Bruxelles, 22/04/2016 (Agence Europe) - À la veille du 3ème anniversaire de l'effondrement de l'usine textile du Rana Plaza, le 24 avril 2013 à Dacca, qui avait fait plus de 1 100 victimes, la Commission européenne a rappelé, vendredi 22 avril, son engagement « sur le long terme » en faveur de l'initiative multipartite menée depuis l'été 2013 par l'UE, le Canada, les États-Unis et l'Organisation internationale du travail (OIT), en collaboration avec le Bangladesh, appelé 'pacte de durabilité', pour améliorer les normes et conditions de travail et la sécurité des lieux de travail de l'industrie textile dans le pays.
Des « progrès tangibles » ont été accomplis sur le terrain, où un « certain nombre » de droits des travailleurs sont mieux protégés qu'il y a deux ans, où la sécurité des bâtiments et des conditions de travail s'est améliorée et où un dialogue est installé avec les parties prenantes - syndicats, employeurs, acheteurs et ONG dans l'UE et au Bangladesh - soulignent les commissaires Cecilia Malmström (Commerce), Marianne Thyssen (Affaires sociales) et Neven Mimica (Développement), dans une déclaration.
Toutefois, des « réformes essentielles » sont « encore nécessaires » pour garantir un meilleur avenir aux travailleurs de l'industrie du vêtement du Bangladesh, notamment en ce qui concerne le respect effectif des droits syndicaux et la promotion d'un véritable dialogue social, soulignent-ils.
Leur déclaration rappelle les priorités définies dans les conclusions de la réunion de suivi du 'pacte de durabilité' du 28 janvier (EUROPE 11480), incluant: l'enregistrement des syndicats ; les enquêtes et les poursuites contre les pratiques déloyales en matière de droit du travail ; la possibilité pour les travailleurs d'élire librement leurs représentants au niveau de l'usine, en conformité avec les conventions de l'OIT ; l'octroi aux travailleurs des zones franches d'exportation de droits comparables à ceux des travailleurs en dehors de ces zones. « Le gouvernement bangladais a montré un engagement clair, mais beaucoup reste à faire en ce qui concerne les inspections du travail », souligne-t-elle.
Au plan de la sécurité, la Commission rappelle la nécessité de mettre en oeuvre des mesures pratiques et de réparations dans les usines. À cet égard, l'UE et d'autres donateurs ont mobilisé des fonds pour les entreprises confrontées à des difficultés de financement, en particulier aux PME, précise-t-elle.
« La coopération étroite entre tous les acteurs est le moyen le plus efficace pour stimuler le progrès. Tous doivent rester mobilisés afin de promouvoir des conditions de travail décentes pour les travailleurs du vêtement du Bangladesh. Notre travail commun doit se poursuivre sur le long terme », conclut la déclaration de la Commission, qui publiera un troisième rapport sur la mise en oeuvre du 'pacte' prochainement.
La gestion responsable de la chaîne d'approvisionnement dans le secteur textile au Bangladesh et ailleurs sera au centre d'une conférence de haut niveau organisée par la Commission le 25 avril à Bruxelles, à laquelle participeront les commissaires Mimica et Thyssen, ainsi que la ministre néerlandaise du Commerce et du Développement, Lilianne Ploumen, et le ministre bangladais du travail, Mujibul Haque Chunnu.
Les Verts pour le devoir de diligence. L'eurodéputée britannique Jean Lambert (Verts/ALE) a adressé de vives critiques à l'UE, jeudi 21 avril, jugeant « scandaleux » que la Commission n'ait pas réussi à introduire des « normes contraignantes spécifiques » pour le secteur textile pour prévenir une autre tragédie comme le Rana Plaza. « Nous n'avons entendu que des promesses de mesures jusqu'ici et l'organisation d'une conférence pour marquer la tragédie ne se substituera en aucune façon à l'introduction d'un devoir de diligence dans l'industrie du textile et de l'habillement », a estimé M. Lambert. « Malgré des améliorations dans certains pays ces trois dernières années, de nombreux travailleurs sont encore exploités, exposés à des produits toxiques, n'obtiennent pas un salaire de subsistance. Le groupe Verts/ALE demande une plus grande transparence et responsabilité du secteur européen de l'habillement. L'UE doit adopter une loi, incluant une déclaration obligatoire pour les entreprises de l'UE, pour rendre la chaîne d'approvisionnement équitable pour les travailleurs » et éviter un nouveau Rana Plaza, a-t-elle conclu. (Emmanuel Hagry)