Strasbourg, 07/10/2015 (Agence Europe) - Lors de son discours devant les parlementaires européens, mercredi 7 octobre à Strasbourg, le roi d'Espagne Felipe VI a appelé de ses voeux un renforcement et un approfondissement de l'UE, ainsi qu'une présence accrue de l'Union sur la scène internationale.
« Le 19 juin 2014, le jour de ma proclamation en tant que roi, j'ai dit devant le parlement espagnol que le temps était venu pour une monarchie nouvelle et rénovée. Aujourd'hui, je dis à ce Parlement qui représente les citoyens européens, que nous devons oeuvrer à une Europe renouvelée pour une nouvelle ère dans un monde différent », a déclaré le roi en conclusion de son discours, durant lequel il a détaillé sa vision pour l'avenir européen.
Après avoir fait une brève référence à peine voilée aux velléités catalanes d'indépendance, en rappelant que l'Espagne était unie dans sa diversité culturelle, traditionnelle et linguistique, diversité en accord avec la volonté « sincère et ferme » des Espagnols de vivre ensemble, le roi d'Espagne a rapidement évoqué les défis actuels et à venir auxquels fait face l'Union.
Constatant que les objectifs portant le projet européen du 20ème siècle ne suffisaient plus au 21ème siècle, le roi Felipe VI a insisté sur la nécessité de sortir de la complaisance et d'aller au-delà des réalisations européennes pour fixer des objectifs nouveaux et plus ambitieux, afin d'insuffler une nouvelle énergie à l'intégration européenne. Une intégration qui, selon lui, ne peut que passer par un renforcement de la légitimité démocratique du projet européen, afin de rapprocher les citoyens européens du processus décisionnel européen. À ses yeux, il est nécessaire d'améliorer la gouvernance européenne, tout en assurant l'indépendance et la séparation des pouvoirs, ainsi que la transparence des activités institutionnelles.
Il lui a paru dans ce cadre inévitable d'approfondir l'Union monétaire et économique et il a prôné des mécanismes financiers pour renforcer la solidarité entre les États membres « et éviter les excès passés ». Un peu en retrait par rapport à l'appel lancé par le président français, François Hollande, en juillet dernier pour doter la zone euro d'un véritable budget, Felipe VI a insisté sur la nécessité de pourvoir la zone euro d'un cadre budgétaire rigoureux et d'approfondir l'union bancaire afin de résorber la fragmentation des marchés financiers et garantir compétitivité et convergence aux économies européennes.
Toutefois, s'adressant certainement par-delà l'enceinte parlementaire à ses compatriotes confrontés au chômage et à la crise économique, le roi a rappelé la nécessité d'intégrer une dimension sociale aux politiques européennes en vertu de l'article 9 du TFUE, qui proclame l'engagement de l'Union dans « la promotion d'un niveau d'emploi élevé, la garantie d'une protection sociale adéquate, la lutte contre l'exclusion sociale ainsi qu'à un niveau élevé d'éducation, de formation et de protection de la santé humaine ».
Le roi a exprimé, par ailleurs, son désir de consolider la présence de l'UE sur la scène internationale pour, entre autres, promouvoir la paix et la sécurité dans le monde, éradiquer la pauvreté et lutter contre le terrorisme. Il a, dans cette perspective, appelé à dépoussiérer et renforcer la politique commune de sécurité et de défense. À la lumière de la crise migratoire ébranlant l'Union ces dernières semaines, le roi a souligné la nécessité d'avoir une politique de voisinage européenne forte avec les pays tiers limitrophes de l'Union, afin d'éviter des exodes, la violence et l'insécurité. « Nous devons répondre avec générosité, solidarité et responsabilité », a-t-il lancé. Dans ce cadre, il a mis en avant l'expérience de son pays ainsi que la réunion ministérielle informelle qui s'est tenue à Barcelone en avril dernier avec les pays voisins du Sud.
À moins de deux mois de la Conférence de Paris (COP21), la question de la lutte contre le changement climatique a également été brièvement abordée par le roi, celui-ci soulignant la nécessité d'avancer dans ce domaine « pour les futures générations ». (Pascal Hansens)