Réunis à Bruxelles lundi 22 mai en Eurogroupe, les ministres des Finances de la zone euro et le chef du département Europe du Fonds monétaire international, Poul Thomsen, n’ont pas réussi à s’accorder sur les mesures d’allègement de la dette grecque, bloquant tout processus de finalisation de la deuxième mission de suivi. Les discussions sont reportées à l’Eurogroupe du 15 juin.
L’allègement de la dette comme point de blocage
Le principal point d’achoppement de la finalisation de la mission concerne toujours la question de l’allègement de la dette grecque. « Nous n’avons pas, à ce stade, conclu d’accord sur ce point », a déclaré Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, lors d’une conférence de presse faisant suite à la réunion entre les différentes parties. Les grands argentiers de la zone euro ont néanmoins reconnu avoir mené des discussions concrètes, qui revêtaient un caractère technique qui n’avait jamais été aussi « détaillé et profond », d’après le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, qui participait aussi à la réunion.
Cette question de la dette était déjà le point de friction principal avant cet Eurogroupe, le FMI conditionnant sa participation au plan de sauvetage à une viabilité de la dette grecque, donc à son allègement (EUROPE 11793). Le gouvernement allemand se montre cependant bien moins enclin à accepter ce principe, à quelques mois des élections législatives.
Si le président de l’Eurogroupe avait réaffirmé, lors de son arrivée, que la décision finale sur les mesures d’allègement de la dette n’interviendrait pas à l’occasion de cette réunion, mais à la fin du programme d’aide, en 2018, un accord politique de principe était toutefois attendu.
D’après une source européenne, des avancées ont été proposées au FMI lors de cet Eurogroupe. Les autorités allemandes auraient effectivement concédé certains points, notamment sur l’augmentation des maturités de la dette, mais ces derniers semblent encore insuffisants aux yeux du FMI pour accepter de participer au plan de sauvetage.
Le FMI n’étant pas disposé à y prendre part sur la base de cette proposition d’accord, le gouvernement grec ne souhaitait pas signer un accord partiel qui n’aurait pas inclus l’institution financière.
Un accord sur la trajectoire budgétaire d’ici à 2022
Si la question de la soutenabilité de la dette n’a pas pu être réglée à l’occasion de cette nouvelle réunion entre les ministres des Finances de la zone euro et le FMI, il en va différemment de la trajectoire budgétaire, du moins à l’horizon 2022.
Les différentes parties se sont effectivement entendues sur le maintien d’un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de +3,5% du PIB jusqu’en 2022. C’est un peu plus que ce qui avait été envisagé auparavant (EUROPE 11773) par la Grèce et les ‘institutions’ (Commission européenne, FMI, MES, BCE), mais ceci constitue une nouvelle concession de la part du gouvernement allemand, qui aurait aimé voir cette période prolongée.
Pierre Moscovici et Jeroen Dijsselbloem sont cependant restés assez vagues sur la période post-2022, sans préciser à quel pourcentage serait fixé cet excédent budgétaire primaire.
Les réformes grecques saluées par les partenaires
Bien qu’il semble compliqué de parler de motifs de satisfaction, tant les différentes parties espéraient parvenir à un accord lors de cette réunion, l’ensemble des partenaires de la Grèce a salué les dernières réformes économiques et sociales adoptées par le gouvernement d’Alexis Tsipras. Pierre Moscovici a ainsi annoncé qu’environ 115 des 140 mesures sociales législatives et non législatives demandées à l’État grec (EUROPE 11779) avaient déjà été adoptées, avant de préciser que la République hellénique était donc sur la bonne voie. M. Dijsselbloem a aussi affirmé que le FMI avait noté et salué les dernières réformes.
Il semblerait donc surprenant que les différentes parties ne se dirigent pas vers un accord dans les prochaines semaines, les Grecs ayant « pris leurs responsabilités », comme l’affirmait Pierre Moscovici à son arrivée à la réunion de l’Eurogroupe. Bruno Le Maire, qui participait à son premier Eurogroupe en tant que ministre français de l'Économie, a d’ailleurs voulu se montrer rassurant en conférence de presse. « Les mesures concrètes prises par le gouvernement grec vont permettre de débourser les sommes nécessaires dans le délai imparti », a-t-il ainsi déclaré. « Nous sommes très impressionnés par le travail fait en Grèce sur les réformes qui avaient été convenues », a également affirmé Jeroen Dijsselbloem.
Des tractations dans les prochaines semaines
Les différents protagonistes à la table des négociations ont donc décidé de rediscuter des questions en suspens lors du prochain Eurogroupe, qui se tiendra le 15 juin prochain à Luxembourg. Tous espèrent que le FMI acceptera de participer au plan de sauvetage. Celui-ci permettrait aussi à l’État grec d’avoir accès au 'Quantitative easing' (QE), qui contribuerait à contenir les taux d'intérêt sur la dette grecque et faciliterait le retour de la Grèce sur les marchés de la dette à moyen et long-termes. Toutefois, bien que la présence de l’institution de Washington semble probable, la source européenne n’estime pas impossible qu’elle ne prenne pas part au plan de sauvetage.
Il semblerait par ailleurs que des discussions pourraient éventuellement avoir lieu lors du prochain G7, qui se tiendra les 26 et 27 mai à Taormina (Italie), auquel prendront notamment part Emmanuel Macron, Angela Merkel, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker. « Tout le monde espère que nous parviendrons à un accord dans les trois semaines », a affirmé Euclid Tsakalotos, ministre grec des Finances, à la sortie de la réunion.
Pour rappel, la finalisation de la deuxième mission de suivi du troisième plan de sauvetage de la Grèce débloquerait une nouvelle tranche d’aide, permettant aux autorités de la République hellénique de faire face à un pic de remboursement de plus de 7 milliards d’euros à la BCE. (Lucas Tripoteau)