L'UE est prête à répondre à l'instauration par les États-Unis de droits de douane contre les importations d'acier et d'aluminium, mais elle espère que la mesure annoncée par le président américain, Donald Trump, ne sera pas appliquée, a indiqué la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, mercredi 7 mars, après avoir présenté à la Commission les mesures envisagées par ses services et déjà discutées avec les États membres, incluant des mesures de rétorsion qui pourraient frapper 2,8 milliards d'euros de marchandises américaines.
« Nous espérons toujours, en tant que pays partenaire des États-Unis en matière de sécurité, que l'UE sera épargnée. Nous espérons aussi convaincre l'administration américaine que ce n'est pas la bonne décision », a souligné Mme Malmström, répétant que l'UE voulait « éviter toute escalade commerciale ».
Pour des raisons de sécurité nationale au titre de la 'section 232' du Trade Expansion Act de 1962, M. Trump a annoncé le 1er mars qu'il promulguerait en fin de semaine des droits de douane de 25 % contre les importations d'acier et de 10 % contre celles d'aluminium, sans spécifier les pays visés (EUROPE 11973).
Mercredi, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a indiqué que l'administration américaine « tablait toujours sur une annonce à la fin de la semaine ».
« Nous indiquons clairement qu'une telle action mettra en péril des milliers d'emplois européens et qu'on doit y répondre par une réponse ferme et proportionnée. Contrairement aux droits américains envisagés, nos trois voies de travail sont conformes à nos obligations au sein de l'OMC. Elles seront en conformité avec les règles », a expliqué Mme Malmström.
La Commission mise sur trois actions : un recours à l'OMC avec les États-Unis et en concertation avec d'autres pays affectés par les mesures américaines ; des mesures de « rééquilibrage » compatibles avec les règles de l'OMC ; des mesures de sauvegarde, si des produits sidérurgiques en provenance de pays tiers destinés à être exportés vers les États-Unis sont réacheminés vers l'UE.
Les mesures de « rééquilibrage » - terme feutré pour parler de mesures de représailles - pourraient être effectives endéans 90 jours après l'adoption de mesures américaines. À ce titre, la Commission envisage des droits de 25 % à instituer sur des produits américains - pour un tiers des produits sidérurgiques, un tiers des produits agricoles et un tiers d'autres produits - pour un montant de 2,8 milliards d'euros, l’équivalent de la part du marché européen de l’acier et l’aluminium touché par les restrictions américaines.
« Certains types de bourbon en font partie ainsi que d'autres articles comme le beurre de cacahuète, les airelles et le jus d'orange », a précisé Mme Malmström.
Au lendemain de l'annonce de M. Trump, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a indiqué que la liste inclurait « le whisky bourbon, les motos Harley-Davidson et les jeans Levi's ».
L'UE cible ainsi des marques très populaires et des produits fabriqués dans des États dont les électeurs sont les plus favorables à M. Trump, comme le Kentucky, où est produit le whisky bourbon, le Wisconsin où est basée Harley-Davidson, la Floride et ses jus d'orange.
En pratique, la liste de produits visés ne mentionne pas d'entreprises, mais repose sur une nomenclature douanière plus générale de produits.
Mercredi, Mme Malmström a toutefois de nouveau appelé l'administration américaine à la raison, exhortant Washington à poursuivre le dialogue sur l'épineuse question des surcapacités.
« La cause profonde du problème dans le secteur de l'acier et de l'aluminium est la surcapacité mondiale. Elle trouve sa racine dans le fait qu'une grande partie de la production se fait avec des subventions publiques massives et dans des conditions non marchandes. On ne peut y remédier que par la coopération, en s'attaquant à la source du problème et en travaillant ensemble », a-t-elle insisté.
Mardi, lors de la visite à Washington du Premier ministre suédois, Stefan Löfven, M. Trump a répondu devant la presse, à propos des mesures envisagées par l'UE : « Ils peuvent faire ce qu'ils veulent, mais, s'ils le font, on mettra alors une grosse taxe de 25 % sur leurs voitures et, croyez-moi, ils ne continueront pas à le faire très longtemps. » « L'UE ne nous a pas bien traités, et c'est une situation commerciale très, très injuste... », a-t-il ajouté.
Contrairement à ce que dit M. Trump, « les guerres commerciales sont mauvaises et faciles à perdre », a averti mercredi le président du Conseil européen, Donald Tusk, appelant les responsables politiques de part et d'autre de l'Atlantique à « agir de manière responsable ». M. Tusk veut inscrire ce dossier à l'ordre du jour du prochain Conseil européen, les 22 et 23 mars. (Emmanuel Hagry)