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Bulletin Quotidien Europe N° 11662
Sommaire Publication complète Par article 28 / 28
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1158

***   PASCAL DELWIT : Les gauches radicales en Europe. XIXe-XXIe siècles. Editions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 6503799 – fax : 6503794 – Courriel : editions@ulb.ac.be – Internet : http://www.editions-universite-bruxelles.be ). Collection "UBlire", n° 41. 2016, 652 p., 12 €. ISBN 978-2-8004-1601-4.

Podemos en Espagne, Die Linke, en Allemagne, Syriza en Grèce, Bloc de gauche au Portugal… : à se fier aux apparences, il semblerait presque que la montée en puissance de formations de la gauche radicale réponde, en Europe, à celle de partis de la droite extrême. A l’évidence, il y a actuellement un retour en grâce – inattendu pour « ceux qui imaginaient en avoir fini avec les idées révolutionnaires et les partis communistes » à la chute du rideau de fer… – de la gauche radicale, mais encore s’agit-il de ne pas se tromper : « la référence à la gauche radicale n’est jamais qu’une facilité de langage », avertit Pascal Delwit dès l’entame de ce livre, tant il est vrai que cette mouvance « recouvre une palette très diversifiée d’idées, de projets, de profils et d’organisations politiques », leur point commun étant de se situer à la gauche de la famille socialiste. C’est à clarifier cette donnée politique en présentant et analysant méthodiquement les mutations de la radicalité à gauche du XIXe au XXIe siècle que s’emploie dans ces pages ce professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles.

L’auteur consacre une première séquence de cette histoire tourmentée à la naissance du mouvement socialiste dans le dernier quart du XIXe siècle. Il y présente « l’enfantement des partis socialistes » en France, au Royaume-Uni, en Belgique, en Scandinavie, en Italie et en Allemagne. Avec plus ou moins de difficultés, ils s’affirment partout dans le contexte de la révolution industrielle, tout en s’inscrivant également dans une phase de démocratisation de certaines sociétés européennes. Toujours est-il qu’à l’entame du XXe siècle, la présence et l’influence électorales, politiques et sociétales de la famille socialiste sont considérables, alors que celle-ci n’existait tout simplement pas cent ans plus tôt, époque où sa parole balbutiante était au mieux portée par des mouvements caritatifs ou de réformisme social. La deuxième séquence démarre avec la scission de cette famille et la naissance du communisme ouest-européen au lendemain de la Première Guerre mondiale et de la révolution soviétique d’octobre 1917. Le Pr. Delwit passe ainsi tour à tour en revue « les cheminements tortueux de la révolution en Europe » (tentatives insurrectionnelles éphémères en Europe centrale, deux années rouges en Italie, développements du communisme allemand, dynamique du socialisme français, « la petite révolution en Europe »), puis « l’édification d’un quartier général révolutionnaire » lors du deuxième congrès de l’Internationale communiste qui voit aussi Lénine combattre « les tendances d’ultra-gauche très présentes dans les jeunes partis communistes », bientôt suivi par le divorce consommé entre socialistes et communistes lors du congrès de Tours en France. Les autres étapes qui conduiront finalement à la disparition de l’Union soviétique après celle du mur de Berlin sont, entre autres, la « Bolchévisation » et la formation des trotskismes, l’avènement puis l’agonie des fronts populaires dirigés contre le fascisme, la Seconde Guerre mondiale qui va du pacte germano-soviétique à la guerre pour « sauver la patrie du socialisme », la « brève heure de gloire » du communisme ouest-européen au sortir du conflit avant que les partis communistes ne soient entrainés dans la « tourmente de la guerre froide ». La suite est davantage connue, allant des différentes étapes de la « détente » au chant du cygne définitif de « l’empire » soviétique.

La dernière séquence est consacrée au nouveau paysage européen des gauches radicales européennes, l’auteur y avançant une typologie avant d’analyser les éléments de contexte « particulièrement défavorables au déploiement et à l’action des formations et des organisations qui s’en réclament ». Il y consacre notamment un chapitre à « la Maison commune » qu’est, au Parlement européen, le Groupe confédéral de la gauche unitaire européenne – Gauche verte nordique » avant de se demander si, pour les formations de cette mouvance, l’Union européenne ne se présente pas avant tout comme « un nouveau corset ». Elle constitue à l’évidence un « levier fondamental » pour que la gauche de la gauche puisse se donner une nouvelle visibilité et un nouvel axe d’action, mais elle « lui pose en même temps un dilemme crucial » en ce qu’elle imposerait d’unifier les stratégies. Il en résulte que la construction européenne alimente « des points de vue très dissemblables dans le spectre à la gauche de la social-démocratie, en particulier sur la possibilité ou non d’agir au sein de l’Union européenne ». L’échec subi par Syriza lors de sa tentative de « mener une politique alternative dans la zone euro » n’a, bien entendu, fait que renforcer le « rapport complexe et tendanciellement plus hostile à l’Union » qui est perceptible dans beaucoup de franges de la gauche radicale.  Michel Theys

 

***   ERIC VAN DEN ABEELE : Les combats socialistes dans l’imagerie populaire {1885-1940}. Luc Pire éditions (1 av. du Château Jaco, B-1410 Waterloo. Tél. : (32-2) 2108914 – fax : 2163598 – Courriel : editions@lucpire.eu – Internet : http://www.etui.org ). 2016, 160 p., 29 €. ISBN 978-2-50705-423-6.

