Bruxelles, 30/03/2016 (Agence Europe) - Le partenariat entre l'UE et les pays ACP (Afrique/Caraïbes/Pacifique) a un avenir après 2020, mais il conviendra d'adapter ses modalités pour en accroître l'efficacité, inégale selon les divers volets qu'il recouvre, ont estimé les participants à la consultation publique lancée en octobre 2015 par la Commission européenne et le Service européen pour l'action extérieure (EUROPE 11465, 11463).
Les résultats de cette consultation, actuellement en cours d'évaluation, ont été publiés par la Commission le 21 mars. Ils sont riches d'enseignements sur les atouts et les faiblesses estimés de l'Accord de Cotonou, cet accord de partenariat pour le développement conclu dans la capitale béninoise en 2000 pour vingt ans, et sur les contours d'un nouveau partenariat ACP-UE après 2020.
De l'avis des 103 participants de l'UE et des ACP - des autorités publiques, principalement, mais aussi des organisations de la société civile, des associations, des think tanks et une poignée seulement de représentants du secteur privé - son utilité ne fait pas de doute. Mais les réponses ne permettent pas d'identifier si les progrès ou l'absence de progrès notés peuvent être attribués à l'Accord de Cotonou spécifiquement ou à la politique de l'UE dans son ensemble, précise la Commission européenne. Les participants estiment en général que le partenariat a contribué au développement humain et social et à la réduction de la pauvreté, mais ils sont divisés quant à sa contribution au développement durable.
La contribution à la paix et la sécurité est généralement soulignée, mais les participants doutent que l'Accord de Cotonou soit efficace pour stimuler le secteur privé et l'investissement direct étranger, avoir un impact positif sur les migrations, sur la gouvernance démocratique et pour générer des alliances entre l'UE et les ACP en vue de s'attaquer aux défis mondiaux. Si, sur ce dernier point, l'Accord de Cotonou a été en deçà des attentes, comme l'estime la majorité des participants, c'est, selon eux, pour deux raisons: d'une part, le partenariat ACP/UE n'a pas été conçu à cette fin et, d'autre part, les pays ACP ont fait le choix, à un moment donné, de coopérer aussi avec d'autres groupes de pays que la seule UE, comme le G77, dont ils peuvent estimer qu'ils formulent mieux les intérêts ACP.
Paix et sécurité: les répondants souhaitent en majorité que le successeur de l'Accord de Cotonou prévoie davantage d'actions communes pour la prévention des conflits, la construction de la paix, la lutte contre le terrorisme et le crime organisé en intégrant davantage les approches nationales, régionales ou continentales, tandis que certains estiment que le partenariat futur ne devrait pas traiter de ces questions.
Développement durable: certains considèrent que l'Accord de Cotonou a contribué sensiblement à la réduction de la pauvreté et à la croissance économique, tandis que d'autres, beaucoup plus critiques, estiment que l'UE a poursuivi un modèle de développement économique fondé sur le commerce multilatéral et les industries minières dont les gains ont échappé à de larges pans de la population. Les participants sont unanimes à considérer que le futur partenariat ACP/UE devra s'adapter aux objectifs universels de développement durable adoptés à New York en août dernier.
Accords de partenariat économique (APE): certains estiment que les APE ont accru la confiance des investisseurs dans les économies ACP, mais certains continuent de penser que la politique de l'UE à l'OMC a sérieusement endommagé la production agricole et la sécurité alimentaire des pays ACP.
Dialogue politique: reconnu comme l'un des éléments essentiels de l'Accord de Cotonou, ce dialogue est perçu comme utile pour permettre un échange régulier entre l'UE et les ACP sur des sujets d'intérêt commun, mais son efficacité ne fait pas consensus. De nombreux répondants estiment que cet outil n'est pas suffisamment utilisé, qu'il est trop rigide et formel, qu'il ne fait pas assez de place à la société civile, que les États membres de l'UE ne s'y impliquent pas assez (excepté ceux qui ont une relation privilégiée avec certains pays ACP) et que cet outil devrait, à l'avenir, être davantage utilisé pour forger des positions communes ACP/UE sur la scène internationale, comme ce fut le cas lors de la COP 21 sur le climat.
Migrations: les répondants estiment que les intérêts de l'UE et des pays ACP divergent et que l'article 13 de l'Accord de Cotonou dédié à ce sujet est trop limité pour permettre une réconciliation de ces intérêts, l'UE étant surtout intéressée par les retours, les mesures de contrôle et la sécurité, quand les pays ACP insistent sur la dimension 'développement' des migrations (revenus des migrants, fuite des cerveaux). La majorité des répondants souhaite que le partenariat futur se concentre sur le respect des droits de l'homme, la promotion d'une migration sûre et responsable, la lutte contre le trafic d'êtres humains, les abus et la discrimination et la lutte contre les causes profondes des migrations et les migrations forcées.
Couverture géographique: certains répondants soulignent que les valeurs et principes clés du partenariat ACP-UE devraient être au coeur de l'accord post-Cotonou. La plupart des répondants estiment que le partenariat futur devrait s'aligner sur l'approche sous-régionale adoptée par l'UE en matière de politique étrangère, de sécurité , de commerce et de développement dans les différentes régions du groupe ACP. Certains sont en faveur d'un accord post-2020 avec tous les pays ACP. L'avenir des relations ACP/UE sera abordé lors du prochain Conseil des ministres conjoint ACP-UE qui se tiendra à Dakar du 25 au 27 avril (Aminata Niang)