Bruxelles, 18/02/2016 (Agence Europe) - Les États membres de l'UE doivent impérativement relever le défi d'intégrer dans leur marché du travail les migrants et réfugiés, qui ne cessent d'arriver sur le continent européen, en les accompagnant immédiatement dans l'apprentissage de la langue du pays d'accueil et l'acquisition de compétences.
Tel est en substance le message qu'ont adressé aux députés les intervenants dans le débat organisé par la commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen, jeudi 18 février. Ce défi est majeur, mais pas insurmontable, même si près de 80% des migrants ne disposent pratiquement d'aucune qualification, comme c'est le cas pour ceux qui sont arrivés en Allemagne en 2015.
La voix de Dirk Buchwald a été peut-être la plus attendue, et la plus écoutée. Et pour cause: M. Buchwald est un expert du département en charge des réfugiés et de la migration de l'Agence fédérale de l'emploi en Allemagne. De par sa fonction, il est ainsi en première position pour mettre en place une réponse à moyen et à long terme à ce défi que constitue la crise migratoire. C'est d'autant plus le cas que cette intégration passera surtout par le travail.
Quelle est l'ampleur du défi ? L'Allemagne étant en première ligne de cette crise, sa situation peut être un indicateur relativement fiable des enjeux existants pour l'ensemble de l'Union. Ainsi, sur le million de migrants qui y sont arrivés en 2015, la moitié peut prétendre à la protection internationale. Sur cette moitié, 70%, soit 350 000 personnes, sont en mesure de travailler. Toutefois, seulement 20% disposent d'une qualification professionnelle ou d'une formation universitaire.
M. Buchwald s'est surtout voulu rassurant. L'intégration de ces personnes peut être une réussite au regard de nos capacités et de la situation sur notre marché du travail, a-t-il souligné. Cette réussite ne sera toutefois pas totale et ne se fera pas sans heurts. Il a en effet estimé que, sur cinq ans, le taux d'intégration des réfugiés dans le marché du travail devrait se situer à 50% et que les réfugiés non qualifiés seront, dans tous les cas, en compétition avec les Allemands les moins qualifiés. Il faudra surtout s'assurer que les réfugiés ne deviendront pas des chômeurs de longue durée, a-t-il dit, alors que cette catégorie de la population est déjà un défi en soi pour l'UE depuis plusieurs années.
Les clés du succès sont connues et la plupart des intervenants ont cité les mêmes. Pour M. Buchwald, il faut des actions rapides envers ces migrants qui ont le plus de chances d'obtenir l'asile en leur assurant l'apprentissage de l'allemand et des formations. Les outils pour faire cela doivent être adaptés, mais pas nécessairement réinventés, en ciblant, par exemple, les jeunes réfugiés et les femmes, a-t-il conclu.
Même son de cloche chez Leen Verraest, directeur général de l'Agence flamande pour l'intégration en Belgique. Mme Verraest a d'emblée souligné que l'emploi est un instrument idéal d'intégration et qu'il faut des actions immédiates qui soient ajustées en fonction de l'origine des réfugiés, un apprentissage rapide de la langue et des formations, notamment dans les entreprises.
Le rôle des institutions européennes est fort limité pour répondre à ce défi d'intégration. Tout au plus, la Commission européenne peut expliquer aux autorités nationales comment recourir aux fonds européens, comme elle l'a d'ailleurs déjà fait récemment (EUROPE 11396). La réponse à ce défi prendra donc nécessairement 28 visages, soit autant qu'il y de systèmes socio-économiques dans l'UE, comme l'a souligné Aboubakar Soumahoro, du syndicat italien Unione Sindacale di Base. L'objectif doit toutefois être nécessairement le même pour tous: éviter que les réfugiés ne deviennent les « esclaves du nouveau millénaire », selon l'expression de M. Soumahoro. (Jan Kordys)