Les commissions des budgets, du contrôle budgétaire et des affaires juridiques du Parlement européen procèderont, lundi 9 janvier à Bruxelles, à un échange de vues avec le commissaire Günther Oettinger sur son transfert de portefeuille au sein de la Commission. Cette rencontre devrait donner l'opportunité à M. Oettinger d'évoquer la future communication qu'il compte présenter au sujet de la diversité et l’inclusion au sein de son institution, en guise de réponse aux critiques auxquelles il doit faire face.
À l'issue de cet échange de vues, des réunions d'évaluation à huis clos des coordinateurs de chaque commission auront lieu à propos de l'attribution à M. Oettinger du portefeuille 'Budget et ressources humaines', après le départ de Kristalina Georgieva à la Banque mondiale. Les trois commissions rédigeront une lettre d’évaluation qui sera discutée le 12 janvier lors de la conférence des présidents du Parlement européen.
M. Oettinger s'est vu attribuer le 21 décembre 2016 le portefeuille du Budget et des Ressources humaines. Mais, l'ex-commissaire à l’Économie et à la Société numérique doit s'attendre à faire l'objet d'un interrogatoire difficile lundi après ses propos racistes, homophobes ou déplacés à l’égard de la Wallonie et des Chinois, et après avoir accepté de voyager à bord du jet privé d'un homme d'affaires proche du Kremlin (EUROPE 11670).
Comment retrouver de la crédibilité ? Dans leurs questions écrites à M. Oettinger, les députés rappellent son discours à Hambourg (le 26 octobre 2016) dans lequel il formulait des remarques discriminatoires à l’égard des Chinois, des femmes et des personnes LGBTI. « Quelle impulsion entendez-vous, en tant que commissaire aux ressources humaines, donner à la diversité en ce qui concerne les ressources humaines, en particulier à l’égard des minorités ethniques, des femmes et des personnes LGBTI, et comment comptez-vous retrouver votre crédibilité en la matière ? » : telle est l'une des questions posées au commissaire par les députés. M. Oettinger, dans sa réponse, explique qu’il « regrette vivement » que les mots utilisés pendant le discours aient pu blesser des personnes. « Ce n'était pas mon intention. Ma conviction est que la diversité est une force et une valeur fondamentale au cœur du projet européen », peut-on lire dans sa réponse.
Une communication sur la diversité
M. Oettinger s’engage d’ailleurs, pour prouver sa bonne foi, à présenter « dans les prochains mois » une communication sur la diversité et l'inclusion. Ce texte devrait contenir les principales initiatives que la Commission entend mettre en œuvre pour « favoriser la diversité et l'inclusion parmi son personnel jusqu'en 2019 ». M. Oettinger indique aussi avoir comme priorité l’atteinte de l'objectif d’avoir 40% de femmes dans des postes de management au sein de la Commission d'ici à 2019.
Au sujet du voyage de M. Oettinger à bord du jet privé de Klaus Mangold, homme d’affaires et lobbyiste allemand, de Bruxelles à Budapest, le commissaire précise, après avoir donné la définition d’une réunion au sens du code de conduite des commissaires, qu’il y a eu « aucune demande de réunion ni de la part de M. Mangold, ni de ma part. Les autorités hongroises ont fourni une facilité de transport ». Il ajoute encore, pour sa défense, que le moyen de transport accordé était lié à sa mission officielle et « ne peut être considéré comme un avantage ayant une valeur pécuniaire ».
Des ONG estiment que M. Oettinger ne devrait pas s’occuper du portefeuille des ressources humaines. Plusieurs ONG (ILGA-Europe, European Women’s Lobby, Transparency International EU, European Network Against Racism, Corporate Europe Observatory, IPPF European Network, Oxfam International EU Advocacy Office, Volonteurope, Stichting ERGO Network et Lobbycontrol) ont écrit aux eurodéputés pour leur signaler qu’elles « ne pensent pas que le commissaire Oettinger soit apte à s’occuper des ressources humaines à la Commission européenne ». Les ONG rappellent les remarques « racistes, sexistes et homophobes » proférées à plusieurs reprises par l'intéressé. « À ce moment crucial pour l'UE, il est plus que jamais essentiel de montrer un engagement solide et crédible de la part de la Commission européenne pour lutter contre les discriminations et agir en faveur de l'égalité pour tous », écrivent les ONG. Or, le commissaire en charge des ressources humaines « doit donner l'exemple », font-elles valoir. Le commissaire Oettinger « n'est pas la bonne personne pour cette tâche », concluent les ONG, qui critiquent aussi le fait que 90% des réunions de M. Oettinger aient eu lieu avec des groupes d’intérêts.
Andrus Ansip occupera, en plus de son actuel poste de vice-président en charge du Marché unique numérique, celui de commissaire à l’Économie et à la Société numériques. Cette configuration demeurera jusqu’à ce que les autorités bulgares désignent leur nouveau candidat et que le président Juncker lui attribue un nouveau dossier en fonction de ses compétences (EUROPE 11694). (Lionel Changeur)