du PE entre les chrétiens-démocrates et les libéraux.

Mais les quatre pays du groupe de Visegrád ont également fait part de leur opposition à l'hypothèse Timmermans à la tête de la Commission européenne. Dans une lettre ouverte au président du parti PPE, Joseph Daul, le Premier ministre Viktor Orbán a même qualifié cette hypothèse d'« erreur historique ».

L'actuel vice-président de la Commission, Frans Timmermans, est chargé de négocier au nom de la Commission avec la Pologne et la Hongrie, épinglées pour entorse à l'État de droit. 

Parmi les autres noms qui ont circulé pendant la nuit, citons ceux du Français Michel Barnier pour la présidence de la Commission, ainsi que ceux de l'Irlandais Leo Varadkar et du Luxembourgeois Xavier Bettel pour une haute fonction européenne. 

Élection du président du PE mercredi 3 juillet 

Réitérant son soutien au processus des Spitzenkandidaten, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, avait fait savoir, dimanche soir, que les eurodéputés éliraient « mercredi 3 juillet » la personnalité qui présidera l'assemblée européenne, précisant que le choix du PE était « totalement indépendant de la volonté du Conseil ». Qu'il y ait un accord des Vingt-huit, ou pas.

S'il n'est pas proposé par le Conseil européen pour présider la Commission, M. Timmermans devrait ainsi décider, mardi matin, s'il siège au Parlement ou s'il terminera son mandat au sein de la Commission 'Juncker'.

Les décisions du Conseil européen sur les nominations à la présidence de la Commission, du Conseil européen et au poste de Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères requièrent une super-majorité qualifiée de 21 États membres représentant 65% de la population de l'UE. (Mathieu Bion et la rédaction)

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