Les chefs d’État ou de gouvernement devraient demander, vendredi 23 juin dans leurs conclusions, que la formation et l’équipement des gardes-côtes libyens soient accélérés.
« La formation et l’équipement des gardes-côtes libyens est une composante clé de l’approche de l’UE (en termes de migration) et devraient être accélérés », souligne ainsi un projet de conclusions du 19 juin obtenu par EUROPE. Dans sa lettre d’invitation aux dirigeants, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a insisté sur le financement des gardes-côtes, qui ont, selon lui, arrêté plus de 100 trafiquants et neutralisé plus de 400 de leurs embarcations. « Je ne vois pas pourquoi nous ne pouvons pas avoir une plus grande responsabilité financière pour le fonctionnement des gardes-côtes libyens. Ce sont nos alliés dans la lutte contre les trafiquants », a-t-il expliqué ajoutant qu’« au niveau du travail, certains des représentants (des États membres) ne prenaient pas les décisions nécessaires à cet égard ».
Selon une source européenne, il faut renforcer l’État libyen, dont les gardes-côtes sont une des composantes. « Personne ne se fait d’illusions, si un État ne fonctionne pas, il est peu probable d’avoir des gardes-côtes qui fonctionnent. Mais c’est une affaire de très longue haleine », a-t-elle expliqué. « On n’est pas là pour distribuer des chèques en blanc », a-t-elle ajouté.
Car l’action de l’UE est très critiquée, notamment par l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Libye, Martin Kobler, qui dénonce des refoulements de bateaux opérés par les gardes-côtes libyens avec mise à l’eau des migrants (EUROPE 11812). Une source européenne a aussi expliqué à EUROPE que les Libyens avaient déjà un certain nombre de moyens, mais qu’ils étaient mal organisés. « Cela fait qu’ils ont du mal à identifier ce dont ils ont besoin », a-t-elle ajouté, précisant que les Libyens avaient remis à l’UE « des listes extrêmement larges avec des éléments dont on se demande s’ils servent à la lutte contre les passeurs ou dans un autre but », sous-entendu militaire (EUROPE 11776).
Avant de se pencher sur la migration (voir autre nouvelle) les dirigeants discuteront, à l’occasion de leur diner, jeudi 22, des relations de l’UE avec ses partenaires internationaux. Ainsi, les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne devraient rendre compte de leurs rencontres, le 25 mai dernier, avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le président américain, Donald Trump (EUROPE 11796). Si, selon une source européenne, il n’est pas question de faire du diner un « Conseil européen Turquie », certains États membres aimeraient discuter de la relation avec Ankara. Comme il est de tradition à l’approche de l’échéance des sanctions économiques à l’encontre de la Russie en lien avec la crise ukrainienne, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Emmanuel Macron, feront un point sur la mise en œuvre des accords de Minsk. Les dirigeants devraient, sur cette base, discuter de l’avenir de ces sanctions. « Les progrès sont très insuffisants dans la mise en œuvre des accords de Minsk et, compte tenu de cela, rien ne justifierait la levée ou la suspension des sanctions », a expliqué un diplomate européen (EUROPE 11776).
Poursuivre les progrès en matière d’Europe de la défense
Avant le diner, les chefs d’État ou de gouvernement feront un point sur l’Europe de la défense. Ils devraient renouveler leur soutien à la création d’une coopération structurée permanente (CSP), à la fois inclusive et ambitieuse, ce qui peut sembler antinomique, mais qui a pour objectif de satisfaire tous les États membres. « Je pense que, pour la première fois, il y a la volonté de lancer cette CSP dans des délais rapides et on discutera probablement de ce calendrier », a expliqué un diplomate européen, souhaitant une décision dans les prochains mois. « Nous allons franchir le Rubicon, mais pas atteindre Rome », a poétiquement résumé une source européenne de haut niveau.
Les dirigeants devraient aussi approuver le fait que le déploiement des groupes tactiques ('battle groups') devrait être supporté comme un coût commun par le mécanisme Athena, « sur une base permanente ». Jusqu’à présent, une décision est adoptée chaque année sur la prise en charge des coûts des groupements tactiques par l’UE, bien qu’aucun groupe tactique n’ait jamais été déployé, faute d'un accord entre les États membres.
Le Conseil européen pourrait aussi demander la mise en place rapide du Fonds européen de défense et du programme européen de développement industriel de défense. (Camille-Cerise Gessant avec la rédaction)