La Commission européenne a démenti, mardi 11 avril, les rumeurs d'un gel des négociations de libre-échange UE/Philippines. Mais ses négociateurs ont averti la partie philippine, mi-février, que de nouveaux rounds de négociation, initialement envisagés à l'automne, ne seraient pas programmés tant que Manille ne montrerait pas d'amélioration de la situation des droits de l'homme dans le pays, en lien avec la violente guerre antidrogue menée par le président philippin, Rodrigo Duterte.
Mardi matin, le groupe GUE/NGL au Parlement européen a salué, par la voix de son rapporteur fictif sur ce dossier, la Néerlandaise Anne-Marie Mineur, la décision « encourageante » de la Commission « de faire une pause » dans les négociations de libre-échange UE/Philippines en raison de l'aggravation « profondément préoccupante » de la situation des droits de l'homme dans le pays.
Aussitôt sollicitée par EUROPE, la Commission a démenti la rumeur, également propagée par d'autres médias, début avril, d'une suspension des négociations. « Les négociations sont à un stade précoce. Le prochain round n'est pour l'instant pas prévu. L'UE a un agenda commercial plein (...) avec près de 20 négociations qui progressent à différentes vitesses », nous a confié un porte-parole de l'institution.
« L'UE est très préoccupée par la situation des droits de l'homme aux Philippines et par les meurtres extrajudiciaires qui y sont commis. Dans ce contexte, nous nous concentrons actuellement sur l'exercice de suivi du SGP + en cours, ainsi que sur la révision de l'examen périodique par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. Nous examinerons ensuite attentivement les implications que les résultats pourraient avoir pour l'engagement commercial de l'UE avec les Philippines », a-t-il précisé.
Reste qu'une note d'information d'une réunion du groupe d'experts de la Commission sur le système de préférences généralisées (SPG), datée du 16 février, qu'EUROPE a pu examiner mardi, est formelle : « au cours du deuxième round des négociations pour un accord de libre-échange UE/Phillipines, du 13 au 17 février, les négociateurs de l'UE ont indiqué que d'autres cycles de négociations (qui se tiendraient normalement à l'automne 2017) ne seront programmés que si les Philippines montrent une nette amélioration en matière de droits de l'homme », indique le texte.
En outre, selon une source proche du dossier au PE, la Commission aurait elle-même indiqué au rapporteur, David Martin (S&D, britannique), lors d'une réunion à huis clos de la commission du commerce international, en mars, qu'un nouveau round de négociation ne serait pas programmé tant que les Philippines ne montraient pas de claire amélioration de la situation des droits de l'homme. « Ce qui équivaut à une pause de facto », nous a expliqué cette source. (Emmanuel Hagry)