Dans une lettre envoyée à ses homologues du Parlement européen, lundi 12 décembre, le président du groupe PPE, Manfred Weber (allemand), appelle à soutenir un candidat du PPE au nom de l’accord traditionnel entre les deux grands groupes politiques du Parlement (celui qu’il préside et le S&D), du bon fonctionnement du processus législatif et de la lutte contre la montée du populisme. Un appel qui ne semble pas être suivi par l’actuel président du S&D et candidat au perchoir, Gianni Pittella (italien).
« En tant que groupe PPE, nous voulons opposer à la haine nationaliste l’approche commune pro-européenne » écrit ainsi le président du groupe PPE aux autres groupes politiques. Selon lui, seule une approche commune pourra faire barrage au populisme, rappelant que le PE est la seule institution stable à l’heure actuelle, face notamment à un Conseil « bloqué », analyse-t-il. Et de conclure qu’il sera toujours temps de mener la bataille politique au moment des élections européennes en 2019.
Un argumentaire que ne partage pas M. Pittella, qui l'a d’ailleurs fait clairement savoir en conférence de presse, mardi 13 décembre, en indiquant que sa candidature mettait fin à la « grande coalition ». Pour lui, il est préférable d’avoir une polarisation réelle et claire entre les deux forces politiques, entre les progressistes et les conservateurs. À ses yeux, la dialectique politique est la seule manière de « revitaliser » la vie politique parlementaire et de lutter ainsi efficacement contre les forces populistes et xénophobes. Répondant aux journalistes sur son rôle au sein du Conseil des présidents, M. Pittella a insisté sur le fait que, pour lui, il n’a jamais été question de « coalition », mais de « coopération législative » notamment avec le PPE.
Le président du S&D a en effet bien conscience que son discours de rupture avec l’accord traditionnel bipartisan sera difficilement intelligible aux oreilles de certains groupes politiques plus petits, à commencer par la GUE/NGL et les Verts. Le coprésident vert, Philippe Lamberts (belge), a ainsi confié aux journalistes que, par expérience, jamais une seule fois l’actuel président du S&D n’a remis en question la grande coalition au sein de la Conférence des présidents. « Pas même pour rajouter une modification à l’ordre du jour du PE » a-t-il ajouté. Pour lui, le candidat qui recevra le vote des Verts devra, dans la limite du possible, répondre à quatre critères : - représenter et défendre le Parlement européen face à la Commission européenne et au Conseil ; - ne pas manipuler le règlement interne au profit d’intérêts politiques ; - respecter les petits groupes politiques ; - être une femme. Autant de critères qui seraient le « négatif » du mandat de l'actuel président, Martin Schulz, confie à EUROPE M. Lamberts.
État des lieux des candidats en lice. Tous les groupes sont sur le pied de guerre dans l’attente de la décision du PPE qui élira son candidat à bulletin secret mardi 13 décembre dans la soirée. Quatre candidats sont en lice : le Français Alain Lamassoure, l'Irlandaise Mairead McGuinness, l'Italien Antonio Tajani et le Slovène Alojz Peterle. Selon une source parlementaire, l'Irlandaise Mairead McGuinness, serait la favorite. Une information démentie par d’autres sources internes, très prudentes.
De la nomination du candidat du PPE découlera la déclaration ou non de Guy Verhofstadt (belge) en tant que candidat libéral. En effet, selon une source européenne, si Mme McGuinness était désignée candidate, le député libéral se déclarerait. La députée irlandaise est en effet connue pour ses positions conservatrices, notamment sur l’avortement, nous dit-on. Sa nomination serait un véritable repoussoir pour les sociaux-démocrates, ce qui laisserait de la marge pour une candidature libérale. Pour rappel, Sylvie Goulard s’était présentée, afin de féminiser les candidatures avancées, mais, au final, a été écartée (EUROPE 11686, 11679) (EUROPE 11676).
Le groupe CRE a présenté la Belge Helga Stevens et la GUE/NGL a propulsé Eleonora Forenza, une eurodéputée italienne et féministe. Les Verts sont, pour leur part, occupés à élire leur nouveau bureau (deux coprésidents et 6 vice-présidents). Les noms des deux coprésidents sont d’ores et déjà connus, à savoir Philippe Lamberts à sa propre succession, et l’Allemande Ska Keller pour remplacer sa compatriote Rebecca Harms. Pour l’instant, le groupe n’envisage pas de présenter un candidat pour la présidence de l’institution. « On sait bien qu’on n’a aucune chance », nous a expliqué M. Lamberts. (Pascal Hansens)