Le Parlement européen a remis, mardi 13 décembre, le Prix Sakharov 2016 pour la liberté de l’esprit à Nadia Mourad Bassi Taha et Lamiya Aji Bachar, deux jeunes yézidies rescapées de l’État islamique.
Cette cérémonie a fait suite à la décision prise, jeudi 27 octobre, par le Président du Parlement européen, Martin Schulz, et les dirigeants des groupes politiques (EUROPE 11687).
« Daesh est arrivé le 3 août 2014 à Kocho, dans notre village natal en Irak. Ils y ont tué tous les hommes. Les jeunes femmes ont été enlevées, vendues et utilisées comme esclaves sexuelles. », a déclaré Nadia, qui est parvenue à s’enfuir en novembre 2014. Lamiya a, quant à elle, réussi à s’échapper en avril 2016, après avoir perdu un œil et été brûlée par une mine.
« Après l’holocauste que nous avons connu en Europe, nous nous étions jurés : ‘plus jamais!’. Lamiya et Nadia nous rappellent notre obligation. Nous ne donnons pas suffisamment de protection à ces gens, c’est insupportable, c’est une honte ! », s’est exclamé Martin Schulz. Le Président du PE sortant s’est, par ailleurs, insurgé qu’aucun criminel de ces crimes contre l’humanité n’ait encore été jugé devant la Cour pénale internationale (CPI).
Le social-démocrate allemand a également évoqué la situation du lauréat l'édition 2015 du Prix Sakharov, Raif Badawi, blogueur saoudien et défenseur des droits de l’homme qui est toujours emprisonné (EUROPE 11455). « Nous lançons un appel au Royaume d’Arabie Saoudite pour libérer cette personne immédiatement ! », a-t-il lancé.
Les deux lauréates ont affirmé partager ce prix avec « toutes les femmes, petites filles et victimes de l’État islamique et du terrorisme en général ». Elles souhaitent désormais devenir la « voix des sans voix » et demandent à l'Europe, à défaut d’une quelconque protection de la part de la communauté internationale, d’ouvrir ses portes aux Yézidis. Pour la petite histoire : le petit frère de Lamiya, emprisonné durant plus de 18 mois par Daech, a retrouvé sa sœur hier, lundi 12 décembre, et était présent auprès d’elle lors de la cérémonie.
Parmi les finalistes de l'édition 2016, le groupe PPE avait défendu la candidature du défenseur des droits de l’homme et des minorités, le Tatar Moustafa Djemilev. Ce sont finalement les deux jeunes femmes de la communauté yézidie, proposées par les groupes S&D et ADLE, qui ont remporté l’édition 2016 du Prix Sakharov. (Thomas Régnier)