Luxembourg, 04/09/2015 (Agence Europe) - Les ministres européens des Affaires étrangères ont souligné à leur arrivée à la réunion informelle semestrielle, vendredi 4 septembre à Luxembourg, la nécessité d'une solidarité européenne pour répondre à l'afflux des migrants qui arrivent en Europe. Toutefois, certaines divergences sont rapidement apparues.
Tentant de balayer les critiques d'une Union européenne divisée face au défi migratoire, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, a voulu assurer que « nous ne sommes pas dans une logique de division de l'UE ». « Nous sommes Européens et nous devons réagir non pas sur la base d'égoïsmes nationaux, mais de la solidarité européenne », a-t-il ajouté. Pourtant, les enjeux pour trouver une réponse commune restent, selon lui, élevés puisqu'il en va « de l'image de l'UE dans le monde ».
Son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier, a été plus direct, en ne cachant pas que les positions divergent aujourd'hui quant à la voie à suivre. Il a ainsi appelé à ce que les Européens arrêtent de se critiquer les uns les autres. « Nous ne ferons pas notre devoir si nous n'arrêtons pas de montrer du doigt le voisin. Les accusations réciproques ne vont pas nous aider à prendre le problème à bras-le-corps », a-t-il dit.
« Nous devons faire preuve de solidarité », a appelé le ministre letton, Linas Linkevicius, en dénonçant également le « jeu du blâme ». « Réfléchissons ensemble à ce que nous avons à faire ensemble », a-t-il appelé. Il a affirmé que puisque l'UE réussissait à trouver une solution commune à d'autres crises, il n'y avait pas de raison qu'une telle solution ne puisse pas être trouvée pour la crise migratoire.
Le ministre hongrois, Péter Szijjarto, a souhaité, quant à lui, répondre aux critiques qu'avait reçues son pays, celles-ci étant, selon lui, « injustes » et « inappropriées ». Il a insisté sur le fait que son pays respectait le code Schengen en défendant les frontières extérieures de l'UE.
Discussion sur la répartition et débat sur les quotas obligatoires
Les ministres sont aussi revenus sur la répartition des candidats à l'asile alors que la Commission européenne a confirmé, vendredi 4 septembre, le fait qu'elle proposera le 9 septembre un système de relocalisation pour 120 000 demandeurs d'asile supplémentaires (voir autre nouvelle). « Il y a la volonté très claire d'un certain nombre d'États membres d'aller dans la direction d'une répartition (…) On doit essayer de faire notre travail d'accueil mais ce travail ne peut se faire que si l'ensemble de l'UE y participe », a souligné le ministre belge, Didier Reynders.
Mais les discussions sur cette répartition risquent d'être difficiles, comme en témoignent les propos du Letton Linas Linkevicius. « Je ne sais pas d'où ces chiffres proviennent » de 120 000 demandeurs d'asile, s'est-il étonné. Pour lui, il serait plus « sage de ne pas parler de ces chiffres, car ils viennent de nulle part ». Un autre exemple des difficultés à venir se cristallise dans la question des « quotas contraignants » pour l'accueil des migrants suggérée par la France et l'Allemagne, jeudi 3 septembre (EUROPE 11381).
Ainsi, le ministre hongrois s'y est formellement opposé. « La politique des quotas obligatoires a échoué. Je ne pense pas que cela pourrait être une bonne solution aujourd'hui. (…) Les quotas ont été pris comme une invitation par les trafiquants et les migrants, donc ce n'est pas la bonne façon d'agir », a considéré M. Szijjarto. « Ce que nous devons faire, c'est défendre notre frontière. C'est ce que nous faisons et c'est ce que nous allons faire dans le futur également », a-t-il souligné. « Nous ne serions pas dans une situation si difficile si tous les États membres se conformaient au règlement Schengen et si tous les États membres défendaient leurs frontières Schengen extérieures », a-t-il aussi lancé.
Lutter contre les causes de la migration
Même s'il s'agit d'une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères, ceux-ci n'ont cependant que peu parlé de la dimension externe du défi migratoire. Seul M. Linkevicius a remarqué que « nous devons vraiment réfléchir très sérieusement et traiter les causes profondes (de la migration, ndlr), et pour parler franchement, ce que nous faisons maintenant, (sans) succès, est la lutte contre les conséquences ». Pour sa part, M. Reynders a estimé qu'il faudrait aller « dans des zones plus proches des conflits pour mettre les premiers centres d'accueil, de premières possibilités de contact avec les réfugiés ». (Camille-Cerise Gessant avec Olivier Jehin)