*** ALEXANDRE DUPEYRIX, GERARD RAULET (sous la dir. de): European Constitutionalism. Historical and Contemporary Perspectives. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 83. 2014, 166 p., 46 €. ISBN 978-2-87574-192-9.
De prime abord, ce livre irrite. Dans leur introduction, ses deux coordinateurs n'assurent-ils pas, en effet, que « l'objectif final (la finalité) » du « projet politique unique » qu'est l'Union européenne n'a jamais été clarifié ? Oubliée, donc, la Déclaration dans laquelle Robert Schuman invitait l'Allemagne, l'Italie et les trois pays du Benelux à se joindre à la France pour réaliser, avec son projet de Communauté européenne du charbon et de l'acier, « les premières assises concrètes d'une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix » ! En réalité, l'objectif final était parfaitement clair dans l'esprit des « pères de l'Europe », et la vérité impose de dire que ce sont des dirigeants politiques nationaux qui ont par la suite tout fait pour l'escamoter et le dénaturer autant que faire se pouvait, ce au nom de la souveraineté nationale. Si, comme l'affirment les professeurs Dupeyrix et Raulet (Université Paris-Sorbonne), « l'intégration européenne est un processus dont l'aboutissement n'est pas défini à l'avance », c'est à Charles de Gaulle et à bon nombre de ses successeurs à l'Élysée, à tous ceux qui se sont succédé au 10 Downing Street après Edward Heath et à ceux qui leur prêtent désormais l'oreille dans bien d'autres capitales d'Europe qu'on le doit. Voilà les seuls coupables d'une « indétermination » qui, en ces temps de crise existentielle, déboussole les peuples et ravive les égoïsmes jusqu'au point de faire peser sur l'Union européenne et la zone euro en particulier la menace d'un naufrage. Si, comme le rappellent les coordinateurs de l'ouvrage, Jean Monnet a écrit dans ses Mémoires qu'il n'avait « jamais douté que ce processus nous mène un jour à des États-Unis d'Europe » mais qu'il se refusait à essayer d'en « imaginer (…) le cadre politique », c'est parce qu'il savait que celui-ci serait en définitive le fruit de résistances un jour dépassées du fait de réalités impérieuses, la forme en étant dès lors imprévisible.
Avec la crise qui ébranle la zone euro et l'Union européenne entière, ne sommes-nous pas précisément arrivés à un moment propice pour que soient levés les « paradoxes ou antinomies » qui entravent et altèrent le projet européen ? A raison, certains argueront que les vents ne sont guère favorables. Toutefois, ainsi que le soulignent Dupeyrix et Raulet, comment ne pas nourrir aussi l'espoir que la crise existentielle actuelle puisse être « l'une de ces réalités dont résulteront de l'innovation institutionnelle et des décisions politiques » ? C'est dans cette perspective que ce livre, prolongement d'un séminaire de philosophie sociale organisé au Centre interuniversitaire de Dubrovnik en avril 2013, se révèle précieux pour les éclaircissements savants qu'il apporte quant aux différentes dimensions du processus constitutionnel en cours dans le cadre de l'Union et aux difficultés non moins nombreuses qu'il a rencontrées jusqu'à présent.
Dans une première partie, quatre contributions sont focalisées sur la nature et la structure juridiques de l'Union. Il y est notamment question de la singularité du processus constitutionnel propre au club des Vingt-huit qui découle des particularités historiques des pays qui la composent et de l'universalisme constitutionnel, des raisons expliquant le caractère attractif du concept de patriotisme constitutionnel européen et du rôle joué par les droits de l'homme. Violeta Besirevic, part, quant à elle, de la prémisse qu'une constitution peut exister sans un État pour défendre l'idée que l'Union en a une qui est « non codifiée, évolutive et antirévolutionnaire », ce professeur de droit à l'Université de Belgrade précisant, résument les coordinateurs, que « le messianisme politique dans l'intégration européenne a principalement visé à faire de la démocratie la seule forme légitime de la gouvernance dans l'ordre public de l'Union européenne, ce qui est sans parallèle en droit transnational ou international ». Voilà incontestablement un point de vue intéressant en ces temps de malaise démocratique, en Grèce et au-delà… La deuxième partie du livre voit, elle, quatre auteurs aborder le constitutionnalisme européen d'un point de vue politique et philosophique, avec notamment des références - parfaitement naturelles, en l'occurrence - à Habermas et à Kant, Alexandre Dupeyrix proposant notamment de remplacer le cosmopolitisme de ce dernier par le concept de « démocratie transnationale ». Une dernière contribution est enfin consacrée à l'adoption de la déclaration sur l'identité européenne de décembre 1973 qui, selon une jeune historienne active à l'Université de Strasbourg, a incontestablement marqué l'irruption d'une entité politique sans précédent dans l'arène internationale.
Michel Theys
*** SUSANA DEL RÍO VILLAR: Europe: Project and Process. Citizens, Democracy, Participation. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Cuadernos de Yuste", n° 9. 2014, 173 p., 48,20 €. ISBN 978-2-87574-190-5.
