Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a annoncé, jeudi 27 octobre en session plénière, que la conférence des présidents des groupes politiques avait décerné le Prix Sakharov pour la liberté de l'esprit à Nadia Mourad Bassi Taha et Lamiya Aji Bacharaux, deux jeunes Yézidies rescapées de l’organisation État islamique (Daech-EI).
Leur prix leur sera officiellement remis le 14 décembre, à Strasbourg. Elles étaient en concurrence avec le journaliste turc Can Dündar et le militant pour les droits des Tatars de Crimée, Moustafa Djemilev (EUROPE 11643).
Les deux femmes, désormais réfugiées en Europe, témoignent des atrocités qu’elles ont vécues et « défendent les femmes humiliées, transformées en esclaves et en esclaves sexuelles » par Daech, a rappelé M. Schulz. Saluant leur courage, il a estimé qu’en leur décernant ce prix, le Parlement prouvait « que leur combat n’a pas été vain et que nous sommes prêts, nous aussi, à nous engager pour les aider à lutter contre la terreur et la brutalité que répand encore beaucoup trop l’EI ». Il a d’ailleurs appelé les institutions européennes à mobiliser tous les moyens disponibles pour lutter contre Daech.
Plusieurs groupes du Parlement européen ont aussi réagi par communiqués à cette annonce. Le président du groupe ADLE, qui avait nominé les deux Yézidies pour le prix, le Belge Guy Verhofstadt s’est dit « fier » que le prix leur soit attribué. « Nadia et Lamiya sont des figures féminines inspiratrices, qui ont fait preuve de bravoure et d’une incroyable humanité face à une brutalité ignoble », a-t-il expliqué. La présidente de la sous-commission des droits de l’homme au PE, Elena Valenciano (S&D, espagnole) a souligné que le prix était décerné « aux plus vulnérables, persécutées et abandonnées : aux milliers de femmes yézidies qui ont souffert et continuent de souffrir de la terreur, de l’extrême cruauté et de la barbarie de Daech ». Avec ce prix, « le Parlement européen donne une voix à toutes les femmes et filles qui sont les premières victimes en cas de conflit et à toutes les minorités religieuses et ethniques qui sont victimes de génocide », a-t-elle ajouté. Ces femmes « montrent une résilience et un courage formidable en agissant comme porte-parole pour les victimes d'esclavage et de traite des personnes », a souligné Mark Demesmaeker (CRE, belge). Du côté du groupe Verts/ALE, la co-présidente, l'Allemande Rebecca Harms, a estimé que Nadia Bassee et Lamiya Aji Bachar « donnaient une voix à toutes les femmes victimes de violence sexuelle».
Le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, a aussi, au nom du président de l’institution et du Collège des commissaires européens, félicité les deux jeunes femmes.
Dans un communiqué, Nadia Murad Basee a jugé que ce prix constituait une « reconnaissance de la souffrance des femmes yézidies et du peuple yézidi, était un profond message au groupe terroriste EI, par lequel le monde libre condamne son inhumanité criminelle et honore ses victimes ».
Mmes Nadia Murad Basee et Lamiya Aji Bashar succèdent au blogueur saoudien Raif Badawi (EUROPE 11421). (Camille-Cerise Gessant)