Le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a mis en garde le gouvernement italien contre toute velléité d’investir dans les infrastructures en faisant fi des règles du Pacte de stabilité et de croissance, lors d’un point presse, lundi 20 août.
Au détour d’une conférence consacrée à la sortie de la Grèce de son troisième plan de sauvetage (voir autre nouvelle), M. Moscovici a été interrogé sur le projet du gouvernement italien d’augmenter les investissements dans les infrastructures – quitte à ne pas respecter les règles budgétaires européennes - à la suite de l’effondrement du pont Morandi à Gênes, mardi 14 août.
M. Moscovici s’est pour le moins montré réservé quant à tout dérapage budgétaire. « Nous allons examiner le budget de l’Italie dans le cadre du Semestre européen avec des règles qui doivent être respectées par tous, sans oublier le poids de la dette publique italienne », a répondu le commissaire avant de lancer une mise en garde : « on sait que les États qui s’endettent à l’excès s’appauvrissent ».
Selon l’Office statistique de l’UE (Eurostat), la dette publique italienne était de 131,8 % du PIB national en 2017. Seule la Grèce présentait la même année un endettement par rapport au PIB plus important avec une dette publique représentant 178,6 % du PIB.
Il a par ailleurs insisté sur les aides financières déjà mises à disposition par l’Union européenne pour investir dans les infrastructures italiennes. Le commissaire a ainsi rappelé que, sur la période 2014 à 2020, environ 2,5 milliards d’euros des Fonds structurels et d’investissement, 1,5 milliard du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe ou encore 12 milliards d’euros du Plan Juncker ont été investis dans les infrastructures de transports.
En avril dernier, la Commission a, par ailleurs, donné son feu vert pour un plan d’investissement à hauteur de 8,5 milliards d’euros pour les autoroutes italiennes, notamment à Gênes, a-t-il ajouté. « Il y a déjà beaucoup de ressources et je pense que le problème est d’arriver à donner les bonnes priorités à l’usage de ces ressources qui sont déjà tout à fait considérables. »
Reprogrammation possible des fonds structurels et d’investissement
Pour l’heure, l’Italie n’aurait toujours pas sollicité la Commission européenne pour une reprogrammation des fonds alloués dans le cadre du Fonds européen de développement régional (FEDER), selon nos informations. Techniquement, une reprogrammation serait possible, mais cela signifierait une modification des accords de partenariat et une réorientation des fonds qui sont pour l’heure dirigés vers les régions les moins développées, à savoir au sud de l’Italie.
Le torchon brûle entre l’Union et le gouvernement italien depuis les déclarations du ministre à l’Intérieur d’extrême droite, Matteo Salvini, qui, au lendemain de la tragédie, a fait porter la responsabilité de l’effondrement du pont à l’Union en raison de ses règles budgétaires qui auraient freiné les investissements publics au détriment de la sécurité des citoyens. Des allégations auxquelles s’est immédiatement fermement opposée la Commission par la voix de son porte-parole, Christian Spahr, qui a rappelé la semaine passée que l’UE avait encouragé l'Italie à investir davantage dans ses infrastructures au printemps dans le cadre de ses recommandations au titre du Semestre européen. (Pascal Hansens)