Ce livre est un acte de foi. Etayé. Susana del Río Villar y exprime sa conviction profonde que, depuis les origines, la construction européenne est à la fois un projet et un processus. Et, à ce stade de l'aventure, elle requiert - impérativement, à ses yeux - que les citoyens, la société civile européenne, s'en empare. Au fil des pages, cette politologue y développe ses idées concernant la démocratie supranationale européenne qu'elle appelle de ses voeux, la nécessité impérieuse d'une démocratie participative aux côtés de la démocratie représentative, le lien qui est à nouer entre les citoyens et les institutions européenne, l'éducation qui s'avère indispensable pour former de vrais citoyens européens, le rôle à jouer par une communication pleinement européenne, la solidarité comme indispensable lien entre les Européens et encore, excusez du peu, la nécessité de concevoir et de mettre en oeuvre une « nouvelle politique européenne » qui échappe enfin à la tutelle des capitales pour rencontrer les aspirations des citoyennes et citoyens d'Europe. La crédibilité de la démocratie sera un jour jaugée à cette aune, avertit-elle en traçant des pistes afin que l'émergence de cette Europe réconciliée avec les siens puisse s'opérer.
(MT)
*** ANTONELLA VALMORBIDA (sous la dir. de): Citizen's Participation at the Local Level in Europe and Neighbouring Countries. Contribution of the Association of Local Democracy Agencies. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). 2014, 391 p., 42,80 €. ISBN 978-2-87574-181-3
Dans beaucoup d'États membres, la démocratie n'est pas au mieux de sa forme, elle qui indispose et/ou indiffère des franges sans cesse plus importantes de citoyen. Elle l'est bien moins encore du côté de l'Union européenne où à l'absentéisme d'un nombre conséquent de citoyens lors des élections dites européennes - mais qui sont en réalité vingt-huit élections nationales, sans compter que celles-ci sont jugées de second ordre par la plupart des partis… - s'ajoute désormais le très profond malaise suscité par la gestion du problème grec. Du coup, c'est à raison que Jean-Marc Roirant peut ouvrir son avant-propos à cet ouvrage en relevant que « dans le contexte de mesures d'austérité et de certains dérapages institutionnels qui mettent en cause, et parfois même en danger, les valeurs démocratiques et les libertés qui sont les piliers mêmes du processus de construction européenne, inscrits comme tels dans les traités, le soutien public à l'aventure européenne est considérablement en déclin ». Et cet acteur de la société civile française, qui a été le président de l'Alliance européenne pour l'Année européenne des citoyens 2013, de juger avec la même totale pertinence qu'aux transferts de compétences nationales vers la sphère européenne auraient dû succéder des transferts démocratiques équivalents, là où, tout au contraire, « le triomphe de l'intergouvernementalisme sur des domaines clés du processus de construction européenne montre que nos dirigeants politiques manquent dramatiquement de vision collective et de la perspective d'un avenir commun, mettant l'intérêt général avant le projet européen ». Dans ce contexte assez débilitant, ce livre se présente comme une bouffée d'oxygène. Il montre comment, de manière pratique, des organisations de citoyens réunies au sein de l'Association des Agences de démocratie locale s'activent depuis plus de quinze années afin que la démocratie participative revivifie la démocratie représentative. Divers exemples de cette implication concrète des citoyens sont donnés au fil des pages, que ce soit au sein des États membres comme en-dehors de l'Union, une attention toute particulière étant accordée aux pays des Balkans.
(MT)
*** JEAN-LOUIS QUERMONNE: Le système politique de l'Union européenne. LGDJ, Lextenso éditions (70 rue du Gouverneur Général Eboué, F-92131 Issy-les-Moulineaux. Tél.: (33-1) 40934000 - Courriel: info@lextenso-editions.fr - Internet: http://www.lgdj.fr ). Collection "Clefs/Politique". 2015, 160 p., 19 €. ISBN 978-2-275-04103-2.
