Bruxelles, 18/02/2016 (Agence Europe) - Après plus de six heures de discussions tendues, les chefs d'État ou de gouvernement de l'Union européenne, réunis à Bruxelles, ont décidé, tard dans la soirée du jeudi 18 février, de convoquer pour le début du mois de mars un sommet extraordinaire avec la Turquie pour faire le point sur le plan d'action conjoint concernant la lutte contre l'immigration illégale.
L'objectif de ce sommet sera de réaffirmer que ce plan d'action constitue le pilier de la stratégie de l'UE pour faire face à la crise migratoire, notamment avec les programmes de réinstallation, a annoncé le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l'issue de la première journée de travail. Le format de ce sommet reste à définir, mais il devrait s'agir d'une réunion avec l'ensemble des dirigeants européens.
Aujourd'hui, les Vingt-huit ont longuement parlé de la façon dont ils gèrent la crise migratoire et, comme l'a souligné M. Tusk, des mesures unilatérales qui parasitent la mise en oeuvre d'une solution commune. Dans le viseur du président du Conseil européen se trouvait en particulier l'Autriche, qui a décidé à la veille du Conseil européen de fixer un seuil quotidien de demandes d'asile à 80, ainsi qu'une limite de 3200 personnes pouvant entrer et transiter par son territoire. Des mesures qui ont « plu à certains », comme l'a relaté le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, ou suscité la colère d'autres dirigeants, voire de la Commission européenne qui a écrit à Vienne pour lui dire que ce seuil de demandeurs d'asile était illégal.
Pour Donald Tusk, il est temps d'« éviter les plans A, B ou C, (car) cela ne fait aucun sens et ça crée des divisions », a-t-il affirmé. Il a ainsi estimé qu'à l'heure actuelle il n'existait « aucune autre bonne alternative à une approche globale » pour gérer cette crise migratoire.
Il a également insisté, une nouvelle fois, sur le fait que les États membres devaient coordonner leurs décisions et qu'il fallait « respecter les décisions que nous avons prises tous ensemble et revenir à une situation où tous les États membres appliquent les règles de Schengen ». Il faisait ainsi allusion aux décisions de relocalisation des réfugiés et aux contrôles aux frontières intérieures établis par certains pays.
Pour Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, cette discussion a permis de « confirmer qu'il n'y (avait) pas d'alternative » à la coopération avec la Turquie. Il a souligné que « ceux qui doutaient qu'il faut adopter une approche européenne ont dit à l'unanimité ce soir que la démarche doit être européenne et que les 'solos' nationaux ne sont pas recommandables ». Il a observé également que certains États membres, qui auparavant prenaient des distances avec le dispositif, ont dit qu'ils auraient « recours au mécanisme de relocalisation des réfugiés ».
La chancelière allemande, Angela Merkel, s'est dite « satisfaite de la discussion de ce soir, car elle a montré (qu'il y avait) un dénominateur commun. Nous avons dit qu'il faut prendre les décisions à Vingt-huit, mieux protéger les frontières, réduire le nombre de réfugiés et la migration illégale », a-t-elle commenté lors d'une conférence de presse à l'issue de la première journée du Conseil. « Nous avons souligné la nécessité du plan d'action UE-Turquie. Ce plan sera suivi avec beaucoup d'attention. Nous souhaitons le mettre en oeuvre rapidement », a-t-elle déclaré. Et d'ajouter: « Sur la surveillance des frontières, tout le monde a soutenu l'action de l'OTAN. Cet engagement débutera au plus tard le 24 février ».
En ce qui concerne les mesures autrichiennes, « il y aura une évaluation en mars. C'est une bonne chose qu'on se revoie dans 15 jours pour parler avec la Turquie et évaluer notre action », a dit Mme Merkel. Selon une source diplomatique française, le défi dans les jours qui viennent se trouve dans le fait de s'assurer que « la coopération avec la Turquie permette des résultats suffisants pour éviter un plan B, avec le rétablissement des frontières intérieures ».
Dans ses conclusions, le Conseil européen a reconnu les efforts de la Grèce quant à la mise en oeuvre des 'hotspots' et leur amélioration graduelle, notant des progrès en matière d'enregistrement des migrants et de contrôles de sécurité. Mais il reste beaucoup à faire, a souligné le Conseil, pour rendre notamment pleinement opérationnels ces 'hotspots', afin de pouvoir mettre en oeuvre pleinement les décisions de relocalisation. Les conclusions stipulent aussi que la mise en oeuvre du plan d'action avec la Turquie doit être une priorité et que les flux de migrants arrivant en Grèce depuis la Turquie restaient encore « beaucoup trop élevés ». (Solenn Paulic avec Sophie Petijean, Camille-Cerise Gessant, Mathieu Bion et Elodie Lamer)