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Bulletin Quotidien Europe N° 12007
Sommaire Publication complète Par article 29 / 28
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1219

***    RENAUD DENUIT : Capitales européennes de la culture : un rêve de Melina. Académie royale de Belgique (1 rue Ducale, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 5502212 – fax : 5502205 – Courriel : info@academieroyale.be – Internet : http://www.academieroyale.be ). Collection « L’Académie en poche », n° 106. 2018, 105 p., 7 €. ISBN 978-2-8031-0630-1.

Ce livre est une lettre, une longue lettre qu’adresse Jack Lang à Melina Mercouri. A vrai dire, l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand ne tient pas la plume ; il a seulement marqué son accord sur ce qu’a écrit, en son nom, Renaud Denuit. C’est une lettre d’amour à Melina Mercouri qu’un jeune professeur de droit amoureux de théâtre n’avait osé approcher à Epidaure, peu après la chute du régime des colonels. « Tu me faisais penser à une lionne éclatante de beauté, de gentillesse, de convictions », explique-t-il pour s’excuser en se souvenant que « tout le monde » s’était alors précipité pour saluer l’actrice, la toucher, l’embrasser...

D’autres occasions de rencontre se présentèrent, au gré des parcours politiques de l’une et de l’autre. La rencontre qui justifie ce livre eut lieu le soir du 27 novembre 1983, dans une taverna du centre d’Athènes. Le lendemain allait se tenir une réunion des ministres de la Culture des dix pays membres de la Communauté européenne de l’époque que Melina avait eu l’audace de convoquer – « la plupart des gouvernements étaient extrêmement réticents à voir la Communauté se mêler de culture », se souvient Jack Lang, et les convives jugèrent vite « un peu fade » l’agenda qui leur avait été concocté par quelques « braves fonctionnaires ». Du coup, peut-être le retsina ou le raki aidant, les « imaginations se lâchèrent » et, alors que le Français rêvait d’un « grand fonds européen d’aide au cinéma », Melina arriva avec sa « petite idée de permettre, chaque année, à une ville européenne de devenir le phare culturel du moment ».

Ancien administrateur à la Commission européenne, Renaud Denuit y a notamment travaillé sur les dossiers culturels et est capable de les présenter de manière irréprochable en technicien, ce qu’il a notamment fait dans l’ouvrage Politique culturelle européenne paru chez Bruylant en 2016 (voir Bibliothèque européenne n° 11672/1160 du 22 novembre 2016). Cette fois, c’est l’ancien journaliste et le philosophe de formation qui tient la plume, ce qui confère au message la possibilité de parler au cœur des gens autant qu’à l’esprit, sans que la fiabilité des informations données ne soit en rien affectée.

Ce que ‘Lang-Denuit’ raconte ici, c’est la manière dont deux amoureux de l’art et de la culture ont vécu ce qui était à l’origine, selon l’historien Michel Dumoulin qui signe la préface, « un saut dans l’inconnu ». Le 28 novembre 1983, la proposition de Mercouri soutenue par Lang ne fut d’ailleurs soutenue que par les Belges et les Italiens, alors que « des réticences vinrent, sans surprise, de la part des Britanniques et des Allemands », les autres ministres paraissant « un peu dépassés » par la surprise incongrue qui leur était réservée. Il fallut d’ailleurs attendre jusqu’au 13 juin 1985 pour que le Conseil adopte enfin la résolution relative à l’organisation annuelle de la « Ville européenne de la Culture ». Heureusement, 1984 n’avait pas vraiment été une année perdue puisque, grâce notamment à l’action du Parlement européen, un Conseil ‘Culture’ avait vu le jour le 18 juin à Luxembourg, le ministre français ayant cherché à rassurer les Etats réticents en soulignant « qu’il s’agissait d’un projet porté, non par les institutions de la Communauté, mais par les gouvernements ». Athènes fut la première ville choisie, bientôt suivie par Florence en 1986, puis Amsterdam, puis Berlin-Ouest sans que l’on sache que ce serait un an avant la chute du Mur. C’est l’histoire de l’affirmation progressive et compliquée des Villes européennes de la Culture qui sont devenues depuis Capitales européennes de la Culture qui se trouve ainsi contée à la première personne dans ces pages. On y découvre, par exemple, l’émoi que suscita le choix de Glasgow par Margaret Thatcher, Jack Lang s’exclamant : « qu’avait Glasgow de ‘culturel’, comparée aux belles cités qui avaient reçu le titre jusqu’alors ? » Toutefois, l’élégance est un art aussi, l’ancien ministre français reconnaissant dans la foulée que « Thatcher avait insolemment réussi son pari » ayant consisté à se saisir de la culture à des fins économiques.

