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Bulletin Quotidien Europe N° 11475
Sommaire Publication complète Par article 22 / 22
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1123

*** MICHAEL DÜRING, KRZYSZTOF TRYBUS (sous la dir. de): Polen und Deutsche in Europa, Polacy i Niemcy w Europie. Beiträge zur internationalen Konferenz, 25. und 26. Oktober 2012, Kiel, Tom podsumowuj¹cy konferencjê miêdzynarodow¹, 25 i 26 paŸdziernika 2012, Kilonia. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Schriften des Zentrums für Osteuropa-Studien (ZOS) der Universität Kiel". 2014, 346 p., 49,95 €. ISBN 978-3-631-65435-4.

Ce recueil d'articles a été produit suite à une conférence germano-polonaise tenue à Kiel les 25 et 26 octobre 2012. Les intervenants prenaient part, dans leur majorité, au cursus d'études interculturelles Polonais et Allemands en Europe, dispensé par les universités Christian Albrecht de Kiel et Adam Mickiewicz de Poznañ. Les articles sont en allemand ou en polonais, et résumés dans l'autre langue ainsi qu'en anglais.

L'ouvrage s'ouvre sur la présentation du cursus d'études interculturelles par un intervenant allemand, puis par un intervenant polonais. Le ton humoristique de la première présentation donne à la lecture un aspect un peu déroutant: l'auteur commence par présenter des types d'exposés illisibles et incompréhensibles, pour mettre en exergue ce qu'il convient d'éviter, avant d'exposer la maquette de cours. Une présentation ainsi construite peut se concevoir à l'oral, mais le passage à l'écrit est problématique car cette originalité brouille la clarté du message pour le lecteur.

L'article de présentation du cursus de l'intervenant polonais, plus classique, semble de ce fait bien plus adapté au texte écrit. Ce passage maladroit à l'écrit d'exposés conçus pour l'oral fait encore sentir ses effets dans trois articles en fin d'ouvrage dans lesquels apparaît une tendance à s'appesantir sur des stéréotypes - anti-polonais comme anti-allemands. Or, ce rappel de stéréotypes aurait gagné à une plus grande concision, à supposer même qu'il ait été nécessaire. En dépit de cela, ces articles sont bien finis, laissant au lecteur une impression d'excellence après la phase de déception: dans la dernière partie de chacun d'eux, les auteurs savent en effet faire preuve de leur aptitude à des descriptions subtiles de situations (comme en témoigne la description d'une certaine osmose entre Allemands et Polonais en Grande Pologne à la fin du XIXème siècle, aspect bien moins connu que le traditionnel antagonisme entre les peuples) ou de sentiments (comme le montre la fine analyse du processus de refoulement chez Christa Wolf, lorsque celle-ci retourne à Landsberg/Gorzów, sa ville natale devenue polonaise en 1945).

À plusieurs reprises, l'usage des sondages et des statistiques aurait également gagné à être mieux dosé: l'article Versöhnung und Versöhnungspolitik zwischen Polen und Deutschen fait un usage un peu abusif de sondages en fin d'article ; il convient toutefois de signaler que la réconciliation entre Allemands et Polonais depuis la dernière guerre y est bien analysée et que les concepts utilisés sont clairement définis. En ce qui concerne l'utilisation de statistiques, on observe dans l'article Literatura miêdzykulturowa na zajêciach jêzyka niemieckiego jako obcego - wyniki badania empirycznego, que l'échantillon d'étudiants sur lequel est conduite l'enquête en vue de sonder l'intérêt de la littérature interculturelle en langue allemande pour les apprenants de l'allemand (49 personnes) est trop restreint pour être représentatif et pour pouvoir tirer quelque enseignement que ce soit, même si le contenu de cet article est d'intérêt certain. Il est également frappant d'observer qu'en dépit de la rencontre à laquelle cette conférence internationale donne lieu, le recueil donne l'impression que chaque intervenant - allemand ou polonais - apporte en fait sa contribution de manière isolée et qu'il n'existe pas vraiment de dialogue entre eux. Cette absence de dialogue apparaît de manière manifeste dans deux articles traitant de sujets proches, Polnisch-deutsche Zweisprachigkeit im heutigen Deutschland et die polnisch-deutsche Zweisprachigkeit im westlichen Grenzgebiet Polens, dans lesquels les auteurs respectifs auraient gagné à débattre de sujets sur lesquels ils partagent des visions opposées (notamment sur la perception du caractère prestigieux de la langue allemande).

Le recueil consacre une partie de ses articles à l'espace européen: Ludwig Steindorff décrit les perceptions de l'espace est-européen et de l'Europe du Centre-Est et l'évolution des frontières séparant ces espaces sur une longue période, compte tenu du lieu d'origine des observateurs.

