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Bulletin Quotidien Europe N° 11376
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) ukraine

M. Juncker appelle au respect des accords de Minsk, surtout par Moscou

Bruxelles, 27/08/2015 (Agence Europe) - Le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, a appelé, jeudi 27 aout, à la mise en application des accords de Minsk par les deux parties, « en particulier la Russie ».

« La partie russe ne semble pas appliquer les impératifs qui sont les siens », a-t-il souligné lors d'une conférence de presse avec le président ukrainien Petro Porochenko, ajoutant que la paix passait nécessairement par la mise en œuvre de ces accords. « La Russie ne réalise en rien les accords de Minsk », a dénoncé M. Porochenko. Lors des 24 dernières heures, 7 soldats ukrainiens ont été tués, a-t-il indiqué. Depuis le début de la guerre à l'Est de l'Ukraine, plus de 6800 personnes ont été tuées.

Le président ukrainien a, au contraire, assuré que « des efforts énormes (étaient) faits par l'Ukraine pour la réalisation des accords de Minsk », lors d'un point presse avec le président du Conseil européen Donald Tusk. Il a évoqué la coopération avec l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), le retrait des armes ou encore le travail sur le processus politique. Selon M. Porochenko, la révision du processus constitutionnel sera débattue au Parlement ukrainien le 31 août. Si celle-ci est adoptée, « alors nous aurons accompli tous les aspects politiques de l'accord de Minsk », a-t-il précisé, s'opposant à toute nouvelle négociation ('Minsk 3').

M. Tusk a vu d'un bon œil l'accord du groupe de contact trilatéral le 26 août en vue d'un cessez-le-feu à partir du 1er septembre. Mais, pour le président ukrainien, le cessez-le-feu doit être immédiat. Il a aussi une nouvelle fois appelé à une mission de des Nations Unies ou de l'UE pour assurer la sécurité. « L'Ukraine va constamment revenir à l'idée d'introduire des casques bleus, pas comme une alternative à Minsk mais comme une aide, ou l'introduction d'une mission de l'UE dans un format PSDC », a-t-il indiqué. Lors de sa rencontre avec M. Tusk, il a précisé que le Comité politique et de sécurité (COPS) de l'UE se rendrait en Ukraine mi-septembre pour prendre des informations sur l'application des accords de Minsk et sur de possibles actions supplémentaires de l'UE sur le terrain dans les régions de Louhansk et Donetsk.

Enfin, le président ukrainien a espéré que l'UE aurait « la possibilité de prolonger ses sanctions contre un certain nombre de personnalités russes », y compris en lien avec l'annexion de la Crimée.

D'énormes progrès accomplis sur la question des visas

MM. Juncker et Porochenko ont aussi abordé le dossier de la libéralisation des visas. Si M. Juncker a souligné les « énormes progrès accomplis », il a appelé à des efforts supplémentaires, notamment concernant la lutte contre la corruption. L'Ukraine a envoyé le 17 août sa position sur une liste de points soulevés par la Commission. Cette position est actuellement étudiée par l'institution européenne qui devrait rendre son avis d'ici fin 2015. « Nous ferons tout pour que la position de la Commission européenne soit la plus positive possible », a expliqué M. Juncker afin que les États membres puissent donner leur accord à cette libéralisation.

M. Juncker, tout comme M. Porochenko ont également insisté pour que l'entrée en vigueur de la zone de libre échange entre l'Ukraine et l'UE ait lieu le 1er janvier 2016. « Toute manœuvre visant à remettre à plus tard (cette entrée en vigueur) est sans effet sur la position de l'UE », a-t-il souligné. À noter que deux pays européens - Chypre et la Grèce - n'ont pas encore ratifié l'accord d'association à ce jour.

L'accord sur la restructuration de la dette publique salué

M. Juncker s'est, par ailleurs, dit « très satisfait » de l'accord, scellé le jour même, sur la restructuration de la dette ukrainienne qui « réduira les besoins en financement bruts » du pays et lui « permettra de continuer le processus de réformes ».

Ecartant la menace d'un défaut de paiement, cet accord prévoit l'effacement de 20% du nominal de la dette ukrainienne, soit environ 3,6 milliards de dollars, une légère hausse du taux d'intérêt (7,75% contre une moyenne de 7,2% actuellement) et un allongement de quatre ans de la période de remboursement. Le niveau de remboursement dépendra aussi du niveau de croissance, selon des informations publiées par les autorités ukrainiennes. Au total, l'accord permet à Kiev d'économiser 11,1 milliards de dollars sur cette période.

« Aucun pays, qui ne s'est pas déclaré en défaut de paiement, n'a obtenu de telles conditions », s'est félicité le Premier ministre ukrainien, M. Iatseniouk, cité par l'AFP. « La Russie n'obtiendra jamais de meilleures conditions que les autres créanciers », a-t-il ajouté. Moscou ne participera pas à la restructuration de la dette ukrainienne et demande le remboursement de 3 milliards de dollars d'ici au 20 décembre.

Le fonds Franklin Templeton et trois autres institutions financières américaines détiennent deux tiers, soit 8,9 milliards de dollars, de la dette publique ukrainienne. L'accord a été scellé par la ministre des Finances Natalie Jaresko, une Américaine naturalisée ukrainienne.

Fin juillet, la Commission avait versé un prêt de 600 millions d'euros à Kiev, une somme correspondant au tiers du 3ème plan d'aide macro-financière approuvé par l'UE en faveur de l'Ukraine (EUROPE 11364). Au total, l'UE a déjà versé plus d'1,6 milliard d'euros dans le cadre de deux plans d'aide macro-financière précédents. (Camille-Cerise Gessant et Mathieu Bion)