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Bulletin Quotidien Europe N° 11697
REPÈRES / RepÈres

Bienvenue en 2017, soit cent ans après la chute d'un Tsar...

Que faut-il attendre, du point de vue européen, de l’année qui s’ouvre ? La sagesse inciterait à ne rien envisager de très positif. Après tout, le terrain reste aussi miné qu’il l’était en 2016. L’œuf pourri qu’est le Brexit reste à peler. La zone euro demeure en équilibre instable, tiraillée entre ceux qui se veulent les gardiens intransigeants de l’orthodoxie budgétaire et ceux qui, à l’instar de la Commission, estiment que le temps est venu de relâcher un peu la bride ; pendant ce temps, les Grecs (pas tous, rassurez-vous…) continuent à souffrir, la « solidarité » avec leur pays n’allant pas jusqu’à eux. En Italie, des banques menacent toujours de faire naufrage, à l’instar des barques surchargées qui continuent de s’abimer en Méditerranée – mais, celles-ci, dans l’indifférence à peine masquée de beaucoup de dirigeants européens… Arrêtons là, inutile de noircir davantage le tableau qui se dresse devant les citoyens européens à l’aube de l’année nouvelle : il n’en faut pas plus pour les amener à douter encore, comme en 2016, de l’utilité de l’Europe.

Pourtant, la bonne nouvelle, c’est que les citoyens européens font de la résilience une vertu. À en croire une enquête d’opinion eupinions dévoilée par la Bertelsmann Stiftung à la fin de l’année dernière, le soutien à l’Union européenne va croissant. Les eurosceptiques voyaient dans le Brexit un premier domino à tomber, bientôt suivi par d’autres jusqu’à provoquer l’implosion de l’Union entière. Ils doivent déchanter, car le sondage réalisé auprès de dix mille citoyens de chacun des « grands » États membres de l’Union montre le contraire de manière éclatante. Y compris au Royaume-Uni où, en août dernier, 56% des citoyens interrogés ont dit qu’ils voteraient pour le maintien de leur pays dans l’Union, là où ils n’étaient de 49% à s’exprimer en ce sens en mars. Signe des temps et du malaise que suscitent certaines politiques européennes dans les pays du sud, les Italiens ne sont que 51% à apporter cette réponse, 41% d’entre eux étant même favorables à un retrait de leur pays.

Ces résultats sont positifs, mais ils doivent aussi inciter les responsables européens à entendre les doléances et les récriminations qui s’expriment, faute de quoi les rangs des eurosceptiques et nationalistes ne manqueront pas de gonfler plus encore. Sera-ce le cas ? Il faut hélas en douter. Les doctes communicateurs institutionnels et médiatiques ne manquent pas de relever que les scrutins programmés dans les prochains mois aux Pays-Bas, en France et en Allemagne interdisent que soient ouverts rapidement les chantiers de nature à redonner des couleurs au projet européen en vue sinon de séduire le citoyen, en tout cas de le rassurer. Voilà qui donne parfaitement raison au sociologue Andrea Rea lorsqu’il observe que « le problème du champ politique, c’est qu’il est tellement obsédé par les échéances électorales que le discours politique n’est plus que politicien et électoraliste » (Le Soir, 2 janvier). C’est vrai au plan national où, partout, la démocratie est peu ou prou en souffrance. C’est bien plus vrai encore au niveau européen où les scrutins nationaux paralysent l’Union, la condamnant à l’impuissance. D’où cette évidence que l’Europe est devenue le lieu par excellence où, selon ce professeur de l’Université libre de Bruxelles, « les hommes politiques aujourd’hui, du fait qu’ils sont obsédés par les échéances électorales, n’assurent plus l’autorité morale et politique attendue des élites ». Plus que dans les pays encore, ils sont donc « incapables de projeter la population dans le futur », de dessiner des projets qui suscitent l’adhésion à défaut de l’enthousiasme, ce qui se révèle du pain béni pour ceux qui se sont remis au service du nationalisme et des extrémismes politiques.

Faut-il dès lors déjà se résigner ? Peut-être pas. D’abord parce que le monde change. Constatant que « 2017 se profile comme une année jonchée de défis et d’incertitudes », Javier Solana observe que la plus grande parmi ces dernières est de savoir si nous n’assistons pas « à la fin d’une époque géopolitique » (Project Syndicate, 21 décembre). L’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump sera selon toute évidence une nouvelle donne embarrassante pour les pays européens, voire même carrément un électrochoc. Sur le plan commercial et économique, mais aussi, sans doute, sur le plan militaire, ce au moment où la Russie de Poutine multiplie les actes pouvant être interprétés comme des menaces sérieuses en Europe. Ce qui a amené Judy Dempsey, dans le blog Strategic Europe de Carnegie Europe (21 décembre), à lancer cet avertissement très clair : « La menace est évidente : la démocratie et la stabilité de l’Europe sont menacées comme pendant la guerre froide. Alors, l’Europe avait les États-Unis pour la protéger. Aujourd’hui, les efforts du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, du Polonais Jaroslaw Kaczyński et de la cheffe du Front National français Marine Le Pen apportent de l’eau au moulin de Poutine »

Ce contexte géopolitique mouvant et cette menace intérieure sans cesse grandissante, un peu partout à l’intérieur de l’Union, devraient logiquement inciter les « responsables » politiques européens à aller au plus vite à l’essentiel, à amener le Conseil européen à procéder d’urgence à une évaluation des menaces qui montent aux frontières extérieures de l’Union et au sein même de celle-ci. À se donner aussi les moyens de pouvoir répondre efficacement à ces menaces diverses. Le Conseil européen se montrera-t-il à la hauteur de cette tâche qui s’impose à lui ? Sera-t-il capable de mettre une sourdine aux préoccupations électorales des prochaines semaines pour relever avec efficacité le défi majeur qui se pose à l’Union européenne. Dans le cas contraire, la preuve définitive sera apportée que le « monarque absolu » dénoncé par Sylvie Goulard est vraiment « inefficace » et que, « en faisant main basse sur l’Europe, les dirigeants nationaux assoient leur pouvoir mais ne servent ni l’Europe ni l’intérêt national ». Peut-être sera-t-il bon alors que la société civile se lève pour rappeler à ce monarque collectif qu’il y a cent ans, la révolution de février conduisait à l’abdication d’un Tsar, ce afin d’éviter tant que faire se puisse encore qu’il lui succède une révolution d’octobre qui, à n’en pas douter, ne serait pas moins périlleuse que celle de 1917…   Michel Theys

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