Dans le même domaine, l'article de Katarzyna Kuczyñska-Koschany présente une exégèse de l'œuvre du juriste polonais Josef Jakubowski, relatant le voyage de ce dernier au pôle Nord en 1904. L'auteur y présente une analyse fournie et personnelle des sentiments et du ressenti de Jakubowski devant la beauté des paysages mais elle sait également prendre ses distances par rapport à lui. La description assez inattendue - mais tout à fait appropriée dans le cadre du programme universitaire à l'origine de la conférence - de la ville de Kiel par Jakubowski au début de son voyage est étayée d'observations pertinentes et de solides références historiques sur la ville, tout en demeurant celle d'un Polonais dont le pays n'existe plus, partagé entre plusieurs États, dont l'Allemagne.

D'autres articles révèlent une grande subtilité, voire de l'émotion, de la part de leurs auteurs, ceux-ci faisant preuve d'une aptitude à surmonter les visions historiques couramment répandues dans leurs pays respectifs, voire même à éprouver de l'empathie pour l'autre pays, comme c'est notamment le cas pour les contributions des deux intervenantes de l'Ecole nationale professionnelle supérieure de Gorzów Wielkopolski: Malgorzata Czabañska-Rosada nous fait ainsi découvrir le poète de la région frontalière Gerd Fischer von Mollard, tandis que Katarzyna Taborska retrace l'évolution de différentes publications (littéraires, journaux, annonces officielles, journaux personnels) à Landsberg allemande puis à Gorzów devenue polonaise. Figurent également nombre d'articles intéressants portant sur des thèmes spécifiques et souvent originaux, même s'ils ne sont pas directement en lien avec la problématique européenne: sur le rôle du sport dans les relations entre les deux pays, sur la littérature fiction en Allemagne et en Pologne à partir d'événements historiques réels ou encore sur les lexicographes allemands et polonais, cette énumération n'étant pas exhaustive.

En fait, l'aspect parfois déroutant à la lecture de ce recueil est peut-être plus dû au passage maladroit à l'écrit de contributions orales qu'à des lacunes fondamentales. En dépit de ce défaut un peu gênant, ce recueil offre dans son ensemble de bons articles - dont certains sont à proprement parler captivants - donnant au lecteur un panel intéressant de thèmes germano-polonais et le faisant voyager dans les régions occidentales de Pologne, notamment en Grande Pologne, à Poznañ, à Gorzów et dans le Brandebourg oriental via la littérature, la poésie, la linguistique et la dialectologie. La riche histoire multiculturelle et européenne de la ville de Poznañ est bien retracée au travers différents articles et les touchantes descriptions des régions précitées invitent elles aussi le lecteur à la découverte de contrées peu connues à l'Ouest de l'Europe.

Guillaume Lelorain

*** COSTAS SIMITIS: Les routes de la vie. Editions Polis (33 tue Eolou, GR-10551 Athènes. Tél.: (30-210) 3643382 - fax: 3636501 - Courriel: info@polis-ed.gr - Internet: http://www.polis-ed.gr ). 2015, 688 p., 22 €. ISBN 978-960-435-478-8.

Même si, en Grèce, l'actualité de la crise et de ses conséquences s'y prête peu, la sortie de l'autobiographie de l'ancien Premier ministre Costas Simitis n'est pas vraiment passée inaperçue. C'est que ses « routes de la vie », à la fois « autobiographie politique » et témoignage personnel, le conduisent à faire le point sur l'état du pays, de l'occupation allemande à la dictature puis à l'établissement de la République. Revenir sur le chemin parcouru permet, explique l'auteur, « de mieux évaluer ce qui est arrivé et d'apprendre du passé pour planifier efficacement l'avenir ». De ses années d'études passées à Londres, il se souvient de la découverte du nouveau style de vie qui émerge dans les années 60 ; au fil des pages et des chapitres, il apparaît que, devenu homme politique, il n'a jamais cessé de vouloir introduire en Grèce quelque chose de ce nouveau mode de vie, pour éliminer le provincialisme, l'introversion, la peur du neuf qui minait la politique, l'administration publique, jusqu'à la vie de tous les jours des citoyens. Mais, surprise, il confesse n'avoir pas eu, au départ, « l'intention d'entrer professionnellement en politique » et de devenir un député. En fait, explique-t-il, la vie politique le rebuta même, lui qui dit détester les excès rhétoriques, les disputes, les conflits personnels, le nationalisme, la persécution des opposants, les œillères, la subordination de l'État aux intérêts partisans. Tout son parcours politique se trouve ainsi, dans ces pages, revisité et analysé sans complaisance aucune, avec objectivité et une froide lucidité. Dans le chapitre « Une parenthèse personnelle », une phrase rédigée dans l'amertume résume le propos de l'auteur: « Le politicien joue le rôle que le public exige. Il cesse d'être celui qu'il est vraiment. Il est transformé en héros que cherchent les sondeurs »… Cela, beaucoup de dirigeants politiques le ressentent sans doute, mais peu sont assurément prêts à le reconnaître. (AKa)

*** PATRICIA POPELIER, KOEN LEMMENS: The Constitution of Belgium. A Contextual Analysis. Hart Publishing (16C Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection « Constitutional Systems of the World ». 2015, 280 p., 19,99 £. ISBN 978-1-84946-415-4.

