L’UE est fin prête, mais elle attend toujours de pouvoir débuter les négociations du Brexit avec le Royaume-Uni.
Les dirigeants et responsables européens ont été surpris, confus et quelque peu déconcertés à l’annonce du résultat des élections anticipées au Royaume-Uni convoquées en avril dernier (EUROPE 11769). Organisées pour donner au Premier ministre conservateur, Madame Theresa May, un mandat fort pour entamer les négociations du Brexit, elles la laissent finalement sans majorité absolue au Parlement.
Les résultats
Alors que les Conservateurs ont remporté le plus grand nombre de sièges au Parlement britannique (318 sur 650, soit 8 sièges de moins que la majorité, un siège restant à confirmer vendredi après-midi), Madame May a déclaré vouloir « travailler avec nos amis et alliés » du parti unioniste démocrate d’Irlande du Nord (DUP), qui a remporté 10 sièges, pour parvenir au nombre requis.
Le DUP s’est largement positionné en faveur du Brexit et est résolument conservateur. Il s’oppose notamment à l’avortement et au mariage homosexuel. Dans son manifeste électoral, il a insisté sur son souhait de conserver « une frontière pacifique » avec la République d’Irlande et de conclure « un accord exhaustif en matière de libre-échange et de douanes avec l’Union européenne ». Ces priorités concordent avec celles du parti conservateur britannique.
Le DUP souhaite également bénéficier de fonds de l’UE « s’ils s’avèrent rentables et apportent une valeur ajoutée ». Il voudrait, par ailleurs, continuer de prendre part à des programmes consacrés à la recherche et à d’autres domaines ouverts aux pays non membres de l’UE.
Beaucoup espèrent que ces résultats permettront de conclure un Brexit moins rugueux, qui permettrait notamment au Royaume-Uni de toujours faire partie de l’union douanière. Le Premier ministre élu d’Irlande, Leo Varadkar, qui prendra ses fonctions la semaine prochaine, a déclaré qu’il n’y avait « pas de mandat fort pour négocier un Brexit sans accord, ce qui représente une opportunité pour l’Irlande ». Les analystes politiques d’Eurasia avancent dans un communiqué que « les chances d’avoir un Brexit 'plus souple' ont augmenté » suite aux élections.
Les négociations avec l'UE
Madame May a annoncé vouloir « guider le pays durant les négociations cruciales du Brexit qui débuteront dans seulement 10 jours », indiquant ainsi son intention de s’en tenir au calendrier privilégié par l’UE.
La Commission européenne avait indiqué vouloir commencer les négociations durant la semaine du 19 juin, afin de donner au Royaume-Uni le temps de former un gouvernement et de pouvoir s’entretenir avec les dirigeants européens, qui se réuniront pour un sommet à Bruxelles les 22 et 23 juin.
« J’espère que le résultat des élections n’aura pas d’impact majeur sur ces négociations que nous attendons désespérément », a déclaré depuis Prague le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker après l’annonce des résultats. La Commission entend organiser les négociations à son siège à Bruxelles, bien que la date, le lieu et les modalités n’aient pas encore été officiellement convenus avec le Royaume-Uni.
Donald Tusk, le président du Conseil européen, a souligné dans une lettre de félicitations à Madame Theresa May, qu’il n’y avait « pas de temps à perdre ». « Notre responsabilité partagée, et notre tâche urgente désormais, est de mener les négociations sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne dans les meilleures conditions possibles, en trouvant l’issue la moins déstabilisante pour nos citoyens, nos entreprises et nos pays après mars 2019 », a écrit M. Tusk.
Le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, a quant à lui tweeté que les négociations ne devraient débuter que « lorsque le Royaume-Uni sera prêt ». « Le calendrier et les positions de l’UE sont claires. Unissons nos efforts pour conclure un accord », a-t-il ajouté sur Twitter.
Le choas
Les députés européens se sont montrés moins diplomates. Ainsi, le négociateur pour le Parlement européen, Guy Verhofstadt, a tweeté que le résultat des élections était « un nouveau but contre leur camp » pour les conservateurs britanniques, suite à l’échec du référendum de l’ancien Premier ministre David Cameron, et qu’il rendrait « des négociations déjà complexes encore plus compliquées ».
Le chef du Parti populaire européen chrétien-démocrate, Manfred Weber, a renchéri en déclarant sur Twitter que le Royaume-Uni était « profondément divisé », que Madame May avait apporté « le chaos à son pays », et que « la date du début des négociations est maintenant incertaine ».
Gianni Pittella, le chef de file des sociaux-démocrates, a pour sa part commenté que le résultat était « un désastre pour Theresa May ». « Les citoyens britanniques ont clairement rejeté sa vision du Royaume-Uni et du Brexit, et elle devrait démissionner - elle n’a plus aucune crédibilité dans son propre pays ni en Europe », a ajouté M. Pittella. Et d'ajouter: « Nous devons désormais avoir une discussion sérieuse avec le Royaume-Uni sur la relation qu’il entend entretenir avec l’UE à l’avenir. Nous avons déjà perdu suffisamment de temps à cause du comportement imprévisible de Theresa May ».
Pour Philippe Lamberts, Madame May devrait « reconsidérer ses positions » dans les négociations. « Les citoyens britanniques ont refusé de lui accorder un mandat fort pour négocier sur une ligne dure à propos de la sortie de leur pays de l’UE », a déclaré le co-président du groupe Verts/ALEm pour qui « ce résultat montre que les Britanniques restent divisés sur le sort de leur pays et leur position dans les négociations sur le Brexit ».
Le groupe de travail du Conseil sur le Brexit devrait se réunir, jeudi 15 juin, afin d’entamer les négociations avec le Royaume-Uni, bien que l’ordre du jour soit encore incertain. (Version originale anglaise par Sarah Collins)