Moins d’une semaine après l’annonce de la démission de Martin Schulz, l’Italien Gianni Pittella, actuel chef de file du groupe S&D au Parlement européen, a annoncé, mercredi 30 novembre, son intention de se lancer dans la course à la présidence du PE.
Le social-démocrate italien devient ainsi le 4ème candidat officiellement proclamé après les élus du groupe PPE, le Français Alain Lamassoure et l'Irlandaise Mairead McGuinness, et la Belge du groupe CRE, Helga Stevens. La candidature de la libérale française Sylvie Goulard a, elle, tourné court (EUROPE 11676).
Lors d’une conférence de presse, l’Italien, qui avait déjà annoncé son intention de se représenter à la tête du groupe S&D, a justifié sa démarche par la nécessité de faire prendre à l’Union européenne un « tournant progressiste » et de mettre au ban les politiques dépassées. Parmi ses priorités, la lutte contre l’évasion fiscale figure en bonne place, a dit M. Pittella. L’Italien va aller à la rencontre des autres groupes politiques du PE, à l’exception des groupes eurosceptiques et europhobes, et essaiera de trouver avec eux des convergences.
Pour M. Pittella, la 'Grande coalition' pilotée par les groupes PPE et S&D est un mythe et n’a « jamais existé ». L’Italien, qui a été en contact au sujet de sa candidature avec le Premier ministre italien, Matteo Renzi, le président français, François Hollande, ou encore les commissaires Frans Timmermans et Federica Mogherini, a reconnu que l’accord initial entre les groupes S&D et PPE prévoyait que la deuxième partie de la mandature devait revenir au PPE. Mais « il prévoyait aussi que la présidence du Conseil (européen) revienne au groupe S&D », a assuré Gianni Pittella.
Cette candidature de l’Italien n’est « pas forcément sérieuse et permet d’occuper le terrain » après le départ de Martin Schulz. Elle sert aux deux groupes pour tenter de se mettre d’accord sur la stratégie, a dit une source du groupe libéral. Selon elle, Guy Verhofstadt pourrait toujours décider de se lancer dans la course si aucun accord n’était trouvé. Si les deux familles « s’épuisent et ne parviennent pas à s’entendre », le libéral belge pourrait apparaître comme le candidat du compromis, a-t-elle ajouté.
Pour d’autres observateurs, Gianni Pittella est surtout tombé dans un piège « tendu par son propre groupe », a dit cette source du PE. Il y a les « élections à la présidence de son groupe la semaine prochaine. Donc, il ne pourra pas se présenter et il n’y aura pas de socialiste à la tête du PE », a poursuivi cet observateur, pour qui M. Pittella est la première victime de la « politique de la terre brûlée » menée par M. Schulz. Pour le président sortant du PE, c’était « moi ou le chaos. Maintenant, c’est le chaos », ajoute cette source.
Pour les Libéraux, le sort de la présidence du PE tient beaucoup à ce que décidera de faire l'Allemand Manfred Weber (PPE). Celui-ci serait poussé par le parti chrétien-démocrate allemand CDU, voire certains sociaux-démocrates allemands SPD, pour se présenter.
Sylvie Goulard sans soutien
Du côté des Libéraux, une première victime est à signaler. Sylvie Goulard n’a pas été soutenue dans sa démarche, mardi 29 novembre au soir, lors de la réunion du bureau du groupe ADLE.
« J'ai refusé que ma propre candidature soit soumise au vote du groupe, parce que cette procédure précipitée n'a pas permis un débat approfondi entre les différents candidats déclarés, comme plusieurs membres du bureau l'avaient expressément souhaité. Je les remercie de leur soutien et tiens à préciser, notamment à leur égard, que je prends acte de la décision du groupe mais réprouve la procédure », a-t-elle précisé dans un communiqué.
Mme Goulard s’est trouvée « totalement isolée » au sein du groupe lors d’une session destinée à sceller le sort de sa candidature. « 22 des 25 chefs de délégation ont dit que, s’il devait y avoir un candidat, ce serait Verhofstadt », a poursuivi cette source du groupe libéral qui ne comprend pas pourquoi la Française a décidé, seule, de se lancer dans cette course, alors qu’elle pouvait prétendre à la succession du Belge à la tête du groupe. « Elle a voulu tuer le père », dit cet observateur, mais elle a peut-être aussi « tout perdu ». (Solenn Paulic)