Demandé par les gouvernements à Paris en 2015, le rapport spécial du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) sur l’objectif de 1,5 degré Celsius dans l’Accord de Paris a été salué de toutes parts, lors de sa publication lundi 8 octobre, puisqu’il montre qu’il est encore possible d’éviter les pires conséquences du changement climatique futur pour l'homme, la biodiversité et l'environnement pour peu qu’une transformation radicale et rapide ait lieu dans tous les secteurs de l’économie (EUROPE 12111, 12106).
La Commission européenne n’est pas la dernière à l'avoir salué, appelant aussitôt le monde entier à réagir. « Nous devons relever nos ambitions pour combattre le changement climatique, en ligne avec les conclusions du rapport du GIEC et transformer aujourd’hui les défis en opportunités », a aussitôt déclaré le commissaire Miguel Arias Cañete sur son compte Twitter.
La publication de ce rapport scientifique coïncidait avec la fin de la consultation publique sur la stratégie de long terme de l'Union européenne attendue en novembre (EUROPE 12065).
« En prenant en compte la contribution précieuse du rapport, la Commission va travailler pour présenter en novembre une stratégie de l’UE pour la réduction à long terme des émissions de gaz à effet de serre. Ce sera une vision globale pour la modernisation de nos économies, nos industries et notre secteur financier. L’UE travaillera à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, en ligne avec l’Accord de Paris et pour rendre notre économie plus moderne, innovante, compétitive et résiliente », ont assuré M. Cañete et son homologue à la Recherche, Carlos Moedas, dans un communiqué conjoint.
Pourtant, le projet de stratégie qui a fuité dans la presse fait état de trois options - une réduction de 80 % des émissions à l'horizon 2050, zéro émission nette en 2070, zéro émission nette en 2050 -, loin des exigences mises en exergue par ce rapport, selon l'organisation Climate Action Network Europe (CAN Europe).
Selon le directeur de ce réseau d'ONG Wendel Trio, « dans sa forme actuelle, cette stratégie est loin de permettre d'atteindre 1,5 degré Celsius » et « contraste fortement avec l'urgence de l'action mise en avant dans le rapport, qui montre sans équivoque que rester en deçà de 1,5 ° exige que les émissions mondiales tombent à zéro d'ici à 2050 ». Et d'ajouter : « L'Europe doit réduire ses émissions beaucoup plus rapidement que le reste du monde. Elle doit parvenir à la neutralité carbone d'ici à 2040. »
Lors d'une conférence de presse organisée lundi à Bruxelles par CAN Europe, le professeur belge Jean-Pascal van Ypersele de Strihou, ancien vice-président du GIEC, avait souligné qu'« un demi-degré de réchauffement fait une grande différence » en termes de population exposée à la chaleur extrême, de perte d'espèces (4 % à un niveau de réchauffement de 1,5 degré, contre 8 % à un niveau de 2 degrés), de rendements annuels de la pêche. Selon ce rapport, « l'une des plus grandes priorités est de sortir du charbon pour la production d'électricité », avait-il fait observer.
Les autorités françaises ont salué le rapport. « Ce rapport souligne que toutes les options permettant de ne pas dépasser une augmentation de 1,5 °C nécessitent des transformations majeures, dans tous les secteurs de la société et dans le monde entier, et qu’il est essentiel de les mettre en œuvre rapidement. La France a pris ses responsabilités en se fixant l’objectif ambitieux d’atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050 », ont-elles déclaré dans un communiqué. (Aminata Niang)