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Bulletin Quotidien Europe N° 12039
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Conseil europÉen

Les eurodéputés en colère contre l'incapacité des États membres à réformer le système européen d'asile

Indignés par le sort réservé aux migrants recueillis par le navire Aquarius de l'association SOS Méditerranée, les eurodéputés ont exhorté les leaders européens à trouver fin juin une solution sur la réforme du système européen d'asile, mardi 12 juin lors d'un débat en session plénière du Parlement européen. Ce dossier a largement occulté les autres sujets à l'ordre du jour - réforme de la zone euro (voir autre nouvelle), commerce, Brexit - du prochain sommet européen. 

Le président du PE, Antonio Tajani, a invité les États membres à s'inspirer de la position de négociation du Parlement arrêtée à l'automne 2017 qui combine, selon lui, « fermeté et solidarité ». 

Approuvé en octobre 2017 par la commission des libertés civiles, le projet de rapport 'Wikström' prône un mécanisme permanent et obligatoire de relocalisation des demandeurs d’asile basé sur des quotas (EUROPE 11887). Cette position est éloignée des dernières propositions de compromis bulgares soumises aux États membres (EUROPE 12034). 

Au nom du groupe S&D, l'Allemand Udo Bullmann a reconnu que l'Italie avait fait beaucoup en matière d'accueil de migrants provenant de Libye sans l'aide de ses pairs européens. Mais il a fustigé l'attitude du nouveau ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, dirigeant du parti d'extrême droite, la Lega. Si vous croyez montrer votre force aux dépens de femmes enceintes et d'enfants, « c'est misérable ! », a-t-il lancé, jugeant « indéfendable » le changement total de la politique migratoire italienne. 

Pour Guy Verhofstadt (ADLE, belge), ce qui se passe en Méditerranée est « une honte » alors que, depuis 2014, « plus de 10 000 personnes » ont péri noyées en mer dont « 800 depuis début 2018 ». Totalement opposé à la position de M. Salvini, il a pointé le Conseil européen incapable de prendre position sur la question migratoire et la réforme du système européen d'asile, dit règlement 'de Dublin'. Il a rejoint l'idée de créer hors de l'UE des « centres de réception dans les pays de transit » pour permettre aux migrants de déposer des demandes d'asile et ne pas tomber dans les griffes des trafiquants. Selon lui, le Parlement devra attaquer le Conseil européen devant la Cour de justice de l'UE, si les Vingt-huit ne trouvent pas d'accord par consensus sur cette réforme fin juin. 

Au nom du groupe Verts/ALE, l'Allemande Ska Keller a fustigé les États membres qui ne mettent en avant que la fermeture des frontières extérieures de l'UE. Et elle a critiqué la prochaine Présidence autrichienne du Conseil de l'UE qui aurait dit à la Présidence bulgare actuelle que la réforme du règlement de Dublin était « morte ». Quant à Gabriele Zimmer (GUE/NGL, allemande), elle a estimé que la proposition de compromis bulgare « ne fonctionnera pas », car elle ne modifie pas le problème fondamental : « Les États membres sont-ils prêts à accepter un minimum de migrants en signe de solidarité ? » Et d'ajouter : « Il ne faut pas croire que si on construit des murs autour de nous, cela n'aura pas d'impact sur nos sociétés. » 

D'autres groupes politiques ne sont pas du même avis. Au nom du groupe CRE, le Letton Roberts Zīle a estimé que le système de quotas de répartition de migrants ne fonctionnait pas. Il y a trop peu d'États membres où les migrants veulent vivre, car des pays comme la Lettonie sont trop faibles économiquement pour pouvoir retenir ces réfugiés, a-t-il noté. 

Au nom du groupe ENL, le Français Nicolas Bay s'est félicité que l'Italie, dans le cas de l'Aquarius, ait remporté son « bras de fer » avec Malte. Il a fustigé les ONG « soi-disant humanitaires » et les discours politiques « irresponsables » qui promettent l'eldorado aux migrants. La seule solution, « c'est la fermeté » face au « chantage permanent de la charité », a-t-il clamé. 

Au nom de la Commission européenne, Frans Timmermans a estimé que « le Conseil européen ne (pouvait) pas retarder les décisions indéfiniment ». Il a préconisé une « politique migratoire fondée sur la responsabilité et la solidarité tout en assurant une meilleure protection de nos frontières extérieures ». « Aucune barrière n'est assez haute et aucune mer n'est assez large pour rendre nos pays immuns du plus grand facteur d'attraction que constituent la liberté, la prospérité et la stabilité de notre Union », a-t-il estimé. 

Sur la réforme du règlement 'de Dublin', le premier vice-président de la Commission a salué les efforts de la Présidence bulgare, estimant que tous les éléments favorisant un accord « équilibré, solide et durable », qui respecte les différentes « sensibilités », étaient sur la table. « Nous risquons de porter atteinte à nos valeurs et à notre humanité, si nous ne trouvons pas de solution permettant de voir les personnes en crise comme des êtres humains qui ont besoin de notre aide », a-t-il prévenu. 

Mardi, la Commission a proposé des mesures pour renforcer après 2020 la politique migratoire européenne (voir autre nouvelle). (Mathieu Bion)

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