La finalisation de la 2ème mission de suivi du 3ème plan de sauvetage grec sera au cœur des discussions que tiendront les ministres des Finances de la zone euro, lundi 22 mai à Bruxelles.
L'adoption de réformes sociales et économiques pour 2019 et 2020, telles qu'agréées début mai à Athènes entre les représentants des 'institutions' (Commission européenne, BCE, FMI, MES) et le gouvernement grec (EUROPE 11779), est un préalable aux négociations sur d'autres questions (trajectoire budgétaire post 2018 et mesures d'allègement à moyen terme de la dette grecque) conditionnant la finalisation de cette mission de suivi du plan triennal de sauvetage doté de 86 milliards d'euros du Mécanisme européen de stabilité.
Malgré la grève générale en Grèce, le paquet de réformes a été voté dans la nuit de jeudi 18 à vendredi 19 mai par la Vouli (Parlement grec). Une étape que la Commission européenne a saluée, vendredi 19 mai.
Pour rappel, les autorités grecques s’étaient engagées sur un paquet de réformes équivalant à 2% du PIB - réforme des retraites (1%) en 2019 et élargissement de la base de l'impôt sur le revenu des personnes (1%) en 2020. Ces mesures de consolidation budgétaire seront contrebalancées par d'autres mesures sociales ou visant à stimuler la croissance souhaitée par le gouvernement grec. Ces dernières seront mises en application uniquement si Athènes respecte ses engagements budgétaires après 2018.
La trajectoire budgétaire après 2018 à définir
La problématique de la trajectoire budgétaire de la Grèce après 2018 est également cruciale pour la finalisation de la seconde mission de suivi. Le plan d'aide prévoit que la Grèce parvienne à un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) à hauteur de 3,5% du PIB pour 2018 et au-delà, ces dernières se conformant déjà à un tel objectif (+4,2% pour 2016). Mais aucun objectif post-2018 n’a encore été officialisé, tant sur l'ampleur que sur la durée.
La Grèce et les 'institutions' semblent s'être accordées sur un objectif de 3,5% du PIB d’excédent budgétaire primaire jusqu’en 2021 (EUROPE 11784). D’après une première source diplomatique, ce point ne serait pas, de loin, la question la plus problématique à trancher lors de la réunion de l’Eurogroupe du 22 mai.
La participation du FMI conditionnée à un allègement de la dette
Le point le plus sensible de la finalisation de la seconde mission de suivi concerne certainement les mesures d’allègement de la dette grecque à moyen terme.
Jeroen Dijsselbloem, Président de l’Eurogroupe, a d’ailleurs plusieurs fois affirmé que cette finalisation devrait s’accompagner d'une discussion sur de telles mesures à appliquer en 2018, si cela s'avère nécessaire (EUROPE 11784). Dans ses prévisions économiques de printemps présentées le 11 mai dernier, la Commission européenne estime que la dette grecque représentera 174,6% du PIB en 2018.
La déclaration de l'Eurogroupe de mai 2016 prévoit trois types de mesures (EUROPE 11557), à savoir : - l'allègement des taux d’intérêt de titres de dettes ; - la rétrocession à Athènes des profits opérés par les banques centrales nationales et la BCE sur les titres de dettes grecs détenus dans le cadre du programme 'SMP' de rachat massif de titres souverains ; - l'utilisation d’une enveloppe non employée du MES pour rembourser de manière anticipée des emprunts existants afin de faire baisser les taux d'intérêt et d'augmenter les maturités.
« Toute l'ambiguïté réside dans le degré de précision », a indiqué, vendredi, une deuxième source diplomatique. L'Eurogroupe devra trouver un langage qui satisfasse les intérêts divergents de la Grèce, du FMI et de pays de la zone euro réticents à faire une faveur trop importante à Athènes.
Cette question fait en effet l’objet d’une bataille entre le Fonds monétaire international (FMI) et l’Allemagne, comme l’a confirmé à EUROPE cette deuxième source diplomatique. La participation financière du FMI au troisième plan de sauvetage grec est conditionnée à la viabilité de la dette grecque, l'institution internationale souhaitant des engagements précis sur la dette à moyen terme. Côté allemand, on rechigne à prendre des engagements fermes avant les élections législatives de septembre.
Si l'Eurogroupe est satisfait des mesures préalables adoptées par le Parlement grec, entérine la trajectoire budgétaire grecque après 2018 et parvient à un langage satisfaisant sur les mesures d'allègement de la dette grecque à moyen terme, alors il serait en mesure de décider de débloquer une nouvelle tranche d’aide financière, mi-juin à Luxembourg.
Sous réserve d'une approbation ultérieure par les parlements des pays de la zone euro qui le nécessitent, le gouvernement grec serait alors en mesure de faire face à un pic de remboursement supérieur à 7 milliards d’euros à la BCE en juillet. La tranche d'aide devrait aussi servir au remboursement d'arriérés de paiement de l'État grec. (Lucas Tripoteau)