La Grèce a officiellement mis un terme, lundi 20 août, au troisième et dernier plan de sauvetage financier triennal dont elle faisait l’objet depuis août 2015 (EUROPE 11372).
Aujourd'hui, « la Grèce a repris le contrôle de sa destinée pour lequel elle s'est battue », s'est félicité le président de l'Eurogroupe, Mário Centeno, dans un message vidéo. Félicitant les Grecs pour les efforts fournis, il a néanmoins appelé les autorités grecques à « la responsabilité » qui accompagne le retour à l'autonomie budgétaire et a mis en garde contre le retour des « mauvaises politiques du passé » ayant mené le pays à la quasi-faillite.
Cette date du 20 août 2018 marque effectivement l’ouverture d’un nouveau chapitre pour la Grèce, soumise à un troisième plan de sauvetage depuis août 2015 après une crise dont le paroxysme avait été atteint avec sa possible exclusion de la zone euro par l'ancien ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.
Pas de chèque en blanc. Les grands argentiers de l’Eurozone s’étaient effectivement accordés, fin juin, sur les modalités de finalisation de ce dernier plan d’assistance financière, ne lui donnant pas de chèque en blanc.
Avait été acté le versement d’une dernière tranche d’aide de 15 milliards d’euros aux autorités helléniques, leur permettant de couvrir le service immédiat de leur dette et de contribuer à constituer un matelas de liquidités (‘cash buffer’) de 24,1 milliards d'euros pour assurer un retour en douceur sur les marchés sur les deux prochaines années.
Si le versement de cette tranche d’aide a été quelque peu retardé par le Bundestag, la chambre basse allemande, cette dernière a donné son feu vert le 1er août (EUROPE 12076) et le déboursement des 15 milliards d’euros a pu s’effectuer lundi 6 août.
En huit ans, la Grèce aura donc perçu 288,7 milliards d'euros de ses créanciers institutionnels, dont 32,1 milliards du FMI lors des deux premiers plans de sauvetage. Lors du troisième plan d'aide triennal, le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage permanent de la zone euro, a déboursé 61,9 milliards d'euros.
En échange, les Grecs ont été contraints de procéder à de profondes réformes de leur administration et de leur économie. Ces mesures appliquées au pas de charge ont eu rapidement pour conséquence une forte récession, un quart de la richesse nationale s'étant envolée sur la période. La dette publique, désormais détenue à hauteur de 55 % par le MES et le fonds de sauvetage provisoire de la zone euro (fonds FESF), a explosé pour atteindre presque 180 % du PIB, de même que le chômage qui frappait 27,5 % de la population active en 2013.
Des indicateurs de nouveau dans le vert. Sans nier les difficultés que rencontre encore la population grecque ni « les erreurs » commises tant par les créanciers d'Athènes que les autorités grecques, le commissaire chargé des Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a combattu lundi une « idée fausse » : ce n'est pas l'austérité qui a provoqué la crise en Grèce, mais l'inverse.
Il a préféré souligner plusieurs éléments positifs de cette période de tutelle financière inédite dans sa durée, convaincu que l'économie grecque repose désormais sur des bases solides propices à la croissance et à la création d'emplois.
De fait, la croissance est de retour en Grèce depuis 2017 et devrait atteindre environ 2 % du PIB en 2018 et 2019. Pour la première fois depuis 2011, le chômage est redescendu en dessous de la barre des 20 % de la population active.
D'après M. Moscovici, le secteur financier grec est beaucoup plus solide, avec notamment une stratégie spécifique pour résorber les créances bancaires douteuses. L'administration publique est plus efficace avec une grille des salaires transparente et un recrutement fondé sur le mérite et les besoins. Le système fiscal a aussi été restructuré, a-t-il souligné, avec un accent mis sur la lutte contre l'évasion et la fraude fiscales. En outre, la compétitivité du pays s'est améliorée, si bien que la Grèce redevient une destination attractive pour les investissements.
Interrogé sur la possibilité pour le gouvernement de M. Tsipras de revenir début 2019, à quelques mois d'élections législatives, sur une mesure rognant à nouveau les retraites, le commissaire a préféré attendre le projet de budget grec pour l'année prochaine, qui sera transmis à la Commission européenne au plus tard mi-octobre, comme le font tous les pays de la zone euro.
