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Bulletin Quotidien Europe N° 12021
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ACTION EXTÉRIEURE / Iran

Face aux sanctions américaines, « nos moyens sont limités, mais nous les exploiterons en intégralité », prévient M. Juncker

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a prévenu, mercredi 16 mai, que, bien que les moyens des Européens face à l’extraterritorialité des sanctions américaines envers l'Iran soient limités, l’UE les exploiterait intégralement. 

« Nos moyens sont là, nous les utiliserons, mais il ne faut pas se voiler la face, les moyens sont limités, nous exploiterons en intégralité les moyens qui sont les nôtres », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse avec le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, à Bruxelles. Quelques minutes plus tôt, le commissaire à la Migration, Dimitris Avramopoulos, avait annoncé que le collège avait discuté de la possibilité de mettre en œuvre la loi de blocage. « Nous sommes prêts à le faire, si cela est nécessaire », a-t-il expliqué. À l'heure où nous bouclions, les dirigeants des 28 États membres se réunissaient pour discuter des possibles contre-mesures européennes lors de leur dîner informel à Sofia. 

Apporter des garanties à l’Iran

Mardi 15 mai en soirée, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, les ministres français, britannique et allemand et leur homologue iranien se sont réunis à Bruxelles pour tenter d’apporter des garanties à l'Iran afin que ce pays reste dans l’accord. Mme Mogherini a annoncé le lancement de discussions « intensives d’experts », concernant leurs relations commerciales et économiques, à la suite du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien et la future réintroduction de sanctions. « Nous sommes convenus [afin que l’accord continue de fonctionner, NDLR] d'approfondir notre dialogue à tous les niveaux », a précisé Mme Mogherini à la presse. 

Plus concrètement, « nous avons entrepris (…) de lancer des discussions intensives d'experts (…) avec l'Iran, abordant » certaines questions « en vue d'arriver à des solutions pratiques dans les prochaines semaines », a-t-elle expliqué, rappelant que la levée des sanctions nucléaires et la normalisation des relations commerciales et économiques avec l'Iran constituaient des parties essentielles de l'accord sur le nucléaire. Sans parler de « garanties juridiques ou économiques », l’objectif est d’arriver à « quelque chose de très concret, très pratique », selon Mme Mogherini, qui a espéré quelque chose de « très opérationnel et très rapidement ». Les sanctions américaines prendront effet dans un peu moins de 3 mois, et un peu moins de 6 mois pour celles liées à l’énergie. 

La Haute Représentante a ainsi annoncé un travail sur la protection des opérateurs économiques de l'UE et de la garantie de la sécurité juridique, alors que les sanctions américaines ont une portée extraterritoriale. « Nous avons décidé que les États membres de l’UE (…) travailleraient sur des mesures et des mécanismes complémentaires, pas seulement au niveau européen, mais aussi au niveau national, en particulier pour protéger les opérateurs économiques des États membres », a-t-elle expliqué. 

Mme Mogherini a aussi mis en avant un renforcement des relations entre Européens et Iraniens, dans les domaines de l’énergie, des banques ou des transports. Concrètement, les discussions vont porter sur le maintien et l’approfondissement des relations économiques, la poursuite de la vente des produits pétroliers et pétrochimiques et de gaz iraniens et des transferts connexes, ou encore le développement et la mise en œuvre des protocoles d'accord et des contrats entre des sociétés européennes et leurs homologues iraniens, et la réalisation de nouveaux investissements en Iran. Des transactions bancaires efficaces avec l’Iran et la poursuite de la fourniture de crédits à l'exportation ainsi que « le développement de fonds spécialisés dans les secteurs de la banque, de l'assurance et du commerce financiers, en vue de faciliter la coopération économique et financière, notamment en offrant un soutien pratique au commerce et à l'investissement » et le développement d'un environnement commercial « transparent et basé sur des règles » en Iran sont d’autres axes de travail. Enfin, Européens et Iraniens sont convenus de poursuivre leurs relations maritimes, terrestres, aériennes et ferroviaires. 

Après la réunion, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a estimé que les deux parties allaient dans « la bonne direction ». « Maintenant, cela dépend de ce que nous pouvons faire dans les prochaines semaines », a-t-il ajouté. 

Malgré la bonne volonté politique, des entreprises européennes annoncent déjà leur possible retrait d'Iran. Le groupe français Total a prévenu, le 16 mai, qu'il ne poursuivrait pas son projet de développement du plus grand gisement de gaz naturel au monde, en Iran, à moins d'obtenir une dérogation aux sanctions américaines, ne pouvant « pas se permettre d'être exposé à des sanctions secondaires américaines ». 

Par ailleurs, la commission conjointe de l’E3+3 et de l’Iran se réunira la semaine prochaine à Vienne, au niveau des directeurs politiques ou des vice-ministres des Affaires étrangères. L’accord nucléaire sera aussi discuté lors du Conseil 'Affaires étrangères' du 28 mai. (Camille-Cerise Gessant)

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