Les députés de la commission de l’agriculture du Parlement européen ont critiqué, lundi 11 juin en fin de journée, plusieurs aspects des propositions sur la Politique agricole commune (PAC) post-2020 (EUROPE 12033, 12032).
Le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, a estimé que la proposition était ambitieuse, équilibrée et réaliste. « Il m’incombe de donner aux agriculteurs la certitude, la stabilité et la prévisibilité qu'ils méritent et dont ils ont besoin », a-t-il souligné, pour tenter de rassurer.
Il a reconnu que l’un des principaux défis était le budget, sachant qu'il y aura 12 milliards d’euros de moins en raison du départ du Royaume-Uni. D’où une proposition jugée prudente de la Commission : une baisse de 5 % (en prix courants) du volume total du budget agricole de 2021 à 2027, ou une baisse de 12 % en prix constants, a admis M. Hogan. Il a souligné que la priorité de la Commission était de sauvegarder les paiements directs.
Trop de bureaucratie. « J’ai peur que nous soyons noyés de bureaucratie », a lancé Albert Dess (PPE, allemand). Il a estimé que les propositions risquaient de pousser les jeunes hors du secteur agricole.
Éric Andrieu (S&D, français) a déclaré : « Votre proposition n’est ni ambitieuse, ni équilibrée, ni réaliste et elle ne prend pas en compte les mutations dans le monde. » La proposition n’est pas assez ambitieuse sur les outils de gestion de crise, selon lui.
Plusieurs eurodéputés ont dénoncé un projet de renationalisation de la PAC.
La prochaine PAC devrait « donner aux agriculteurs la flexibilité et les outils nécessaires pour relever les défis qui les attendent », a déclaré James Nicholson (CRE, britannique). Il a critiqué les réductions budgétaires et les accords commerciaux qui pourraient, selon lui, pousser certains fermiers à la faillite.
Ulrike Müller (ADLE, allemande) a évoqué les conséquences potentielles d’une absence de compromis sur le budget de l'UE et les effets négatifs du plafonnement des aides.
La seule façon de répondre à l'inégalité [du soutien aux agriculteurs] est de plafonner les paiements qui peuvent être reçus, a déclaré Matt Carthy (GUE/NGL, irlandais), soulignant que 80 % des paiements directs de l'UE vont à 20 % des agriculteurs. Les paiements plus justes devraient être une priorité, a-t-il souligné, ajoutant que la « proposition sur le plafonnement des paiements directs est truffée de failles ».
Il s’agit d’un « beau discours, mais la politique reste la même », a critiqué Martin Häusling (Verts/ALE, allemand). Il a estimé que le plafonnement ne verra jamais le jour, à cause de l’opposition de cinq États membres. Il a demandé à M. Hogan de retirer sa proposition sur la PAC post-2020 et d’en présenter une nouvelle.
John Stuart Agnew (ELDD, britannique) a protesté contre les propositions sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
En répondant aux questions des députés, M. Hogan a défendu le nouveau modèle de mise en œuvre de la PAC (plans stratégiques) et a promis qu'il n'y aurait pas davantage de bureaucratie. La Commission souhaite rendre contraignants les outils de gestion du risque et fera des propositions sur la transparence des marchés. L'UE devra décider si le plafonnement est facultatif ou obligatoire, a indiqué M. Hogan. Il a estimé que le verdissement fonctionnait mal, d’où le besoin de le remplacer par de la conditionnalité.
En conclusion, M. Hogan a dit espérer que d’autres pays que la France allaient s’opposer à une baisse du budget de la PAC (voir autre nouvelle). (Lionel Changeur)