Aujourd’hui, 56 villes ont bénéficié de l’appellation de Ville puis, depuis 1999, de Capitale européenne de la Culture. L’essai de Melina a donc été transformé, même si ce ne fut pas sans chausse-trapes et réticences. A la fin de sa lettre, Lang-Denuit observe, heureux, que « les Capitales européennes de la Culture constituent des ponts à l’heure où s’érigent des murs. Veillons ensemble sur les bâtisseurs de ponts ». Le livre aurait pu se terminer là. Il n’en est rien. Au pays des Mystères d’Eleusis, il ne faut pas être surpris si Melina répond à son ami en se souvenant que Renaud Denuit est aussi poète à ses heures : « Et l’Europe, notre Europe, toute petite, toute fragile, pataugeant dans le sur-place... Une tragédie bégayante. Trop peu grecque, trop peu mythique, trop peu... haute... Enfantement laborieux, infini... Je lui offre mon chant, mon rire, je la bénis... De cité en cité... » Et le poète a toujours raison !

Michel Theys

***    PROKOPIS PAVLOPOULOS : Au berceau de la culture européenne. Les symboles de l’« Athéna réfléchie ». Editions Gutemberg (37 rue Didotou, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3642003 – fax : 3642030 – Courriel : info@dardanosnet.gr). 2017, 166 p., 11 €. ISBN 978-960-01-1895-7.

La Grèce antique « a créé l'éducation, à sa plus haute expression ». Elle a aussi façonné les trois piliers de la culture occidentale à travers les symboles. Elle s’incarne dans l'une des plus belles sculptures du musée de l'Acropole. C’est ce que rappelle le livre que le président de la République grecque, Prokopis Pavlopoulos, a offert au couple Macron lors de sa visite officielle en Grèce en septembre dernier. Il leur a ainsi remis une « boussole spirituelle » valable pour tous ceux qui souhaitent une « mise à niveau culturelle ».

Président de la République grecque depuis 2014 après avoir été de nombreuses fois ministre ainsi que professeur de droit constitutionnel à l’Université Panteion d’Athènes, Prokopis Pavlopoulos a ainsi rappelé au couple présidentiel français un propos tenu par André Malraux dans le discours mémorable qu’il prononça lors de la première illumination de l’Acropole en 1958 : « Une Grèce cachée existe dans le cœur de tous les Occidentaux ». Son nouveau livre – qui a aussi servi de trame à son discours lors de l'ouverture du Athens Democracy Forum – est précisément une invitation à revenir au berceau de la culture européenne. La protagoniste de cet ouvrage trilingue (grec, anglais et français) est l'Athéna Sacrée ou Athéna de la Colonne du Musée de l'Acropole, en qui l’auteur voit « une sorte de symbole de la racine de la culture européenne ». Cette belle sculpture est l'occasion, pour lui, d'analyser les trois piliers du monde occidental, à savoir la Grèce antique, Rome et l'enseignement chrétien. En expliquant les différents symboles de l'Athéna, le président montre comment la Rome antique a été une sorte de « pont au-dessus duquel l'Esprit antique grec est passé par Byzance jusqu’à la Renaissance » et comment cet esprit ancien trouva « son point culminant endoscopique dans l'enseignement chrétien ». Pour ce sage contemporain, il est bon de se souvenir « dans le monde troublé » qui est le nôtre que « les symboles sont irremplaçables » puisqu'ils peuvent toujours inspirer l'homme moderne et lui servir de guide. Il l’affirme dans cet essai, « Athéna pensée » (-460 av. J.-C.) est toujours là pour inspirer des moyens de défendre la culture européenne face aux dangers qui, aujourd’hui comme huer, la menacent. (AKa) 

***    GILLES GRIN, FRANCOISE NICOUD, BERNHARD ALTERMATT (sous la dir. de) : Formes d’Europe – Forms of Europe. Union européenne et autres organisations – European Union and other organisations. Fondation Jean Monnet pour l’Europe (Ferme de Dorigny, CH-1015 Lausanne. Tél. : (41-21) 6922090 – fax : 6922095 – Courriel : secr@fjme.unil.ch – Internet : http://www.jean-monnet.ch ) et Editions Economica (49 rue Héricart, F-75015 Paris). Collection « Les Cahiers rouges », n° 218. 2018, 457 p., 75 €. ISBN 978-2-7178-7008-4.

Se rappeler des fondements de la construction européenne pour mieux appréhender l’air du temps et, le cas échéant, pouvoir conjurer les mauvaises pulsions qui s’y manifestent, tel a été l’objectif poursuivi lors d’un colloque international organisé par la Fondation Jean Monnet pour l’Europe à Lausanne en octobre 2016. Ce 218ème Cahier rouge abordent les grands enjeux  politiques, économiques et culturels du moment en s’attardant sur les crises multiples et profondes qui frappent l’Union européenne, mais sans se limiter à celle-ci : grâce à un partenariat avec la History of European Integration Research Society et le Réseau international de jeunes chercheurs en histoire de l’intégration européenne, des regards sont aussi portés sur le Conseil de l’Europe, l’Organisation de coopération et de développement économique, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, l’Association européenne de libre-échange et l’Organisation sur la sécurité et la coopération en Europe.

