Bruxelles, 08/10/2015 (Agence Europe) - De très nombreux députés ont manifesté leurs fortes réserves ou leur opposition totale à l'égard du nouveau projet russe de gazoduc Nord Stream-2, lors d'un débat sur cette question en assemblée plénière du Parlement européen, dans la soirée du mercredi 7 octobre.
« La bataille pour stopper l'extension de Nord Stream a commencé », résumait le Letton Krisjanis Karins (PPE), dans un média de son pays, jeudi 8 octobre. Devant l'assemblée mercredi, M. Karins a exhorté l'UE à « geler » ce « très mauvais projet » par le biais d'une « décision politique », comme pour feu le projet South Stream. « Ce projet va renforcer notre dépendance à l'égard de la Russie. Il n'y aura plus de concurrence et on ira presque exclusivement s'approvisionner en Russie », a-t-il averti.
Nombreux sont les députés qui, issus de tous les grands groupes politiques, ont clamé, durant le débat mercredi soir, leur opposition au projet Nord Stream-2, les députés baltes et polonais en tête. Un débat qui s'est tenu en l'absence notable de députés allemands, français et britanniques.
« Je respecte la liberté des entreprises de faire des affaires. Mais ce projet ne peut pas être vu qu'en s'appuyant sur les critères commerciaux. Il est une menace pour nos partenaires de voisinage. Ce projet nous divise », a estimé le Polonais Jerzy Buzek (PPE), pointant du doigt le risque de domination renforcée d'un seul fournisseur de gaz. « Nous attendons de la Commission qu'elle prenne toutes les mesures nécessaires en cas de non-respect des différentes conditions et, si ces conditions ne sont pas respectées, qu'il n'y ait pas de projet Nord Stream-2 », a ajouté M. Buzek, en ligne avec les réserves récemment exprimées par son groupe politique (EUROPE 11401). « Nous n'avons pas utilisé à plein l'infrastructure qui existe déjà et qui n'est utilisée qu'à 50%. Donc cette construction est tout à faite injustifiée », a-t-il ajouté.
« Cette annonce est très préoccupante: on augmenterait ainsi la dépendance à l'égard du gaz russe. Ce projet pose un problème en matière de diversification et il reviendrait à déséquilibrer la situation entre les États membres en matière d'approvisionnement. C'est un problème pour l'UE dans son ensemble. On ne peut pas dépendre d'un seul pays et couper les routes de transit par l'Ukraine », a estimé l'Italien Flavio Zanonato (S&D). Son collègue lituanien, Zigmantas Balcytis, a jugé « scandaleux que le contrat (du projet Nord Stream -2) soit signé avant que la Commission dispose de toutes les informations à son sujet ».
« La Commission ne cesse de répéter que Nord Stream est une initiative privée. La réalité, c'est qu'avec Nord Stream-2, Gazprom va assurer plus de 50% des fournitures de gaz importé de l'Europe. Cela va contre le principe de diversification de l'Europe et cela va affecter les pays d'Europe centrale et orientale », a déploré le Polonais Marek Józef Grobarczyk (CRE). Sa collègue et compatriote Anna Elzbieta Fotyga a dénoncé « un instrument de pression supplémentaire pour la Russie de même que le Turkish Stream ».
« Nord Stream est essentiel pour l'UE. Mais la Russie et Gazprom s'opposent aux efforts européens pour libéraliser le marché intérieur Nous avons toute bonne raison d'appliquer le niveau de supervision le plus élevé possible », a estimé, au nom du groupe ADLE, le Danois Morten Helveg Petersen, insistant pour que la Commission ouvre un dialogue avec les États membres pour voir s'ils font des évaluations d'impact géopolitique et stratégique des implications d'un gazoduc, notamment pour le voisinage de l'UE.
Au nom du groupe Verts/ALE, le Luxembourgeois Claude Turmes a dénoncé « une provocation qui menace l'unité de l'union énergétique européenne ». « C'est contraire à la solidarité européenne et à nos intérêts géopolitiques en Ukraine », a-t-il insisté, dénonçant le lobbying des grands groupes énergétiques occidentaux et « leurs alliés très puissants, Hollande, Merkel et Cameron ». « Ce n'est pas un projet commercial, c'est un projet politique explosif, susceptible de diviser. Il faut inscrire ce problème à l'agenda d'un Conseil européen. Il faut stopper ce projet immédiatement », a ajouté M. Turmes. « Il faut mettre un terme à ce projet stupide qui vise à abattre l'Ukraine et nous ensuite », a renchéri son collègue estonien Indrek Tarand.
Le ministre luxembourgeois de l'Économie, Nicolas Schmit, a assuré que la Présidence du Conseil était « parfaitement consciente des enjeux énergétiques, économiques, géopolitiques et environnementaux de ce projet et du fait qu'il soulève des questions sur sa contribution à la diversification des routes et des sources d'approvisionnement et son impact sur d'autres pays », appelant la Commission à le surveiller de près.
La Commission va s'assurer que Nord Stream-2 respecte le droit de l'UE, en particulier le 3ème paquet de libéralisation et la réglementation sur l'environnement et sur les marchés publics, a promis le commissaire à l'Énergie, Miguel Arias Cañete. « L'UE veut garder la Russie comme un fournisseur de gaz fiable dans le futur, mais elle veut aussi que le transport de gaz russe s'inscrive dans sa stratégie de diversification et que le fournisseur russe joue le jeu de la concurrence », a-t-il ajouté. « Nord Stream-2 ne suit pas l'objectif de diversification qui est au coeur de notre politique », a admis M.Canete, estimant aussi qu'il était « crucial » de préserver le rôle de l'Ukraine en tant que pays de transit du gaz russe. (Emmanuel Hagry)