Paris/Bruxelles, 25/01/2016 (Agence Europe) - La question d'une alternative à l'Union européenne et à la zone euro a dominé les débats entre les représentants politiques et intellectuels de la gauche radicale, réunis à Paris le 23 et 24 janvier dans le cadre du sommet internationaliste pour un 'plan B' en Europe. Au cours des échanges, une approche différentiée selon la taille du pays s'est dessinée.
Pendant près de deux jours, des responsables politiques et militants issus des courants de la gauche radicale, mais aussi des intellectuels et économistes hétérodoxes, ont échangé sur des sujets aussi variés que la restructuration collective des dettes souveraines, la mise en place d'audits et de moratoires sur les dettes publiques, ou les stratégies de reconquête de « la souveraineté économique » pour replacer l'économie dans l'enceinte démocratique.
Toutefois, c'est bien l'élaboration d'un projet monétaire alternatif en Europe qui a cristallisé les débats. L'expérience grecque et la ratification à marche forcée par le gouvernement Syriza de l'accord du 3ème plan de sauvetage en contrepartie de l'adoption d'un train de mesures aux antipodes du programme de Thessalonique de la coalition au pouvoir en Grèce (EUROPE 11358) furent traumatiques pour les forces de gauche radicale en Europe, voyant là le reniement des fondements démocratiques et un « coup d'État » orchestré par « l'Europe néolibérale ».
L'accord du 13 juillet sur le 3ème plan de sauvetage grec a, dès lors, conforté ceux de la gauche radicale pour qui il est impossible de transformer l'Union « de l'intérieur », a expliqué à EUROPE Maxime Benatouil, du réseau européen Transform!, fondation politique du Parti de la gauche européenne. Partant de ce constat, une partie des forces radicales de gauche a décidé d'élaborer collectivement un 'plan B' crédible, en cas d'échec du 'plan A' actuellement officiellement promu par le Parti de la gauche européenne ou 'bon euro' ('Good Euro'). Ce 'plan A' serait structuré autour d'une Banque centrale européenne réformée assujettie au contrôle démocratique et où la solidarité entre les États membres primerait.
Or, « un clivage interne traverse tous les partis de la gauche radicale sur la question de l'euro. La ligne majoritaire consiste à dire qu'il faut poursuivre la stratégie de transformation 'de l'intérieur', et ce malgré l'échec grec ». Une approche à laquelle semblerait s'être rallié l'ancien ministre grec des Finances, par ailleurs co-initiateur du projet, Yanis Varoufakis, avec le lancement prochain du Mouvement pour la démocratie en EUROPE 2025 ('Democracy in Europe Movement 2025' - DIEM 2025) dont l'objectif est de réformer et de démocratiser les institutions européennes. « Une stratégie qui paraît chimérique pour les tenants du 'plan B' », a commenté M. Benatouil.
Lors des débats, une ligne consensuelle s'est néanmoins dessinée en faveur d'une approche différentiée selon le type du pays considéré, à savoir, d'une part, les petits pays dits 'périphériques', à l'instar de la Grèce, et, d'autre part, les 'grands' pays, tels que la France ou l'Allemagne. Pour les pays périphériques, dans l'hypothèse où un parti de gauche radicale accède au pouvoir, certains ont considéré qu'une sortie négociée de l'Union européenne était la seule voie possible, avec la création concomitante d'une monnaie alternative, l'instauration d'un contrôle des capitaux et la nationalisation des banques. Dans le cas des grands pays, le rapport de forces leur étant plus favorable, la stratégie pourrait être, dans un premier temps, la transformation des institutions européennes de l'intérieur. Si la tentative devait se solder par un échec, alors l'option de la sortie négociée devrait être privilégiée.
Néanmoins, d'aucuns ont souligné les difficultés majeures que sous-tendrait une telle sortie. Ainsi, l'eurodéputé Fabio de Masi (GUE/NGL, allemand) s'est inquiété du taux de change d'une monnaie alternative, nécessairement soumise à une forte pression sur les marchés internationaux. En lien avec les obstacles systémiques, un militant de l'auditoire a rappelé, de son côté, les contraintes exorbitantes de la mondialisation qui pèseraient sur les pays qui s'inscriraient dans une telle démarche.
Il est à noter que le forum pour un 'plan B' n'a pas reçu le soutien du Parti de la gauche européenne et n'a été suivi que par une partie des membres de la GUE/NGL au Parlement européen. « L'espace que nous créons est un espace que l'on rejoint individuellement (…). Il y aura des cas où des partis entiers vont se retrouver, parfois ce seront des personnalités », a indiqué à EUROPE Jean-Luc Mélenchon (GUE/NGL, français), co-initiateur du projet, pour qui l'accès au forum doit être le plus ouvert possible. « C'est la bonne méthode, la plus agrégative », selon lui.
Yanis Varoufakis a été le grand absent de l'événement. Selon un observateur, son mouvement réformiste annoncé depuis ne serait plus en ligne avec le forum pour un 'plan B'.
La prochaine session du forum aura lieu le 20 février à Madrid, puis en juin à Berlin. (Pascal Hansens)