Bruxelles, 25/01/2016 (Agence Europe) - L'effort à accomplir pour faciliter l'insertion des réfugiés en Turquie et endiguer le flot de migrants vers l'UE demeure « énorme », ont reconnu des représentants européens et les autorités turques, lors d'un dialogue politique de haut niveau, lundi 25 janvier à Ankara.
Sur la question migratoire, l'élément essentiel est de mettre en oeuvre « totalement » le plan d'action UE/Turquie dévoilé fin novembre 2015, a déclaré la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini (EUROPE 11441). Elle s'est dite « pleinement confiante » dans la capacité de l'UE à trouver un accord sur les modalités de financement de ce plan d'action doté de 3 milliards d'euros.
L'Italie est le seul pays à bloquer la proposition sur la table concernant le financement du plan d'action qui prévoit un apport du budget communautaire d'un milliard d'euros, le reste étant à la charge des budgets nationaux (EUROPE 11469). Le dossier pourrait être débloqué lors de la rencontre entre la chancelière allemande, Angela Merkel, et le Premier ministre italien, Matteo Renzi, vendredi 29 janvier.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a souligné que tout retard décisionnel sur cette question affectait la vie quotidienne en matière d'éducation et d'accès à la santé des 2,5 millions de réfugiés que la Turquie accueille sur son sol. De son côté, le commissaire aux Négociations de l'élargissement, Johannes Hahn, a qualifié d'« étape significative » la récente loi turque autorisant les réfugiés syriens à accéder au marché du travail national. Il a noté que les Syriens constituaient désormais moins de « 40% » des réfugiés entrant dans l'UE depuis la Turquie.
Dans leur déclaration commune, Européens et Turcs soulignent la nécessité de coopérer à la mise en place de programmes de réinstallation de réfugiés directement depuis la Turquie dans un esprit de « répartition de l'effort ». Ils marquent aussi leur accord sur l'importance de renforcer la capacité d'interception des migrants par les garde-côtes turcs.
Dominé par la question migratoire, le dialogue politique à haut niveau a permis d'aborder la totalité des dossiers permettant de revitaliser les relations entre la Turquie et l'UE.
Sur l'ouverture de nouveaux chapitres de négociations d'adhésion à l'UE, M. Hahn a rappelé les travaux en cours (EUROPE 11454). Les chapitres 23 sur l'appareil judiciaire et les droits fondamentaux et 24 en matière de liberté, sécurité et justice doivent faire partie des chapitres à ouvrir, a-t-il indiqué, tout en insistant sur l'importance pour la Turquie d'aller de l'avant en matière de respect des libertés d'expression et de réunion et d'indépendance du système judiciaire.
L'UE et la Turquie réitèrent leur engagement à oeuvrer à la levée des visas pour les ressortissants turcs entrant dans l'UE d'ici à octobre 2016, si toutes les conditions sont réunies.
Le ministre turc des Affaires européennes, Volkan Bozkir, a évoqué la révision de l'Union douanière entre les deux partenaires. Les secteurs des services et des marchés publics doivent en faire partie, a-t-il estimé. Et d'espérer que, dans le cadre des négociations commerciales entre l'UE et les États-Unis, la Turquie soit reconnue en tant que partie intégrante de cette union. Dans ce domaine, la Commission fournira au Conseil de l'UE une étude d'impact d'ici à la fin de l'année. À noter qu'un dialogue de haut niveau aura lieu, jeudi 28 janvier, sur la question énergétique en présence du commissaire à l'Action pour le climat, M. Cañete.
Dans le domaine des affaires étrangères, Européens et Turcs poursuivent l'objectif commun de faciliter le début des discussions intra-syriennes, si possible, d'ici à la fin janvier. La recherche d'une issue politique à la crise syrienne est le meilleur moyen d'améliorer la situation humanitaire sur le terrain et d'unir les forces pour venir à bout de Daech et du Front Al Nosra, a souligné Mme Mogherini.
Les deux parties ont renouvelé leur unité dans la lutte contre le terrorisme « sous toute ses formes », notamment contre le PKK kurde.
Une nouvelle rencontre de ce type aura lieu - probablement en « mai » selon M. Bozkir - en vue de préparer le prochain sommet UE/Turquie dont la date n'est pas encore connue. (Mathieu Bion)