Le marché conclu entre le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le président américain, Donald Trump, mercredi 25 juillet à Washington, sur un plan pour désamorcer le conflit commercial latent entre l'Union européenne et les États-Unis, reposant notamment sur la négociation d'un éventuel accord de libéralisation tarifaire totale sur les produits industriels, à l'exception des voitures, et sur la promesse d'importations, par l'Europe, de soja et de GNL (EUROPE 12071), suscite espoir et interrogations dans les capitales européennes.
L'Allemagne, dont les excédents commerciaux records et la compétitivité de son industrie automobile sont la première cible des attaques protectionnistes de M. Trump contre l'Europe, a salué l'arrangement trouvé par M. Juncker.
« Non seulement la menace des droits de douane sur les automobiles est écartée, mais nous nous sommes aussi mis d'accord pour travailler ensemble contre les pratiques commerciales injustes et pour une réforme de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) », s'est félicité le ministre allemand aux Affaires étrangères, Heiko Maas. « Ce déblocage pourrait éviter une guerre commerciale et sauver des millions d’emplois ! C’est une bonne nouvelle pour l’économie mondiale », s’est félicité son collègue en charge de l’Économie, Peter Altmaier.
« Il est crucial de prévenir une guerre commerciale avec les États-Unis. Un partenariat étroit entre l'UE et les États-Unis est important pour la croissance économique et la stabilité dans le monde. C'est une bonne chose que M. Juncker travaille avec M. Trump pour renforcer le partenariat entre les États-Unis et l'UE et pour promouvoir le commerce libre et équitable. En Autriche, les exportations garantissent un emploi sur deux - c'est pourquoi je soutiens M. Juncker dans ce domaine », a commenté le chancelier autrichien et président en exercice du Conseil de l'UE, Sebastian Kurz.
« Il est très important que l'UE et les États-Unis coopèrent en matière commerciale et ne s'opposent pas l'un à l'autre », s'est félicité le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte.
Pas de nouveau TTIP. La France, qui craignait que M. Trump mette dans la balance, en plus des tarifs sur les voitures, la question des produits agricoles, s'est, elle, montrée plus circonspecte.
« La France et l’UE n’ont jamais voulu de guerre commerciale avec les États-Unis. L’accord hier entre M. Trump et M. Juncker est utile, mais nous devons être vigilants à préserver nos intérêts européens », a souligné le président français, Emmanuel Macron, sur son compte Twitter, jeudi.
« Je ne suis pas favorable à ce que nous nous lancions dans la négociation d'un vaste accord commercial, à la manière du TTIP, parce que le contexte ne le permet pas », a ensuite prévenu, depuis Madrid, le président français, en réaffirmant son opposition à y inclure l'agriculture, faisant ainsi écho aux propos de son ministre de l'Économie, Bruno Le Maire.
« Je considère qu'aucun standard européen ne doit être supprimé ou abaissé en matière environnementale, sanitaire ou alimentaire. Il faut aussi des gestes clairs des États-Unis, des signaux de désescalade sur l'acier et l'aluminium auxquels des taxes illégales ont été appliquées. C'est pour moi un préalable à toute avancée concrète », a aussi souligné M. Macron.
M. Le Maire avait de son côté insisté pour que l'accès aux marchés publics américains fasse partie des discussions, considérant que ces derniers sont « largement fermés » aux entreprises européennes.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, qui recevait M. Macron jeudi, a dit « ne pas croire qu'une économie impose ses critères et ses politiques en lien avec le commerce international ». « Nous ne voulons aucune guerre commerciale », a ajouté M. Sánchez, faisant part de sa détermination à « défendre la Politique agricole commune » de l'UE.
Au Parlement européen, Manfred Weber le chef du groupe PPE, auquel est affilié M. Juncker, a salué l’accord. « L'Europe est forte quand nous sommes unis. Nous luttons pour un commerce libre et équitable, parce que tout le monde en profite. Cela garantira l'emploi et la croissance aussi bien dans l'UE qu'aux États-Unis. Bonnes nouvelles de Washington », a-t-il commenté sur Twitter.
« Nous sommes soulagés que l'escalade du conflit commercial ait été évitée et que les droits de douane sur les voitures européennes ne semblent plus être un problème à ce stade. Toutefois, tant que les États-Unis n'auront pas levé les droits de douane illégaux sur l'aluminium et l'acier, la situation restera critique », a commenté le président du groupe S&D, l'Allemand Udo Bullmann.
« Le fait que l'UE ait agi de concert et avec des contre-mesures sévères à l'encontre des tarifs illégaux imposés par les États-Unis a mis M. Trump sous pression », a ajouté M. Bullmann.
La position de l'UE affaiblie, selon Bernd Lange. Le président de la commission du commerce international du Parlement européen, Bernd Lange (S&D, allemand) a estimé que la position de négociation de l'UE face à M. Trump était « affaiblie ». « M. Trump n'a retiré ni ses tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium ni sa menace sur les importations de voitures automobiles », a-t-il souligné, jugeant que le risque de guerre commerciale demeurait dans les discussions à venir.
« Ne soyons pas naïfs, nous devons garder une ligne directe avec Trump et nous débarrasser des taxes sur l’acier et l’aluminium », a insisté le chef du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt.
« Pour satisfaire les délires de M. Trump, M. Juncker s’engage au nom de l’UE, sans mandat, mais avec le soutien de la France, à importer plus de soja OGM et de gaz de schiste. Quand arrêtera-t-on le massacre pour la biodiversité et le climat », critique le Français Yannick Jadot, du groupe Verts/ALE.
Doutes concernant les taxes sur les voitures
Du côté américain, M. Trump a crié victoire, jeudi, devant des agriculteurs américains dans l'Iowa. « Nous venons d'ouvrir l'Europe pour vous, agriculteurs », a-t-il lancé.
Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a souligné que l'objectif était de boucler un accord sur le commerce, mais que la priorité était de trouver une issue sur les taxes douanières sur l'acier et l'aluminium. M. Mnuchin a aussi confirmé qu'il n'y aurait pas de taxes douanières contre les importations de voitures européennes pendant les négociations.
Reste que le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a indiqué, jeudi, que M. Trump avait demandé au département du Commerce de poursuivre son enquête au titre de la section 232 du Trade Expansion Act de 1962 sur les importations de véhicules, incluant les camions et les pièces détachées, pour déterminer leur impact sur la sécurité nationale (EUROPE 12026).
Toutefois, M. Ross a aussi précisé que M. Trump avait ordonné qu'aucune mesure ne soit prise durant ces négociations, annonçant la publication des résultats de l'enquête en août.
Pour le conseilleur économique de la Maison-Blanche, Larry Kudlow, M. Trump a obtenu davantage qu'il n'espérait de l'accord passé avec M. Juncker, assurant que ce dernier s'était engagé à aider les États-Unis à contraindre la Chine à changer ses pratiques commerciales. (Emmanuel Hagry)