Bruxelles, 04/09/2015 (Agence Europe) - La Commission européenne a confirmé, vendredi 4 septembre, que son président, Jean-Claude Juncker, présenterait le 9 septembre à Strasbourg, lors de son discours sur l'état de l'Union, un paquet de propositions législatives destinées à répondre à la crise migratoire. Ce paquet, essentiellement centré sur la façon dont l'UE peut accueillir les migrants fuyant la guerre et nécessitant une protection internationale, comportera au moins 3 propositions législatives ainsi que d'autres éléments que les commissaires européens Frans Timmermans et Dimitris Avramopoulos présenteront en détail un peu plus tard dans la journée du 9, lors d'une conférence de presse.
Alors que plus de 100 000 personnes sont arrivées pendant le seul mois de juillet en Grèce, dont la majorité fuient les zones de conflit, comme la Syrie, l'Afghanistan ou l'Irak, et plus de 350 000 dans l'UE depuis le début 2015, la Commission devrait mettre notamment sur la table une nouvelle proposition de relocalisation de 120 000 personnes depuis la Grèce, l'Italie, mais aussi la Hongrie, vers les autres pays européens, comme elle l'avait déjà suggéré le 3 septembre (EUROPE 11381). Cette proposition s'ajoutera à celle faite le 27 mai de relocaliser 40 000 personnes depuis la Grèce et l'Italie, toujours en cours d'adoption au Conseil.
Ce nouveau système d'urgence concernera cette fois la Hongrie qui a reçu 50 000 personnes en quelques mois. La base légale choisie devrait rester la même que celle du mois de mai et les critères de pondération devraient rester similaires, c'est-à-dire basés sur la taille du pays, la richesse ou les efforts en termes d'accueil de demandeurs d'asile, a dit une source.
Jeudi 3 septembre, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, avait expliqué, lors de sa conférence de presse à l'issue de sa visite à Bruxelles, qu'aucune proposition détaillée n'avait été discutée avec M. Juncker. Ce dernier a toutefois évoqué avec lui les plans de la Commission qui seront exposés le 9 septembre et qui pourront bénéficier à la Hongrie, mais les modalités n'ont en effet pas été précisées, a expliqué officiellement la Commission.
Selon une source européenne, le Hongrois aurait accepté l'idée d'un mécanisme qui puisse soulager la pression sur son pays, mais s'est refusé à accueillir un système de 'hotspot' impliquant la venue de personnel de Frontex, de l'EASO ou d'Europol. Un tel dispositif consacrerait le statut de la Hongrie comme pays dit de première ligne, ce que le dirigeant hongrois refuserait.
Le dirigeant conservateur n'a, en tout cas, pas fermé officiellement la porte, jeudi, à ce mécanisme de relocalisation, expliquant qu'il pouvait y réfléchir et en parler, mais uniquement « si l'on parle des frontières extérieures ». Le Hongrois a réaffirmé d'ailleurs son opposition au système de quotas qui constitue, selon lui, un appel d'air à la migration irrégulière.
D'autres propositions que devrait faire la Commission: un mécanisme permanent et obligatoire de relocalisation des demandeurs d'asile, activable en cas de crise soudaine. Ce dispositif reposerait ici sur la codécision avec le Parlement européen et bénéficierait à tout pays membre de l'UE confronté à un afflux ingérable. Dans ce cadre permanent, la Commission étudie l'idée d'une contribution alternative pour les pays refusant de relocaliser chez eux des migrants. Selon une source, ils devraient justifier face à la Commission pourquoi ils ne peuvent soulager d'autres pays et avancer des critères objectifs. Si ces raisons étaient jugées légitimes, ils pourraient alors aider financièrement les autres pays qui, eux, prennent en charge ces demandeurs d'asile.
Parmi les autres textes attendus du paquet, des propositions seront faites sur la politique de retour des migrants ne pouvant prétendre à l'asile. La liste des pays sûrs pourrait, par contre, ne pas être entièrement finalisée pour le 9 septembre, mais le président Juncker en expliquera cependant les contours lors de son discours.
Les fonds à la Grèce débloqués dans les 5 jours
En attendant ce paquet de mesures, les commissaires européens Frans Timmermans et Dimitris Avramopoulos se sont rendus jeudi 3 et vendredi 4 septembre à Athènes et à Kos, où ils ont pu observer la mise en œuvre du 'hotspot' du Pirée et évaluer la situation de Kos. Les assurances ayant été données par la partie grecque pour organiser l'allocation des fonds, Athènes devrait ainsi recevoir 33 millions d'euros d'aide dans les 5 jours, a dit le commissaire Avramopoulos. Les deux commissaires ont insisté sur la nécessité de pouvoir enregistrer les migrants à tous les points d'entrée de la Grèce, même s'il n'existe pas de hotspot sur des îles comme Kos.
Allemagne et France confirment leur soutien aux « quotas » obligatoires, le groupe de Visegrad dit non
Le mécanisme permanent et obligatoire de relocalisation qu'entend proposer la Commission européenne a, en tout cas, déjà été prôné par Paris et Berlin qui, dans une lettre commune, le 3 septembre, ont confirmé leur soutien. Si ce soutien était acquis du côté du gouvernement allemand, ce n'était pas le cas du gouvernement français qui s'est finalement rangé à ce concept de quotas. Les pays du groupe de Visegrad qui réunit la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque ont, en revanche, réaffirmé vendredi à Prague leur grande hostilité à ce système de quotas. Dans une déclaration, les dirigeants de ces 4 pays ont jugé « inacceptable » un tel mécanisme permanent et obligatoire et ont demandé, en revanche, que soient mises en oeuvre des mesures permettant d'agir à la racine, via une aide renforcée aux pays de transit ou le renforcement des patrouilles de Frontex.
Le Royaume-Uni annonce un accueil renforcé de réfugiés syriens
Très critiqué pour son refus de participer aux mécanismes européens, notamment par le Conseil de l'Europe qui l'a accusé de ne pas en faire assez, le Premier ministre conservateur britannique, David Cameron, a annoncé, vendredi, que son pays accueillerait des milliers de Syriens supplémentaires dans le cadre du programme de réinstallation britannique doté de 900 millions de livres, a-t-il annoncé. (Solenn Paulic)