Maître de conférences à l’Université de Mons-Hainaut ainsi que chercheur invité à l’Institut syndical européen, Eric Van den Abeele est un homme aux talents, compétences et intérêts multiples. Dans cet ouvrage grand format qui est, à sa manière, un livre d’art, il raconte l’avènement du socialisme en Belgique par le biais d’affiches politiques illustrées. Dans sa préface, le Pr. Delwit rappelle que son apparition n’avait nullement cause gagnée dans ce pays, qualifié par Karl Marx dans Le Capital de « paradis du libéralisme continental ». L’auteur explique n’avoir eu d’autre intention que de présenter le monde tel que le Parti ouvrier belge – nom initial du Parti socialiste –, mais aussi ses adversaires se le représentaient jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. Son approche est thématique, les superbes affiches retenues parlant de combats d’hier qui avaient pour causes la démocratie, la liberté, de meilleures conditions sociales et le respect de droits fondamentaux. Soit des combats qui, pour l’essentiel, restent d’actualité, même s’il n’y a plus d’affiches pour les dire…  (MT)

 

***   KOSTAS KOUTSOMITIS, EVANGELOS MAVROUDIS : Le tango rouge. Nikos Zachariadis ou l'ascension et la chute d'un leader. Editions Kedros (3 G. Gennadiou, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3809712 – fax : 3302655 – Courriel : books@kedros.gr – Internet : http://www.kedros.gr ). 2016, 576 p., 17,50 €. ISBN 978-960-04-4707-1.

Le 29 mai 1945, un Dakota britannique amène à Athènes Nikos Zachariadis, chef du Parti communiste grec, Ce personnage emblématique, ami personnel de Staline, vient de sortir de Dachau. Les fans de la gauche l’accueillent comme un messie. En cette période de grands troubles, alors que la terreur blanche règne, il promet la réconciliation. Toutefois, ses choix vont au contraire intensifier le conflit et mener le pays à la guerre civile, avec les conséquences dévastatrices qui en résulteront pour le pays. Pour lui et ses compagnons, la peine prend la forme de l’exil. En Union soviétique où de nouveaux conflits vont provoquer sa chute, puis sa déportation en Sibérie par le régime dont il n’avait cessé d’être un militant inlassable Sous surveillance constante de la police et en régime d’isolement strict, il finira par mettre fin à sa vie en transformant en gibet improvisé un tuyau de radiateur… Kostas Koutsomitis, cinéaste renommé, et le médecin Evangelos Mavroudis ont passé plus de vingt années à chercher dans les archives des partis communistes grec et soviétique, à discuter avec des personnages-clés, à visiter plusieurs fois les lieux des divers événements vécus par Zachariadis. Cet ouvrage est une psychographie fictive de l'homme qui était considéré, en Grèce, comme le « dieu » de la gauche. Dans ces pages, les personnages fictifs coexistent avec des personnages historiques, tels que Nikos Belogiannis, homme de gauche condamné à mort et exécuté), et le commandant de l’Armée démocratique Markos Vafiadis, ainsi que les femmes qui sont tombées amoureuses de Nikos Zachariades, comme Mania Novikova et Roula Koukoulou. Cette époque qui a marqué l’histoire de la Grèce moderne est narrée de façon cinématographique, ce roman historique faisant brillamment revivre le parcours épique d’un homme identifié par certains Grecs comme incarnant la plus grande tragédie du pays. (AKa)

 

***    CHRISTOS CHOMENIDIS : Niki. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél. : (30-210) 3650000 – fax : 3811940 – Courriel : bookstore@patakis.gr – Internet : http://www.patakis.gr ). 2015, 494 p., 19,70 €. ISBN 978-960-16-5248-1.