Dans son introduction, Pat Cox, président de la Fondation, rappelle le propos de Jean Monnet voulant que l’Europe serait la somme des réponses apportées aux crises qui la frappent, observant que « le nombre, la profondeur et la diversité des crises » auxquelles l’Union est désormais confrontée et le climat politique plus difficile qui prévaut incitent à être beaucoup plus circonspect. Et l’ancien président du Parlement européen de juger que « forger l’intérêt commun des peuples d’Europe et ne pas simplement maintenir l’équilibre de ces intérêts » est la ligne de conduite que les responsables européens devraient suivre aujourd’hui pour sauver le projet européen. A cet égard, la contribution du Pr. Gérard Bossuat est tout particulièrement éclairante en ce qu’elle résulte d’une plongée de cet historien dans les archives de la Commission à Lausanne et Florence, ce qui permet notamment de comprendre le projet européen des fondateurs et de cerner l’avenir de l’unité qu’ils pressentaient, désiraient et construisaient, à la lumière, en particulier, de l’action et de la pensée d’Emile Noël, secrétaire général emblématique de l’institution. Incorporant notamment l’histoire, le droit, la science politique et l’économie, cet ouvrage pluridisciplinaire apporte des éclairages utiles, sur le passé comme pour l’avenir à bâtir, notamment sur les motivations politique et économiques à la base de la création de l’euro, l’évolution différenciée de certaines politiques, la question des valeurs et celle des solidarités, l’état de la démocratie dans l’Union européenne, la problématique référendaire en Suisse et en Europe depuis 1972... Un livre précieux pour mieux comprendre l’intégration européenne, les difficultés qu’elle rencontre et l’avenir qui pourrait lui être réservé. (PBo)

***    THIERRY CORNILLET : Guide des aides de l'Union européenne, édition 2018. LGO Éditions (63 rue André Bollier, F-69307 Lyon cedex 07. Tél. : (33-6) 45497537 – Courriel : editionslgo@orange.fr – Internet: http://www.editionslgo.com & http://www.leguidedesaideseurop éennes.eu). 2018, 575 p, 26 €. ISBN 978-2-36996-055-3.

Redevenu député européen en 2017 en remplacement de Sylvie Goulard, Thierry Cornillet (ADLE français) édite depuis 2006 un guide des aides européennes à destination des collectivités territoriales et de l'administration françaises.

La publication en 3000 exemplaires de ce guide est un acte militant, selon les propres mots de l'avocat co-fondateur du cabinet. Militant parce qu'il tente de donner de la visibilité à ce que l'Union européenne peut faire concrètement pour les territoires. Militant parce que M. Cornillet ne perçoit pas de droits d'auteur et distribue gratuitement des guides avec les fonds collectés par la vente de ceux-ci. Partant du constat que 9 milliards d'euros de fonds structurels ne sont pas consommés en France, le député plaide auprès des collectivités et des partenaires sociaux pour qu'ils se structurent et créent des services permettant de répondre aux interrogations des porteurs de projets. L'obstacle à franchir, souligne l'ancien député-maire de Montélimar, c'est le coût de la première question de porteurs de projets ne sachant pas à quelle porte frapper.

Le guide dresse, sous forme de fiches synthétiques, l'inventaire des programmes communautaires (LIFE, LEADER, Fonds asile et migration...) et des programmes opérationnels régionaux (FEDER-FSE). Chaque fiche contient une liste des mesures éligibles, des bénéficiaires potentiels et de points de contact aux niveau national et local. (MB)

***    THEODOROS PAPATHEODOROU : Le pays que nous avons blessé. Crise dans la crise. Editions Poikili Stoa (10 rue Vardousion, GR-11526 Athènes. Tél. : (30-210) 6920890 – fax : 6920990 – Courriel : info@poikilistoa.gr – Internet : http://www.poikilistoa.gr ). 2017, 168 p., 10 €. ISBN 978-618-83407-6-3.

La réconciliation nationale des forces politiques sur les grands axes de la politique à mener pour sortir de la crise est en train de devenir un dilemme existentiel en Grèce. Elle appelle au préalable la fin des politiques aventureuses et des ancrages obsessionnels d'hier. Elle nécessite un gouvernement ayant conscience du rôle historique qu’il lui appartient de jouer et prêt à trouver des accords programmatiques bénéficiant de l’approbation de la société en vue de lancer de grandes réformes progressistes permettant de paver la voie à une nouvelle normalité. Cet ouvrage de Theodoros Papatheodorou, professeur de politique comparée à l'Université du Péloponnèse dont il fut le recteur entre 2009 et 2012, est une étude approfondie des causes principales de la crise en Grèce assortie de propositions pour en sortir. Dans ce projet politique fondamental, la grande lutte démocratique progressiste devrait consister, selon l’auteur, à défendre les horizons européens de la Grèce avec pour objectifs de relancer l'économie, de reconstruire la primauté du droit et de l'Etat-providence, d’améliorer enfin de manière radicale la cohésion sociale. (AKa)

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