« Nous verrons s'il y a une marge budgétaire », a-t-il commenté.
Une surveillance renforcée. Reste que la Grèce est un cas à part, pour la durée et l'ampleur de sa tutelle financière. À ce titre, ses créanciers exerceront une surveillance rapprochée de la politique économique et budgétaire grecque dans les premières années post-plan d'aide.
Pour M. Moscovici, il ne s'agit en aucun cas d'un quatrième plan de sauvetage : « La Grèce sera libre de définir sa politique économique dans le cadre agréé. La crise a été beaucoup plus profonde, donc la surveillance sera accrue. Mais ce sera beaucoup, beaucoup plus souple que n'importe quel plan d'aide », a-t-il martelé. Et d'ajouter : « Je ne veux pas d''hommes en bleu' après les 'hommes en noir' », en référence aux experts des institutions financières internationales chargés de suivre la mise en œuvre des plans de sauvetage des pays de la zone euro.
Il s'agira pour les créanciers d'Athènes de s'assurer que les engagements déjà pris seront tenus. Ils se rendront chaque trimestre sur place pour faire le point avec les autorités grecques, la première mission étant programmée pour la semaine débutant le lundi 10 septembre.
La Grèce fera ainsi l’objet, d’ici à 2022, d’une surveillance qualifiée de 'renforcée' de la part de la Commission, qui se traduira par un examen du respect et de la mise en œuvre des engagements pris par Athènes, au volet des réformes ou au volet budgétaire (EUROPE 12060).
Notamment, les autorités helléniques devront maintenir un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de +3,5 % du PIB jusqu’en 2022 et de +2,2 % du PIB en moyenne jusqu’en 2060.
Athènes atteint déjà ce niveau de performance, mais aucun autre pays de la zone euro - Irlande, Portugal, Chypre - ayant déjà fait l'objet d'un plan de sauvetage n'a été soumis à une telle contrainte. C'est le prix fixé à la Grèce, semble-t-il, pour être en mesure de refinancer seule sa dette publique immédiatement après la finalisation du plan de sauvetage ('clean exit'), comme l'ont fait les pays de la zone euro l'ayant précédée.
Mesures d’allègement de la dette. Pour accompagner Athènes sur le chemin de la viabilité financière, les créanciers de la zone euro ont pris, au cours des huit années de tutelle, plusieurs mesures visant à alléger le fardeau de la dette. Mais la ligne rouge d'une décote sur les titres grecs détenus par les créanciers institutionnels n'a jamais été franchie de peur de récompenser un pays qui s'endetterait de manière excessive.
Ainsi, les créanciers privés de la Grèce ont subi une décote totale de plus de 100 milliards d'euros dans le cadre du deuxième plan d'aide.
En juin ont été prévus : une extension de dix ans des maturités des prêts du Fonds FESF ainsi qu’un moratoire supplémentaire, de 2022 à 2032, sur le remboursement des prêts contractés auprès du FESF.
D'ici à 2022, Athènes récupérera également des profits réalisés par la BCE et les banques centrales nationales au titre des opérations ‘SMP’ et ‘ANFA’ de rachat de dette publique grecque pendant la crise de la dette souveraine. Ont aussi été abolies les marges de taux d’intérêt attachées à la tranche de rachat de dette grecque par le Fonds FESF dans le cadre du second plan de sauvetage.
Ces deux dernières mesures sont néanmoins conditionnées à la mise en œuvre des réformes et au respect des exigences budgétaires dans le cadre de la surveillance renforcée de la Commission.
Doutes du FMI. En convalescence, l'économie et la situation budgétaire grecques continuent de susciter des interrogations.
Fin juillet, le FMI avait exprimé ses doutes quant à la pertinence et à l’efficacité de ces mesures d’allègement de dette à long terme (EUROPE 12074).
La Commission, par le biais de sa porte-parole, Mina Andreeva, avait néanmoins rétorqué que les mesures agréées étaient, pour l’heure, suffisantes, rappelant qu’une clause de révision permettrait aux parties de faire le point et, le cas échéant, d’envisager de nouvelles mesures en 2032 (EUROPE 12075). (Lucas Tripoteau et Mathieu Bion avec Marion Fontana)