Les députés qui ont participé, en session plénière du Parlement européen, mardi 13 décembre à Strasbourg, à un premier débat sur le paquet de mesures pour l'énergie propre, présenté le 30 novembre par la Commission européenne (EUROPE 11679), ont souligné, de manière plus ou moins mesurée, les lacunes du paquet.
Au groupe PPE, la Française Françoise Grossetête a dit accueillir favorablement les mesures sur l’efficacité énergétique et l'écoconception, mais elle a insisté sur la nécessité de « compter sur la complémentarité des sources d'énergie » autres que les renouvelables, citant le nucléaire, la géothermie, l'hydraulique ou le biogaz. « Les énergies fossiles resteront inévitablement des sources importantes, mais la substitution du gaz au charbon doit être une priorité », a-t-elle ajouté, appelant à intensifier les efforts en matière de recherche tant pour stocker l’énergie produite par les renouvelables que pour financer des projets de capture et stockage de carbone (CCS). À cet égard, Mme Grossetête a déploré que l'UE ne compte que quatre projets CCS en Europe, dont un seul opérationnel en Norvège. L'Allemand Markus Pieper a appelé à « ne pas bloquer le passage à l’énergie verte par des obligations en matière d'économie d’énergie », plaidant pour des objectifs indicatifs.
Pour le groupe S&D, la Belge Kathleen Van Brempt a plaidé pour plus d'ambition en matière de renouvelables et d'efficacité énergétique ainsi que pour des garanties en matière d'accès au chauffage et à l'électricité pour tous les citoyens. « Nous saluons les objectifs contraignants pour l'efficacité énergétique et les renouvelables, mais le niveau d’ambition proposé est encore trop bas », a estimé Mme Van Brempt, soulignant l'attachement du S&D à un objectif de 40% pour l'efficacité énergétique et à un objectif plus ambitieux en matière de renouvelables, assorti d'objectifs nationaux. Mme Van Brempt a aussi critiqué le maintien de faveurs aux combustibles fossiles dans le cadre de la transition durable et appelé à encourager toutes les initiatives pour lutter contre la pauvreté énergétique. L'Italien Flavio Zanonato a, pour sa part, jugé « un peu trop lente » la décarbonisation progressive proposée par la Commission.
Au sein du groupe CRE, le Polonais Zdzisław Krasnodębski a dit avoir « quelques difficultés » concernant le rôle accordé aux renouvelables par rapport à d'autres sources d'énergie. La Britannique Julie Girling a plaidé pour des mesures spécifiques afin de résoudre les problèmes liés aux systèmes de chauffage urbain « périmés et lourds » dans certaines régions de l'UE et pour traiter la question du chauffage des maisons individuelles, tant pour faire évoluer les modes de consommation qu'en termes de santé. Pour sa part, la Belge Anneleen Van Bossuyt a plaidé pour un objectif d'efficacité énergétique de seulement 27%, à réévaluer en 2023 et elle a jugé insuffisantes les propositions de la Commission visant la suppression des barrières commerciales sur le marché de l'électricité.
Pour le groupe ADLE, le Danois Morten Helveg Petersen a appelé le PE et les États membres à « prévoir une réforme aussi ambitieuse que possible », estimant que l'UE avait une « occasion unique (...) de se libérer du gaz de Poutine et du pétrole des cheiks ». « Nous avons besoin d'énergie verte dans les prises électriques à travers toute l'Europe. Tant que nous ne serons pas à 100%, notre objectif doit aller vers le haut. Je veux voir l'approche du PE être encore plus progressiste et plus ambitieuse que celle de la Commission. Nous pouvons et devons aller plus loin, nous devons prendre le leadership mondial dans les renouvelables et l'efficacité énergétique et veiller à ce que la législation soit optimisée et mise en œuvre pour le bénéfice de tous les citoyens européens et surtout du climat », a insisté M. Petersen.
Pour le groupe GUE/NGL, le Chypriote Neoklis Sylikiotis a critiqué la faiblesse des objectifs proposés en matière d'efficacité énergétique et de renouvelables au regard de ceux demandés par le PE. M. Sylikiotis a aussi dénoncé « l'absence de vraies initiatives pour répondre à l’isolement énergétique et le sacrifice de l'environnement et des besoins des peuples au profit des grands groupes énergétiques ». La Tchèque Kateřina Konečná a appelé à faire plus en matière d'économies d'énergie, estimant qu'il s'agissait du « point faible » du paquet et que ce dernier ne présentait que peu de propositions en matière de pauvreté énergétique. « L’énergie est un droit pour tous les citoyens », a-t-elle insisté.
Pour le groupe Versts/ALE, le Luxembourgeois Claude Turmes a salué de bonnes propositions, mais déploré un manque de vision globale. « Pourquoi appeler le paquet 'paquet pour l'énergie propre' et pas 'paquet pour l'énergie verte' ? L’avenir c’est les énergies renouvelables », a-t-il insisté, fustigeant la Commission pour son évaluation des coûts des renouvelables représentant le double de leurs coûts réels. M. Turmes a également critiqué le traitement inéquitable réservé par le paquet aux différentes sources d'énergie, en laissant le marché prendre le relais pour les régimes de soutien aux renouvelables, mais pas pour les subventions au charbon et au nucléaire.
Pour le groupe ELDD, l'Italien Dario Tamburrano a critiqué le maintien des subventions aux combustibles fossiles, dénonçant une facture de 300 milliards d’euros par an, soit 600 euros par habitant dans l'UE, payée par les contribuables. « C'est une honte ! L’énergie fossile est sale, mortelle du point de vue de la santé et du point de vue géopolitique, c’est un suicide », s'est-il insurgé, pointant du doigt la fermeté de l'UE sur la stabilité budgétaire, mais pas pour les subventions aux énergies sales. (Emmanuel Hagry)