Bruxelles, 18/12/2015 (Agence Europe) - Le projet Nord-Stream 2 de doublement du gazoduc Nord-Stream, qui relie depuis 2012 la Russie à l'Allemagne sous la mer Baltique, a suscité un vif débat, vendredi 18 décembre lors du Conseil européen. Au cœur des échanges a figuré la question de l'indépendance énergétique de l'UE, qui serait sérieusement entamée si un tel projet devait voir le jour.
Sans se prononcer ouvertement contre Nord-Stream 2, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a évoqué des chiffres fournis par la Commission européenne, selon lesquels ce projet augmenterait la dépendance de l'Union vis-à-vis de Gazprom, dont les fournitures représenteraient 80% du gaz russe importé. De même, a-t-il poursuivi, la part de Gazprom en Allemagne serait portée à 60%.
Certains pays, comme l'Italie et la Bulgarie, se sont interrogés sur les raisons qui justifieraient la concrétisation du gazoduc Nord Stream-2, alors que le projet de gazoduc South Stream avait été abandonné à la suite d'une décision de la Commission européenne fin 2014 (EUROPE 11217).
Une position que partagent d'autres pays, selon une source diplomatique, à l'instar de la Slovaquie, de la République tchèque, et plus globalement les pays du groupe de Visegrad. Les pays baltes, qui considèrent ce projet sous l'angle plus géopolitique que commercial, sont aussi sur cette ligne. Ce dont s'est défendue la chancelière allemande, Angela Merkel, pour qui ce projet est purement commercial.
Lors des échanges, Mme Merkel, aurait, par ailleurs, indiqué au Premier ministre italien, Matteo Renzi, que le projet South Stream avait été abandonné, car il avait été jugé par la Commission incompatible avec le principe de diversification énergétique du 3ème paquet énergétique.
« Les arguments (de la chancelière allemande) n'ont pas convaincu les opposants au projet », a toutefois nuancé une source diplomatique. Celle-ci a évoqué un autre aspect du dossier, à savoir le manque à gagner pour l'Ukraine, jusqu'alors pays de transit du gaz russe, que sous-tendrait la construction de Nord-Stream 2. Un sujet brûlant au regard du conflit russo-ukrainien et du processus de rapprochement entre l'Ukraine et l'Union européenne, qu'incarne notamment l'accord de libre-échange (EUROPE 11456).
Respect du droit de l'UE. Loin de trancher la question, les États membres ont fait un rappel au droit. « Toute nouvelle infrastructure devrait se conformer entièrement au 3ème paquet législatif sur l'énergie et à toute autre législation européenne applicable ainsi qu'aux objectifs de l'Union de l'énergie », a souligné M. Tusk. Il a indiqué qu'il reviendra à la Commission européenne d'arrêter une position sur le projet Nord Stream-2 à la suite d'une analyse détaillée au regard du droit de l'UE. (Pascal Hansens)