Bruxelles, 24/08/2015 (Agence Europe) - Alors que 4 400 migrants ont été à nouveau secourus au cours du week-end par les garde-côtes italiens, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, a dénoncé, lundi 24 août, dans une tribune publiée dans la presse française et allemande, l'attitude des États membres vis-à-vis de la tragédie migratoire et exhorté ceux-ci à l'action, jugeant par ailleurs inutile de convoquer un nouveau sommet extraordinaire sur le sujet.
Le président Juncker a également annoncé que la Commission présenterait en septembre une liste commune de pays tiers dits sûrs, liste qui permettra aux pays membres d'accélérer le traitement des demandes d'asile des ressortissants de pays jugés non-dangereux en vue de leur retour dans leur pays. Le 20 juillet, les ministres de l'Intérieur de l'UE avaient précisément adopté des conclusions sur ces pays sûrs (BQE) visant en particulier les pays des Balkans dont certains ressortissants, par des demandes d'asile jugées abusives, mettent les administrations nationales des États membres sous pression.
« On n'a pas besoin d'un autre sommet extraordinaire des chefs d'État et de gouvernement. Nous avons eu beaucoup de sommets et nous nous reverrons en novembre à Malte. Ce qu'il nous faut c'est assurer que tous les États membres de l'UE adoptent maintenant les mesures européennes et les mettent en oeuvre sur le terrain », a expliqué le président Juncker. Il a également rappelé que la Commission avait « déjà proposé, il y a neuf ans, d'avoir une liste commune de l'UE de 'pays d'origine sûrs'» ». Et « à l'époque, les États membres ont rejeté l'idée comme une ingérence dans les prérogatives nationales ».
Pour le reste, Jean-Claude Juncker a jugé que « ce qu'il nous faut, et ce que nous fait malheureusement encore défaut, est le courage collectif de donner suite à nos engagements - même quand ils ne sont pas faciles ; même quand ils ne sont pas populaires ».
S'inquiétant des dérives populistes dans les États membres, le Luxembourgeois a rappelé les mesures prises depuis le mois de mai, notamment le triplement des moyens de l'opération Triton ou la réinstallation dans l'UE de 20 000 réfugiés abrités dans les camps de l'ONU dans les pays tiers.
Mais sur la relocalisation de 40 000 migrants depuis la Grèce et l'Italie, qui heurte les États membres, le président de la Commission a appelé à aller plus loin et réitéré que la Commission soumettrait un mécanisme permanent de répartition des migrants et demandeurs d'asile entre les États membres.
Lundi 24 août, la chancelière allemande, Angela Merkel, devait s'entretenir à Berlin de la situation en Ukraine et de la crise des migrants avec le président français, François Hollande. Il sera question des initiatives à prendre pour faire face à ce qui est considéré comme le pire exode de populations depuis la seconde guerre mondiale. Pourtant, aucun « nouveau papier » ne devrait sortir lundi de la rencontre, selon Paris, a précisé l'AFP.
Selon l'AFP, la réunion des deux dirigeants devrait, entre autres, porter sur l'établissement d'une liste commune de pays d'origine sûrs et sur l'accélération de la mise en oeuvre des centres d'identification des migrants arrivant en Italie et en Grèce, les fameux hotspots. Deux d'entre eux sont déjà lancés, l'un en Sicile et l'autre au port du Pirée. Selon Frontex, 340 000 personnes ont traversé les frontières de l'UE dans les sept premiers mois de l'année, contre 280 000 au total pour toute l'année 2014 (Solenn Paulic)