Victoire de dit, en grec, « niki ». C’est le titre de ce roman historique, par deux fois primé. Le père du narrateur, Antonis Armaos, était une personne réelle, Basil Nefeloudis, membre historique du Parti communiste qui a connu persécution et emprisonnement avant d’être finalement supprimé par le chef du parti communiste grec de l’époque, Nikos Zachariadis, personnage emblématique mais ambigu. Et sur la vie d’Armaos, l'auteur articule l'histoire de la Grèce, de la période allant de la catastrophe d'Asie Mineure en 1922 à la dictature de Metaxás en 1936, puis aux années qui virent le parti communiste se développer dans les territoires grecs jusqu’à l'occupation (1940-1944) et la guerre civile (1946-1949). La figure ainsi dessinée est celle du Grec qui se bat et survit par tous les moyens, qui ne se laisse pas intimider ni abattre par la guerre, l'exil, la persécution. Surtout, l'idéologue communiste ainsi dépeint se libère de sa vie et de liens familiaux pour se consacrer tout entier aux sacrifices auxquels le vouent la lutte socialiste commune. Le livre donne aussi à voir la guerre civile sous l’angle des familles déchirées, les uns, communistes, participant à résistance tandis que les autres coopèrent avec les Allemands. Des familles comme autres, seulement déchirées entre idéalistes ou opportunistes naïfs. A sa manière, Christos Chomenidis, auteur très reconnu en Grèce et même au-delà, pose dans ce livre une question fondamentale : en fin de compte, où en est la Grèce et qui sont ses habitants ? Il y apporte des réponses à la lumière de ce qu’a été le Parti communiste grec, en fonction de la malléabilité des individus et, enfin, des rapports familiaux. Quand, hier comme aujourd’hui, des enfants viennent au monde avec une lourde charge sur les épaules mais ne renoncent pas, refusent de plier. Les hommes de « Niki », c’est l’histoire de la Grèce du vingtième siècle, et peut-être un peu celle de ce début de millénaire… (AKa)

 

*** ANASTASIOS-IOANNIS METAXAS (sous la dir. de) : La science politique, enquête interdisciplinaire et transversale sur le fonctionnement de la politique. Sociologie politique, la représentation sociale et la participation politique (Vol. 4).  Editions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2016, 604 p., 25 €. ISBN 978-960-08-0716-5.

Ce quatrième tome d’une étude qui en compte dix, tous coordonnés par Anastasios Metaxas, professeur émérite des Universités d’Athènes et du Péloponnèse, voit vingt-sept spécialistes du monde académique « s’attaquer » à la sociologie politique. Cette discipline vise à « expliquer » ou « comprendre » comment les diverses revendications, qu’elles soient individuelles ou collectives, trouvent leur origine dans une culture sociale et un contexte politique particulier, spécifique, en évolution constante sous l’action de centres de décision. Elles s’expriment par des formes et processus d'influence, lesquels sont la trame des actes sociaux, que ceux-ci soient posés par le biais de la représentation ou dans des démarches de participation politique. (AKa)

 

***   Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet : http://www.pressefederaliste.eu ). Septembre 2016, n° 173, 40 p., 8 €. Abonnement annuel : 30 €.

Dans ce numéro d’une revue fédéraliste française toujours très combattive, le traditionnel éditorial est remplacé par un Appel lancé par le Movimento Federalista Europeo, section italienne de l’UEF, afin que les citoyens se mobilisent en vue d’une manifestation qui sera organisée à Rome à l’occasion du 60ème anniversaire des Traités de Rome, en mars prochain. Ses signataires invitent à construire un « noyau fédéral » irréversible « autour de l’union politique des pays qui partagent l’euro », la Commission devant devenir « un véritable gouvernement européen, responsable devant le Parlement européen représentant les citoyens et le Conseil transformé en une sorte de Sénat des Etats membres ». Appelant également de leurs vœux la mise en œuvre de politiques conçues pour restaurer la confiance des citoyens et damer ainsi le pion aux forces populistes et nationalistes, ils concluent par cette formule : « Faisons du 60e anniversaire du Traité de Rome un tournant dans l’histoire européenne pour aller au-delà des traités existants, sur le modèle du projet d’union de l’Europe conçu à Ventotene durant la seconde guerre mondiale, vers une union par le peuple européen, pour le peuple européen ». Le traditionnel Billet de Jean-Pierre Gouzy est quant à lui consacré à « l’affaire Barroso », le grognard du fédéralisme et du journalisme soulignant que l’homme de Goldman Sachs a aussi permis, pendant sa présidence de la Commission, « une technocratisation accélérée de l’exécutif européen, conformément aux vœux britanniques ». De ceux-ci, il est beaucoup question puisque ce numéro est également truffé de papiers consacrés au Brexit, d’autres contributeurs portant des regards assassins sur le Conseil européen de Bratislava qui, au lieu d’être « le sommet de la relance » a été celui de « l’incompétence », Alain Réguillon se demandant à quoi sert le Conseil européen, « assemblée de bavards incapables de considérer l’intérêt général de l’Union européenne ». (MT)

 

***   Regions & Cities of Europe. News from the UE’s assembly of regional and local representatives. Comité des régions (99-101 rue Belliard, B-1040 Bruxelles. Tél. : (32-2) 2822211 – fax : 2822085 – Courriel : regionsandcities@cor.europa.eu – Internet : http://www.or.europa.eu ). Juillet/août 2016, n° 96, 30 p..

Ce numéro de la lettre d’information du Comité des régions accorde une attention toute particulière à « l’autre » sommet de Bratislava, celui qui, sous le titre « Investir et connecter », a envisagé des réponses pouvant être apportées aux défis multiples qui sont à relever par les villes, les régions, les Etats et l’Union. Il contient notamment des entretiens avec l’économiste Jeremy Rifkin, le vice-président de la Commission Maros Sefcovic et Peter Pelegrini, vice-Premier ministre slovaque. (MT)

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