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Bulletin Quotidien Europe N° 11378
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ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) uem

Paris et Berlin doivent se faire violence, selon M. Macron

Bruxelles, 31/08/2015 (Agence Europe) - Le ministre français de l'Économie, Emmanuel Macron, est d'avis que, pour consolider l'Union économique et monétaire (UEM), la France doit réformer son économie en profondeur tandis que l'Allemagne doit lever le tabou des transferts vers les pays pauvres.

« Si nous voulons une véritable union économique et monétaire, nous devons nous faire violence. Pour nous Français, cela signifie que nous faisons pour de bon les réformes qui brisent les vieilles habitudes. Et cela exige aussi de casser des tabous en Allemagne. Si les États membres ne sont pas prêts, comme jusqu'à aujourd'hui, à toute forme de transferts financiers au sein de l'union monétaire, on peut oublier l'euro et la zone euro », a déclaré M. Macron, dans une interview qu'a publiée le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung lundi 31 août. Demandant à Berlin de « ne pas se figer dans une attitude comptable vis-à-vis de l'Europe et de ses partenaires de la zone euro », il a rappelé se battre dans son pays en faveur de politiques économiques qui renforcent « la responsabilité », notamment budgétaire, et la « compétitivité ».

Le ministre a repris à son compte la proposition du président français, François Hollande, de mettre en place un gouvernement économique en zone euro doté d'une capacité budgétaire et contrôlé par un parlement limité à des élus de l'Eurozone (EUROPE 11374 et 11363). Des idées que le chef de l'État français a soumises à la chancelière allemande, Angela Merkel, lors de leur entrevue à Berlin le 24 août, rencontre au cours de laquelle le défi migratoire et la situation en Ukraine avaient relégué la question du renforcement de l'UEM au 2ème plan. Lors de cette entrevue, M. Hollande a pris soin de distinguer ce qu'on peut faire à traité constant et les mesures nécessitant un changement de traité. Il ne s'agit pas créer de la confusion et que nos propositions sur la consolidation de la zone euro entrent « en collision avec les demandes du Royaume-Uni » sur une réforme de l'UE, a indiqué une source gouvernementale française. L'opportunité de présenter des orientations franco-allemandes afin de bâtir sur les propositions communes de mai n'aurait pas encore été arrêtée, l'idée étant surtout à ce stade de faire vivre le rapport des '5 présidents' sur la refonte de l'UEM (EUROPE 11340).

Aux commandes de ce gouvernement économique, M. Macron placerait un « commissaire aux compétences étendues » qui « ne serait pas qu'un ministre des Finances de l'euro » mais quelqu'un capable d'« attribuer des moyens d'investissements ou (de) parler de politique du marché du travail ». S'il ne dit pas que cette fonction résulterait de la fusion de postes de commissaires européens et du président de l'Eurogroupe, le ministre français estime que ce commissaire devra disposer d'un budget le plus élevé possible pour être crédible afin d'aider les pays à absorber les coûts des réformes qu'ils mettent en place. Pourquoi pas en se basant sur les Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage de la zone euro, et en étant autorisé à emprunter sur les marchés. Selon M. Macron, une mutualisation partielle des dettes existantes n'est pas possible et la création d'un nouvel impôt européen n'est pas non plus pour demain.

Un tel projet à moyen terme nécessitera « naturellement » une modification des traités, selon le ministre. « Nous devons dès maintenant préparer les modifications aux traités européens. Nous pourrons les mettre en oeuvre dès l'automne 2017 quand les élections nationales en France et en Allemagne seront derrière nous », a-t-il indiqué, afin de disposer d'une UEM refondée « dès 2018 ou 2019 ». (Mathieu Bion)

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