Plusieurs États membres ont demandé, vendredi 9 juin à Luxembourg, lors d'une réunion des ministres européens de l’Intérieur, de mettre provisoirement de côté le règlement de Dublin qui organise les responsabilités des pays membres dans le traitement des demandes d’asile ainsi que les travaux sur les principes de responsabilité et de solidarité.
Cette demande a été faite par l’Allemagne face au blocage persistant sur ce dossier et sur l’équilibre à trouver entre solidarité et responsabilité. La Belgique a soutenu publiquement cette proposition et, selon le commissaire européen aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, cette approche a été acceptée par les autres délégations, a-t-il dit à l’issue de la journée de travail.
La réforme du système de Dublin en matière d'asile fait du surplace depuis la Présidence slovaque du Conseil de l’UE, au second semestre 2016, et reste tributaire des fortes réticences des pays d'Europe centrale et orientale, qui rejettent le caractère obligatoire des mécanismes de relocalisation de demandeurs d’asile. A contrario, l’Italie et la Grèce et des pays comme la France ne veulent pas céder sur cet aspect obligatoire.
Cette approche proposée vendredi matin par le ministre allemand, Thomas de Maizière, a pour objectif de faire avancer les autres dossiers et notamment les 6 autres textes du Paquet 'asile', dont certains, comme celui sur la réforme de l’Agence européenne d’appui à l’asile (EASO) peuvent être adoptés d’ici à la fin de la présidence. Berlin a fait valoir le pragmatisme dans cette démarche et la nécessité d’avancer sur ce qui fait consensus.
Mais l’Italie et la Grèce ont émis des réserves sur cette approche fragmentée, souhaitant que la logique de paquet soit respectée. L’Italie a notamment demandé que l’objectif de travailler sur les principes de solidarité et de responsabilité soit maintenu, craignant, avec la Grèce, que l’objectif qui sous-tend la révision de Dublin soit dilué avec le temps.
Le commissaire Avramopoulos s’est pourtant dit confiant que l’Estonie parviendrait à un accord sur tous les aspects du paquet législatif et a semblé rejeter l’idée que la révision du système de Dublin soit sacrifiée au profit des autres textes du Paquet 'asile'.
Pour le représentant italien, Domenico Manzione, la peur est en tout cas, réelle. « La tendance de certains » à suivre une « approche partielle risque de mettre en jeu l’équilibre global » du paquet législatif. Il ne peut y « avoir de mesures de solidarité choisies à la carte », a-t-il ajouté, rappelant que « pour (l'Italie), il n’est pas question d’enlever ces principes de solidarité et de responsabilité du règlement de Dublin ».
La Présidence estonienne, qui pilotait, pour l’occasion, la réunion, du fait de la vacance du gouvernement maltais a, promis pour sa part, vendredi, de faire de ce paquet 'asile 'une priorité. (Solenn Paulic)