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Bulletin Quotidien Europe N° 11378
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Défi migratoire, réunion ministérielle extraordinaire le 14/09

Bruxelles, 31/08/2015 (Agence Europe) - Alors que plusieurs responsables, dont le président grec Prokopis Pavlopoulos, avaient appelé au cours de l'été à convoquer un nouveau sommet européen sur la crise migratoire, la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE a décidé, dimanche 30 août, de donner suite à la demande de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni de convoquer un Conseil 'Justice et Affaires intérieures' extraordinaire le 14 septembre à Bruxelles.

Cette décision s'inscrit dans le lot de faits divers sordides des derniers jours avec notamment la découverte, le 27 août, de 71 cadavres de migrants dans un camion en Autriche (EUROPE 11377).

Ce Conseil formel aura à son ordre du jour les mesures à prendre ou à amplifier concernant la question des retours des migrants ne pouvant prétendre à l'asile dans l'UE, la coopération avec les pays de départ et de transit dans le cadre de la préparation du Sommet de La Valette prévu mi-novembre ou encore la lutte contre les passeurs. Les propositions de la Commission européenne détaillées en mai dans l'Agenda européen sur les migrations et visant à permettre la relocalisation dans les États membres de 40 000 personnes arrivées en Grèce et en Italie pourraient aussi se retrouver sur la table des ministres (EUROPE 11363).

La Présidence luxembourgeoise a inscrit le sujet de l'immigration à l'ordre du jour des deux prochaines réunions des ambassadeurs de l'UE (COREPER), l'agenda du Conseil extraordinaire du 14 septembre devant se préciser dans les jours à venir. Elle attend toutefois le discours sur l'Union que prononcera Jean-Claude Juncker, le 9 septembre, lors de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg.

Le président de la Commission devrait annoncer à cette occasion plusieurs propositions pour répondre à la crise migratoire. Lundi 31 août, le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, a indiqué que M. Juncker anticiperait le calendrier de certaines mesures déjà annoncées dans l'Agenda européen, parmi lesquelles la politique des retours, le rôle de l'agenda Frontex ou la liste commune des pays d'origine 'sûrs' qui concernera les pays des Balkans occidentaux candidats à l'adhésion à l'UE. La Commission a également évoqué son intention de proposer un mécanisme européen permanent de relocalisation des demandeurs d'asile entre les États membres en cas de crise migratoire.

Sur le règlement dit de Dublin qui organise la responsabilité des États membres en matière de traitement des dossiers de demandeurs d'asile, une consultation sur une possible révision est prévue pour 2016, ont commenté les services du commissaire aux Migrations, Dimitris Avramopoulos. Les appels se sont pourtant multipliés ces derniers jours en faveur d'une révision du système de Dublin accusé de créer une trop forte pression sur les pays en 1ère ligne dans la réception du flux de migrants. Les ministres allemands des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, et de l'Économie, Sigmar Gabriel, ainsi que le Premier ministre italien, Matteo Renzi, ont ainsi publiquement prôné une révision de ce règlement.

Appels à accélérer le partage de 40 000 demandeurs d'asile et la mise en œuvre des 'hotspots'

À plus brève échéance, une réunion technique entre membres de la Commission, du Bureau d'appui en matière d'asile (EASO) et des experts nationaux se tiendra les 2 et 3 septembre afin d'évoquer la manière d'appliquer la relocalisation de 40 000 demandeurs d'asile entre les Vingt-huit. Les modalités techniques doivent être examinées alors que le Parlement européen se prononcera la semaine prochaine en plénière sur ce sujet. Le 16 juillet, la commission 'Libertés civiles' du PE avait d'abord adopté le rapport de Ska Keller (EUROPE 11361). Cette réunion technique ne servira en tout cas pas à lever les réticences nationales quant à la relocalisation de ces 40 000 personnes. Le 20 juillet, les ministres n'avaient pu que s'accorder sur la répartition de 32 256 personnes, convenant de refaire le point d'ici à fin 2015. Les chiffres sont cependant meilleurs sur la réinstallation de réfugiés actuellement abrités dans les pays voisins de la Syrie avec plus de 22 500 places offertes dans l'UE et dans les pays associés à ces réfugiés.

Lundi 31 août, à Calais, en marge d'une visite des commissaires européens Timmermans et Avramopoulos, le Premier ministre français, Manuel Valls, a appelé à un partage accru de la charge d'accueil entre États membres. « De trop nombreux pays refusent de prendre leur part, on ne peut pas l'accepter », a-t-il dit, rappelant que la France avait accepté la proportion allouée en mai par la Commission (6 752 personnes à relocaliser sur deux ans depuis la Grèce et l'Italie). Parallèlement à la mise en œuvre d'une politique d'asile européenne unifiée et harmonisée en matière de « délais, règles et de prestations » appliquées aux réfugiés, M. Valls a également souhaité que soit étudiée la possibilité de déployer des garde-frontières européens. De même, le développement en Grèce et en Italie des centres de filtrage ('hotspots') devrait être accéléré afin de permettre le renvoi des migrants économiques vers leur pays d'origine. Selon le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, « 60% des migrants présents à Calais » seraient des migrants économiques, les autres personnes pouvant obtenir une protection. Des statistiques que contestent toutefois les ONG sur place.

À Calais, où plus de 3 000 migrants seraient présents, les commissaires européens ont annoncé une aide d'urgence de 5,2 millions d'euros à la France dans le cadre du fonds Asile, Migration et Intégration (AMIF). Cette aide devrait permettre de construire pour début 2016 un nouveau centre humanitaire.

Clôture hongroise et contrôles renforcés en Autriche

Le mur de barbelés construit entre la Hongrie et la Serbie et destiné à empêcher les migrants venus de Grèce jusqu'en Serbie de rejoindre l'UE via la Hongrie devait être par ailleurs achevé lundi. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s'est d'ailleurs attiré les foudres de Budapest en estimant que ce mur était « anti-européen » et niait les valeurs de l'UE. Le même jour, un train hongrois avec à son bord 300 à 400 migrants a également été bloqué à la frontière autrichienne et les personnes ayant fait une demande d'asile en Hongrie ont été renvoyées à Budapest, a rapporté l'AFP.

Dans le même temps, l'Autriche a procédé à des contrôles au niveau de sa frontière avec la Hongrie en accord avec ses voisins allemand et slovaque pour interpeller les trafiquants et les passeurs. Ces opérations auraient permis de récupérer plus de 200 migrants et d'interpeller 5 passeurs. (Solenn Paulic)

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