Professeur émérite de science politique ayant enseigné aux Instituts d'études politiques de Grenoble et de Paris ainsi qu'au Collège d'Europe de Bruges, Jean-Louis Quermonne est sans conteste l'un des plus grands spécialistes de l'Europe que compte la France, lui qui a en outre présidé le Groupe de réflexion du Commissariat au Plan sur la réforme des institutions européennes dans le contexte du Traité constitutionnel finalement avorté. Il est aussi l'un des meilleurs pédagogues de l'aventure européenne, cet ouvrage - qui en est à sa… neuvième édition - en étant l'éclatante démonstration. Dans ces pages, il explique avec une élégante clarté et une rigoureuse objectivité les grandes étapes ayant marqué l'histoire de la construction européenne, ce que sont les institutions, les modes de décision et la dimension politique de l'Union. Son tour d'horizon est de parfaite actualité puisqu'il décrypte, outre le Traité de Lisbonne, les accords ou traités intergouvernementaux que les dirigeants européens ont eu à adopter dans l'urgence pour faire face à la crise économique et financière qui frappait l'Union et, en particulier, la zone euro. Il y est même questions du Brexit. Pour le Pr. Quermonne, le second demi-siècle qui vient de s'ouvrir ne sera plus celui qui voyait s'affronter « fédéralistes et unionistes » car c'est à la mondialisation que l'Union est désormais confrontée. Il appartient par conséquent à celle-ci « d'y adapter ses États et de les fédérer », ce qui lui impose, « sauf à rester une zone de libre-échange, de devenir une puissance politique ». Les nouvelles générations seront donc bientôt invitées « à achever l'édification de la Fédération d'États-nations que le demi-siècle précédent a seulement amorcée ». L'ambition de ce livre est précisément d'offrir à ces nouvelles générations « le minimum de données qui leur permette de saisir la démarche des pères fondateurs », à savoir leur volonté de donner vie à « une institution capable de devenir à terme, plus qu'un marché commun, un acteur irremplaçable sur la scène internationale ». Comme Monnet l'avait prévu, la tâche sera difficile « La Communauté, confessait-il, avait un objet limité. Je savais que le progrès s'arrêterait aux limites où commence le pouvoir politique. Là, il faudrait à nouveau inventer ». A l'évidence, l'heure est venue d'inventer à nouveau !
(MT)
*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Juin 2015, n° 1687, 40 p., 8 €. Abonnement annuel: 30 €.
Cette publication fédéraliste française cultivant la pugnacité et l'impertinence s'émeut, sous la plume de Jean-Pierre Gouzy, de l'indigence du Conseil européen de juin dernier qui n'a fait que « prendre bonne note des desiderata de Londres, dont les requêtes sont pourtant décisives pour l'avenir de l'entreprise engagée voici maintenant soixante-cinq ans, à l'initiative de Jean Monnet et Robert Schuman ». Le même Gouzy rappelle aussi, à juste titre, qu'une « monnaie unique de nature fédérale déconnectée de tout pouvoir de même nature n'est pas viable à la longue ». Parmi les autres sujets abordés dans ce numéro, mentionnons le rôle joué par la presse dans « l'europhobie britannique », l'absence persistante de plan B dix ans après les « non » au Traité constitutionnel (pour Fabien Cazenave, la seule éclaircie peut venir du Parlement européen… « le jour où les eurodéputés auront le courage de se réunit pour faire un Serment du Jeu de paume européen et renverser la table du Conseil européen »), les limites du Plan Juncker, le combat européen à mener par Alexis Tsipras, la montée des populismes…
(MT)
*** DOMENICO COSMAI: The Language of Europe. Multilingualism and Translation in the EU Institutions: Practice, Problems. Éditions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, CP 163, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503789 - fax: 6503794 - Courriel: editions@ulb.ac.be - Internet: http://www.editions-universite-bruxelles.be ). Collection "Études européennes". 2014, 235 p., 22 €. ISBN 978-2-8004-1574-1.
Au fil d'une expérience de quinze ans au sein de l'Unité de traduction italienne au service du Comité économique et social européen et du Comité des régions, Domenico Cosmai a accumulé des connaissances pratiques sur le multilinguisme et le fonctionnement des différents services de traduction dans les institutions européennes. Désormais à la tête d'un autre département du Comité économique et social, il a tiré de son investissement linguistique des enseignements théoriques et pratiques qu'il a consignés dans deux ouvrages en italien qui ont servi de base à cet ouvrage… traduit en anglais par David Albert Best, maître de conférences à la Faculté de droit et de criminologie à l'Université libre de Bruxelles. Dans un premier temps, l'auteur décrit la manière dont le multilinguisme est organisé et administré au sein de l'Union européenne, ce qui l'amène à rappeler les circonstances historiques et politiques qui ont modelé cette politique et influencé le travail des services concernés, des traducteurs aux interprètes en passant par les réviseurs linguistiques et par les juristes-linguistes. Aussitôt après, il s'intéresse au jargon qui a vu le jour dans le monde institutionnel européen avant de s'attacher au travail pratique réalisé sur le plan linguistique dans les différentes institutions. Il s'attarde aussi sur les changements induits par les technologies de l'information et aux obstacles pratiques qui se posent aux traducteurs, par exemple quand le traducteur allemand a dû trouver un biais pour traduire que « les membres de la Commission exercent les fonctions qui leur sont dévolues par le président sous l'autorité de celui-ci », sachant que « Autorität » est en allemand un faux ami, la solution ayant été l'utilisation du terme « Leitung » pour signifier le leadership, la guidance. L'ouvrage est riche d'exemples pratiques de ce type, sur la base de textes traduits puisés dans les différents secteurs couverts par les deux Comités qui, contrairement aux autres institutions, traduisent tous les documents dans toutes les langues de l'Union et pas exclusivement à partir de l'anglais et du français.
(MT)