Bruxelles, 26/06/2015 (Agence Europe) - Les dirigeants allemand, Angela Merkel, et français, François Hollande, ont encouragé leur homologue grec, Alexis Tsipras, à « accepter l'offre généreuse » des trois 'institutions' (Commission européenne, BCE, FMI) « à faire le grand saut » vers un accord qui permettrait à la Grèce d'éviter le défaut de paiement, mardi 30 juin.
M. Tsipras a refusé de se plier aux pressions. « Les principes fondateurs de l'UE étaient la démocratie, la solidarité, la qualité et le respect mutuel, ces principes n'étaient pas basés sur le chantage et l'ultimatum », a-t-il déclaré à son départ du Conseil européen. « Personne n'a le droit, surtout dans ces temps cruciaux, de mettre en danger ces principes ; nous allons continuer à nous battre de manière décisive pour eux », a-t-il ajouté.
Interrogé sur ces propos, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a réitéré qu'il n'y avait pas d'offre 'à prendre ou à laisser'. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a, quant à lui, souligné que la seule pression existante était celle du temps. Déjà prolongé une première fois de 4 mois en février, le deuxième plan de sauvetage financier de la Grèce expire mardi 30 juin.
Les autorités grecques devaient arrêter leur position, vendredi soir, en vue de l'Eurogroupe programmé pour samedi. Les informations contradictoires circulaient sur la voie à suivre en cas d'échec. L'Eurogroupe devrait discuter d'un 'plan B' - c'est-à-dire la façon d'affronter un défaut de paiement grec et d'éviter la contagion de la crise au coeur de la zone euro - incluant un possible contrôle du mouvement des capitaux, selon une source européenne. Or, il n'existe pas de 'plan B', a martelé Mme Merkel. « Si la Grèce sort de la zone euro, ce serait une défaite pour l'Europe », a déclaré le dirigeant italien, Matteo Renzi. « J'espère que chacun est conscient de la gravité de la situation. Si on ne trouve pas d'accord, ce sera une situation où tout le monde est perdant », a prévenu le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel.
Plusieurs sources concordantes expliquaient toutefois, vendredi, que les divergences n'étaient plus très importantes, même si le gouvernement grec hésite encore à accepter la proposition des 'institutions'.
Les principales divergences sont les suivantes, selon les derniers documents ayant fuité dans la presse. La Grèce campe sur sa volonté d'un impôt unique de 12% sur les bénéfices des sociétés au-delà de 500 000 euros, les recettes découlant de cette taxe étant estimées à 1,4 milliard d'euros d'ici fin 2015. Athènes maintient sa volonté d'augmenter de 3,9% la contribution des employeurs au principal fonds de pension. Ces deux mesures avaient été supprimées par les créanciers craignant leur impact négatif sur la croissance. La Grèce veut toujours entamer la réforme des retraites fin octobre et non au 1er juillet prochain, mais elle a accepté que l'âge de la retraite soit fixé à 67 ans dès 2022, et non plus 2025. Sur la suppression graduelle de la prime spéciale EKAS pour les retraites les plus faibles, la Grèce parle aujourd'hui de la remplacer d'ici 2018 au lieu de 2020. Athènes maintient, par ailleurs, un taux super réduit sur la TVA pour les îles grecques. C'est sur la question de la TVA que les positions des deux parties restent le plus éloignées. Le nouveau papier grec prévoit que tous les produits alimentaires passent à un taux réduit à 13%, alors que les créanciers veulent que seule l'alimentation de base passe à ce taux et que le reste soit taxé à 23%. Enfin, la question de la TVA sur l'hôtellerie, que les créanciers veulent fixer à 23%, reste un point de désaccord. Les Grecs prévoient que les recettes de la TVA atteignent 0,93% du PIB, ce qui les rapproche du 1% voulu par les institutions.
Sur le financement du programme, la seule inconnue est la part de l'enveloppe de 10,9 milliards d'euros réservée pour les banques qui pourra être redirigée pour d'autres besoins de la Grèce. Pour tenir pendant les 5 mois d'extension du plan de sauvetage (le Premier ministre irlandais, Enda Kenny, a parlé de six mois), il y a aurait 15,5 milliards d'euros disponibles dans le programme: 1,8 milliard du fonds FESF, 3,5 milliards du FMI, 3,3 milliards d'euros de profits engendrés sur les titres grecs que la BCE a acquis dans le cadre du programme 'SMP' et environ 6,9 milliards d'euros prélevés sur l'enveloppe destinée aux banques grecques. Pour faire face au remboursement d'1,6 milliard au FMI, mardi 30 juin, le meilleur scénario serait que l'eurozone puisse verser 1,9 milliard des profits du programme 'SMP'.
Outre la visibilité sur un an sur le financement grec, nécessaire pour le FMI, un engagement renouvelé sur la dette n'était pas exclu. Dans tous les scénarios imaginés par le FMI, chacun prévoyant un troisième plan d'aide, les objectifs de la trajectoire de la dette fixés en novembre 2012 ne seraient pas atteints.
Le Premier ministre belge, