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Bulletin Quotidien Europe N° 11538
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) grÈce

Un accord entre Athènes et ses créanciers, incluant un allègement de la dette, se profile

Amsterdam, 22/04/2016 (Agence Europe) - La Grèce et ses créanciers institutionnels ont effectué des progrès suffisamment importants pour qu'ils envisagent un accord politique, peut-être jeudi prochain, sur les mesures budgétaires et les réformes structurelles qu'Athènes devra appliquer et prévoir en cas de coup dur et sur un reprofilage de la dette grecque.

« Nous sommes très proches » d'un accord dans le cadre de la 1ère mission de suivi du 3ème plan d'aide grec, a déclaré le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, à l'issue de la réunion des ministres à Amsterdam. Il a évoqué un quasi-accord sur un paquet de mesures budgétaires (ex: réforme de l'impôt sur le revenu) équivalant à 3% du PIB grec et de réformes structurelles (ex: retraites, traitement des créances bancaires douteuses, fonds de privatisation). En outre, un paquet de mesures budgétaires contingentes ('contingency measures') à hauteur de « 2% du PIB » est également en cours d'élaboration et serait applicable « uniquement si nécessaire », c'est-à-dire si l'objectif d'un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de 3,5% du PIB n'était pas atteint en 2018. Si nous disposons de mesures contingentes « crédibles », votées à l'avance et quasi automatiques, « nous pourrons tenir une nouvelle réunion de l'Eurogroupe jeudi prochain, mais ce n'est pas sûr », a annoncé M. Dijsselbloem. D'ici là, les travaux reprendront au niveau technique à Athènes.

L'élaboration d'un paquet de mesures contingentes est réclamée par le FMI, pour qui le premier paquet de réformes budgétaires et structurelles permettra à Athènes d'atteindre en 2018 un excédent budgétaire primaire moindre, de l'ordre d'1,5% du PIB.

Cette condition à la conclusion de la première mission de suivi du plan d'aide est acceptée par les 'institutions' (Commission européenne, BCE, FMI, MES). Ces mesures aideront à « rassurer les créanciers et les investisseurs pour les années à venir », a estimé le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici. Le directeur exécutif du Mécanisme européen de stabilité (MES), Klaus Regling, en a fait « une pré-condition » aux discussions sur la dette grecque. D'après M. Dijsselbloem, les performances budgétaires grecques meilleures que prévu réduisent la probabilité d'appliquer les mesures contingentes.

Jeudi, l'Office des statistiques de l'UE (Eurostat) a fait état d'un excédent budgétaire primaire grec de 0,7% du PIB en 2015 par rapport à l'objectif d'0,25% fixé. Des données qui contredisent la position du FMI qui s'est dit prêt à revoir son scénario après examen et si ces données ne sont pas révisées.

Le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos, a mis en garde contre tout excès d'optimisme. « Dans le droit grec, vous ne pouvez pas légiférer de manière contingente. Même chose dans le droit français », a-t-il déclaré, évoquant une discussion sur la question avec le ministre français, Michel Sapin. Il a toutefois indiqué que de « nombreuses idées » étaient sur la table pour répondre aux attentes des créanciers.

L'allègement de la dette grecque fait partie des discussions

Juridiquement, le feu vert à tout nouveau versement d'aide dépend d'un accord sur les deux paquets de mesures budgétaires. Mais politiquement, la 1ère mission de suivi arrivera à son terme uniquement si un accord est trouvé sur un reprofilage de la dette grecque, qui exclura toute décote sur la valeur faciale des titres souverains. Les 'institutions' ont donc reçu pour mandat de procéder à une nouvelle analyse de la viabilité de la dette grecque, désormais détenue surtout par le MES.

« Pour la cohérence de l'ensemble et avoir tout le monde à bord », une discussion sur la dette grecque est nécessaire, a indiqué M. Moscovici. « Pour avoir un accord sur les mesures contingentes, un accord sur la dette est nécessaire. Vous connaissez la position du FMI », a considéré M. Dijsselbloem.

Le FMI fixe en effet un allègement de la dette grecque comme condition à sa participation au 3ème plan d'aide grec. « La discussion est lancée. Nous avons besoin, dans les prochains jours ou semaines, que les éléments et les conditions liés à la question de la dette soient arrêtés », a souligné la patronne du FMI, Christine Lagarde. Selon elle, des engagements menant à un allègement de la dette grecque (à travers un allongement du moratoire sur le remboursement et/ou une extension des maturités) peuvent être pris, soumis à un mécanisme conditionnel de rééchelonnement et appliqué lorsque cela sera vraiment nécessaire.

Lors de ces discussions qui auront lieu en parallèle, nous verrons si la pression qu'exerce le FMI à la fois sur la Grèce pour qu'elle prenne des mesures contingentes et sur les créanciers pour qu'ils soient plus généreux est « vraiment symétrique », a noté M. Tsakalotos.

Pour un diplomate européen, ce revirement politique vis-à-vis de la dette grecque est lié aux efforts remarqués qu'a réalisés dernièrement le gouvernement grec et la reconnaissance que le pays fait face à une situation difficile avec les nombreuses arrivées de migrants. « Personne ne veut jouer le jeu d'une difficulté supplémentaire pour les Grecs » dans ces circonstances, a-t-il estimé.

« Politiquement, c'est ce qu'il faut retenir, on a débloqué la question de la dette. Personne ne s'y est opposé, même s'il y a eu des réticences », a déclaré le ministre français, Michel Sapin. (Mathieu Bion)

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