Le gouvernement britannique le répète depuis 2016 : « Le Brexit, ça dit bien ce que ça veut dire. » Mais à force d’y croire sans le définir, il a acquis sa propre raison d’être.
Aujourd’hui, le Brexit s’apparente à une panacée : accord ou absence d’accord ; Norvège, Canada, Turquie ou l’OMC ; une union douanière, pour maintenant ou pour toujours ; un second référendum ou des élections législatives.
Cette semaine, le Parlement britannique, qui s’est prononcé contre le projet d’accord de retrait, n’a privilégié aucune de ces options (EUROPE 12172). S’exprimant à ce sujet devant le Parlement européen, Michel Barnier a déclaré que ce vote « n’est pas la manifestation claire d’une majorité » en faveur d’un « projet alternatif ». « Aussi longtemps qu’une issue ne sera pas trouvée à l’impasse politique britannique actuelle, qu’une issue ne sera pas appuyée par une majorité parlementaire, nous ne serons pas en mesure d’avancer », a-t-il ajouté (EUROPE 12173).
En réalité, comme Pankaj Mishra et Fintan O’Toole l’ont avancé de manière si éloquente cette semaine, le Brexit ne porte pas véritablement sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE, mais plutôt sur la manière dont le pays gère la situation. Il n'est pas question d’immigration ni d’échanges commerciaux, autrement une relation du type de celle existant entre la Norvège et l’UE résoudrait le problème. Il ne s’agit absolument pas non plus de l’Irlande du Nord, autrement le gouvernement ne se serait pas réveillé si tardivement.
À Westminster, le débat a complètement dépassé l’idée du Brexit. Theresa May se concentre à présent sur la manière d’éviter une « absence d’accord » plutôt que sur la manière de convaincre les députés d’en soutenir un nouveau. Selon le règlement du Parlement, elle a jusqu’à lundi pour trouver une solution afin de progresser.
Du point de vue de l’UE, sa marge de manœuvre est limitée. Tous les pays de l’UE sont absolument opposés à une réouverture de l’accord de retrait (en particulier le protocole relatif à la frontière irlandaise), mais l’Union est ouverte à la modification de la déclaration politique.
Les diplomates européens débattent activement au sujet d’une brève prolongation de la période de négociation, initialement fixée à deux ans et qui expire le 29 mars, qui nécessiterait l’accord des 27 pays de l’UE. Le ministre allemand des Finances, Peter Altmaier, a déclaré cette semaine que le Royaume-Uni devrait avoir « la possibilité de clarifier » sa position. Mais, comme la ministre française Nathalie Loiseau l’a avancé à plusieurs reprises, à quoi servira cette prolongation : un accord, un second référendum, des élections législatives ou rien du tout ?
Mister Babadook est un monstre tiré d’un livre de contes qui prend vie afin de tourmenter tous ceux qui reconnaissent son existence. Et tout comme dans le film, le Babadook du Brexit vous hantera pour toujours à moins que vous ne vous décidiez à l’affronter. (Version originale anglaise par Sarah Collins)