Bruxelles, 27/08/2015 (Agence Europe) - Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, a évoqué les enjeux du renforcement de la zone euro et évoqué certaines mesures de court terme pour consolider l'Union économique et monétaire (UEM), jeudi 27 août à Paris.
« L'intégration par les crises a fait la preuve de son efficacité, mais elle ne suscite plus l'adhésion des citoyens. Il s'agit donc d'associer l'euro à un 'récit positif', de se doter des instruments nécessaires et de s'assurer qu'ils font l'objet d'un contrôle démocratique », a déclaré M. Coeuré, lors d'une intervention à la Semaine des ambassadeurs français. Selon lui, les Européens doivent s'interroger sur ce qui peut être fait en commun sur le plan économique afin de réaliser des gains d'efficacité et des économies d'échelle. Sur le plan budgétaire, le membre du directoire de la BCE n'est pas opposé à un plus grand partage des risques. Mais celui-ci « suppose une convergence économique suffisante entre les États participants », a-t-il souligné, dans la mesure où « la solidarité ne peut se transformer en un système de transferts permanents, qui ne fait pas partie du 'contrat' constitutif de l'union monétaire ». Et ce partage nécessite aussi des politiques budgétaires « responsables », car « on ne peut pas prôner l'Europe de la solidarité et croire que la politique économique d'un pays de la zone euro est l'affaire de son seul Parlement ».
Pour réaliser un projet commun, des « institutions communes » sont nécessaires, a estimé M. Coeuré. Reprenant à son compte la proposition du précédent président de la BCE, Jean-Claude Trichet, il a plaidé pour « la création d'un ministère des Finances de la zone euro sous le contrôle du Parlement européen ». Ce ministère aurait pour responsabilité la prévention des déséquilibres économiques et budgétaires, la gestion des crises dans la zone euro, mais aussi la gestion d'une capacité budgétaire propre aux Dix-neuf et la représentation de l'Eurozone dans les institutions économiques et financières internationales.
Conscient que de telles évolutions prendront du temps et exigeront peut-être un changement de traité que lui-même n'a pas évoqué, le haut responsable a prôné des mesures à prendre à court terme pour consolider l'Union économique et monétaire. Il a évoqué la finalisation de l'union bancaire avec notamment « un accord rapide sur un dispositif de soutien commun pour le Fonds de résolution et la mise en place progressive d'un système européen d'assurance des dépôts ». Sur le plan économique, M. Coeuré a plaidé pour « une stratégie de croissance commune » reposant sur l'identification des faiblesses et des réformes structurelles à mettre en œuvre. Dans ce domaine, « les mots clés doivent être la productivité et le taux d'emploi, qui sont des jeux à somme positive, non la compétitivité qui est un jeu à somme nulle », a-t-il estimé. (Mathieu Bion)