Donnant le coup d'envoi au processus budgétaire 'Semestre européen' pour 2018, la Commission européenne a considéré, mercredi 22 novembre, qu'il convient de mettre à profit la vigueur actuelle de l'économie européenne pour poursuivre les réformes et l'assainissement du secteur financier afin de mieux préparer les États membres à un éventuel retournement de conjoncture.
Outre les prévisions économiques d'automne qui tablent sur une croissance moyenne de 2,2% du PIB dans la zone euro (EUROPE 11901), le lancement de cet exercice budgétaire au niveau européen est matérialisé par l'adoption d'une série de documents. Parmi ceux-ci, notamment, l'Examen annuel de la croissance préconise sans surprise de poursuivre une politique socio-économique reposant sur le triptyque suivant : stimulation de l'investissement, poursuite des réformes structurelles et maîtrise des finances publiques.
Dans ce cadre, la Commission a établi pour la deuxième fois un projet de recommandation de politique économique spécifique pour l'ensemble de la zone euro. À l’instar de ce que préconisait le Comité budgétaire européen (EUROPE 11814), l’institution prône une trajectoire budgétaire globalement neutre. Cette année, elle souligne l'importance de renforcer, au niveau de l'Eurozone, la lutte contre l'optimisation fiscale agressive.
Dans le même temps, la Commission a présenté ses avis sur les projets de budget 2018 pour tous les pays de la zone euro sauf la Grèce (voir autre nouvelle).
Sur le plan financier, le commissaire à l'Euro, Valdis Dombrovskis, a fait état de faiblesses qui grèvent le secteur bancaire. La Commission souligne que l'intégration des marchés financiers accuse toujours un retard important, surtout dans la zone euro, et elle estime nécessaire d'accroître la transparence des flux de capitaux, notamment à des fins fiscales.
L'institution européenne pointe à nouveau l'importance de parachever l’union bancaire en zone euro et d'approfondir l’Union économique et monétaire (UEM). À ce titre, en réponse au retard dans la formation du gouvernement allemand, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a réaffirmé via Twitter que le sommet de la zone euro aurait effectivement lieu mi-décembre afin de travailler sur les propositions spécifiques sur l'UEM que la Commission présentera début 6 décembre (EUROPE 11899).
Déséquilibres macro-économiques. Mercredi, la Commission a également publié son rapport sur le mécanisme d’alerte pour 2018, qui vise à corriger les déséquilibres entravant le bon fonctionnement des économies des pays de l’Union européenne. Elle propose de faire un bilan approfondi pour douze États membres (Allemagne, Bulgarie, Chypre, Croatie, Espagne, France, Irlande, Italie, Pays-Bas, Portugal, Slovénie et Suède) concernés par la procédure sur les déséquilibres macro-économiques (EUROPE 11792).
L’examen de la situation allemande devrait concerner l’excédent des comptes courants (balance commerciale et flux financiers), qui dépasse régulièrement les seuils maximaux indicatifs fixés dans la procédure (EUROPE 11731).
Dimension sociale renforcée. La commissaire à l’Emploi et aux Affaires sociales, Marianne Thyssen, a expliqué que le 'Semestre européen' reflétait une dimension sociale plus marquée en lien avec le socle européen des droits sociaux, qui a été adopté vendredi dernier (EUROPE 11907).
Pour la première fois, la Commission a publié un Rapport conjoint sur l’emploi qui accompagne l’Examen annuel de la croissance. Ce rapport vise à mettre en pratique le tableau de bord social qui analyse les performances des États membres à l’aune de 14 indicateurs clés (EUROPE 11775) structurés autour de trois axes : - égalité des chances et accès au marché du travail; - conditions de travail équitable; - protection sociale et inclusion sociale.
« Pour chaque indicateur, l’État membre reçoit une note, du meilleur au moins bon » en fonction des réformes effectuées en matière sociale et d’emploi, a déclaré la commissaire, consciente que les réformes ne peuvent pas se faire « en une nuit ». Selon Mme Thyssen, le socle européen « guidera » l'élaboration des rapports pays par pays attendus pour mai 2018 en identifiant les défis sociaux les plus urgents.
Malgré un taux de chômage de 7,5% dans l'UE, les différences demeurent grandes selon les États membres, avec des taux de 3,5% en Allemagne et en République tchèque comparé aux taux de 17% observés en Espagne et en Grèce. (Mathieu Bion, Lucas Tripoteau et Pascal Hansens)