La future politique agricole commune (PAC) doit relever les défis liés au changement climatique et à la gestion de l’eau, ont souligné la plupart des ministres européens de l’Agriculture, mardi 23 mai, lors de leur réunion informelle dans la capitale maltaise. Ils se sont toutefois montrés partagés sur les outils à mettre en œuvre et sur l’origine des crédits pour réaliser les actions en faveur de l’eau ou du climat.
Roderick Galdes, le secrétaire d'État maltais à l'Agriculture, a résumé le débat devant la presse en disant que les ministres avaient souligné l’importance d’avoir un « cadre solide » en matière de gestion de l’eau et pour lutter contre le changement climatique.
Le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, a déclaré qu’il ne fallait pas oublier les objectifs internationaux (climat et développement durable).
Le commissaire à l’Environnement, Karmenu Vella, a insisté sur le fait qu’il fallait gérer l’eau correctement et une agriculture viable et durable. Les objectifs de la PAC en matière de gestion de l’eau doivent être alignés sur les objectifs de la directive-cadre sur l'eau, a souligné le commissaire, une remarque reprise par la Présidence maltaise du Conseil et le commissaire Hogan.
Lors du débat, l’Allemagne a défendu un deuxième pilier (développement rural) fort et des partenariats en matière de recherche. Ce pays estime que les mesures liées à la gestion de l’eau et au climat doivent être prises dans la cadre du deuxième pilier de la PAC. Le changement climatique augmente la vulnérabilité, a ajouté ce pays, qui estime que l’UE dispose déjà de suffisamment d’instruments « même s’il existe une marge pour des améliorations ». L’Allemagne a évoqué des systèmes privés d’assurance qui seraient utiles, ainsi que des fonds mutuels, mais ceci devrait rester volontaire.
Une PAC plus intelligente. Les Pays-Bas ont rappelé que l’agriculture était une des causes de pollution, mais aussi qu’elle contribuait à lutter contre le changement climatique. Le ministre a estimé nécessaire de passer à une PAC intelligente en matière de climat. Ce pays a fait référence à des systèmes privés de gestion des risques agricoles. Les Pays-Bas ont défendu l’approche d’une PAC orientée vers le marché.
La Lettonie a défendu un budget adéquat pour la PAC et les paiements directs et évoqué la convergence des aides.
Il faut une PAC plus intelligente qui prenne en compte les nouvelles technologies, a indiqué le ministre irlandais, Michael Creed. La nouvelle PAC doit investir dans la recherche, mais les résultats doivent être partagés avec tous les pays de l’UE. Le second pilier de la PAC doit avoir des ressources suffisantes, a dit l’Irlande. La ministre espagnole a souligné que les conséquences du changement climatique affectaient les pays de l’UE de manière inégale. Les pays du sud sont davantage touchés et les mesures de gestion des risques doivent atténuer la volatilité, a-t-elle dit.
Le Royaume-Uni a insisté sur l’innovation et la collecte des données et présenté les mesures prises au niveau national pour faire face aux inondations. Ce pays a fait référence aussi aux outils de gestion des risques.
La Lettonie a défendu un budget adéquat pour la PAC et les paiements directs et évoqué la convergence des aides. La République tchèque a évoqué notamment le problème de la pollution de l’eau.
L’Italie insiste sur le premier pilier de la PAC. L’Italie a insisté sur les projets en matière d’infrastructures sur la collecte et la gestion de l’eau pour aider les agriculteurs. Elle a préconisé un renforcement des outils de gestion des risques qui devraient couvrir aussi bien les conditions météorologiques que la volatilité des prix sur le marché. Le ministre italien a demandé que ces mesures de gestion des risques soient rendues obligatoires et transférées du second (développement rural) au premier pilier de la PAC, ce qui est une demande assez révolutionnaire. Le précédent ministre français de l’Agriculture avait évoqué par le passé l’idée d’un troisième pilier, mais cette idée n’a pas été évoquée à cette occasion par la délégation française. Celle-ci a parlé des outils de gestion des risques et du besoin d’une nouvelle PAC qui renforce la résilience agricole.
L’agriculture de précision a été mentionnée par plusieurs délégations, dont l’Italie.
Lors d’une rencontre avec quelques journalistes, lundi 22 mai dans la capitale maltaise, le commissaire Hogan a rappelé que la qualité de l'eau et la quantité d’eau représentent « d'énormes problèmes dans les pays du sud ». Il s’agit d’un problème qui prend de l’ampleur « dans beaucoup d'autres États membres ». Le soutien financier grâce aux programmes de développement rural pour l'irrigation pourrait représenter jusqu'à 60% de l’utilisation de l’eau dans certains pays de l’UE, a-t-il précisé. Il a rappelé les initiatives dans ce domaine : - un budget de 439 millions d'euros est prévu au titre des programmes de développement rural pour la gestion de la biodiversité, des sols et de l'eau ; - la Commission a publié le 28 avril un document de travail sur la gestion durable de l'eau ; - le Forum mondial sur l'alimentation et l'agriculture a mis l'accent en janvier dernier sur l'importance de l'eau.
Le commissaire souhaite l'utilisation du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) et d'autres fonds communautaires et nationaux pour financer de grands projets (delta du Danube et Valencia en Espagne).
La Commission souhaite aussi examiner certaines dispositions sur la conditionnalité des aides (liste des vérifications) et réviser les systèmes de conseils agricoles afin d'accorder plus d'attention aux mesures de développement rural dans les domaines de l’irrigation et de la gestion de l’eau, en particulier dans les États du sud de l’Europe. En outre, la Commission souhaite la mise en place d’un centre européen de l'agriculture et de l'innovation (avec l'aide du Centre commun de recherche) pour exploiter le potentiel des technologies (satellites). Le commissaire a cité le projet ‘Prima’ dans les pays méditerranéens et en Afrique du Nord.
Le président du Copa, Thomas Magnusson, a souligné devant les ministres l’importance d’une PAC forte dotée d’un budget fort, pas seulement au bénéfice des agriculteurs, mais aussi de la société. Il a insisté sur le besoin de maintenir les paiements directs de la PAC pour aider les exploitants à relever les défis liés au changement climatique. (Lionel Changeur)