Dans cet ouvrage scientifiquement rigoureux, deux personnalités académiques (Patricia Popelier est professeur de droit constitutionnel à l'Université d'Anvers et Koen Lemmens enseigne les droits de l'homme à l'Université catholique de Leuven) posent un regard décapant sur l'histoire particulièrement complexe de la Constitution belge. « Alors que les Constitutions sont censées apportées une certaine stabilité, la Constitution belge a au mieux offert, au cours des quarante dernières années, un équilibre précaire et une pause temporaire dans les débats continus entre Wallons, Flamands, Germanophones et habitants de Bruxelles », est-il écrit dans la préface qui, puisqu'elle n'est pas signée, doit être la leur. L'histoire constitutionnelle belge récente se caractérise même, selon eux, par son caractère « maniaco-dépressif », chaque nouvelle réforme accordant de nouvelles compétences aux entités fédérées ayant été adoptée avec optimisme et enthousiasme avant d'être jugée insatisfaisante car insuffisante, une nouvelle réforme étant alors mise en chantier « au profit » des entités fédérées, sans qu'il vienne jamais à l'esprit des décideurs politiques qu'un renforcement de l'échelon fédéral pourrait avoir du sens. Il en découle, ajoutent les auteurs, que la Constitution belge « cherche désespérément une nation », seuls les partis nationaliste - la N-VA actuellement au pouvoir au fédéral et en Flandre - et d'extrême-droite, le Vlaams Belang, y trouvant leur compte puisqu'ils veulent l'indépendance de la Flandre. Par leur travail, les auteurs éclairent les fondements historiques, démographiques, culturels et politiques de cette évolution « fédérale » parfaitement atypique d'un État « multi-ethnique » dont « la population belge paie le prix », raison pour laquelle le cas belge est aussi analysé à la lumière des droits de l'homme et en tant que possible laboratoire, une fois encore, des dangers que pourraient courir l'intégration européenne. (MT)

*** FRANCOIS CADILHON, PHILIPPE CHASSAIGNE, ERIC SUIRE (sous la dir. de): Censure et autorités publiques. De l'époque moderne à nos jours. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Histoire de la Poste et des communications - Echanges et territoires », n° 4. 2015, 360 p., 47,60 €. ISBN 978-2-87574-273-5.

Fruit d'un colloque scientifique et riche de vingt-trois contributions, cet ouvrage traite, ainsi que l'explique Philippe Chassaigne (Université Bordeaux Montaigne) dans l'introduction, « des frontières fluctuantes de la tolérance en matière d'expression d'idées, de croyances, ou encore de pratiques comportementales ». Les auteurs analysent sous divers angles les modèles de conception et les modalités de la censure sur le temps long, depuis le XVIème siècle - moment clef dans l'histoire de la censure avec l'avènement de l'imprimerie - jusqu'à nos jours, passant en revue les objets de la censure (publications licencieuses, presse, œuvres artistiques, lectures de l'histoire, opinions hétérodoxes…), les moyens de son exercice et les différents enjeux politiques. Il apparaît ainsi, entre autres, que la censure étatique directe cède plutôt la place à des formes intériorisées d'autocensure, la liberté de parole croissante ayant également à composer avec les pressions qu'exercent des segments de la société civile au nom de leurs valeurs. (MT)

*** FABRICE ARFI, PAUL MOREIRA (sous la dir. de): Informer n'est pas un délit. Ensemble contre les nouvelles censures. Calmann-Lévy (31 rue de Fleurus, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 49543600 - Courriel: commercial@calmann-levy.fi - Internet: http://www.calmann-levy.fr ). 2015, 234 p., 17 €. ISBN 978-2-70215865-4.

Ce livre de seize journalistes français se disant « d'investigation » est né d'une rébellion contre une disposition législative qui, en France, promettait au début de l'an dernier d'assurer le « secret des affaires » plutôt que le droit des citoyens à être correctement informés. Depuis, cette disposition projetée a été retirée de la « loi Macron », du nom de l'actuel ministre des Finances, mais une directive européenne « en pleine préparation » sur le même secret des affaires a conduit les auteurs à maintenir leur projet éditorial pour dire les pressions, menaces et écoutes qui pèsent sur eux et leurs enquêtes, sans parler de leurs sources et des lanceurs d'alerte. Alors que les multinationales, lobbyistes et groupes de pression s'accommodent mal des enquêtes qui « mettent à mal leurs beaux plans de communication », ce que ce livre illustre, Elise Lucet oppose notamment dans sa préface - dans laquelle elle omet curieusement d'incriminer aussi les institutions politiques, nationales comme européennes... - cet aphorisme prêté à George Orwell: « Le journalisme consiste à publier ce que d'autres ne voudraient pas voir publier. Tout le reste n'est que relation publique »… (MT)

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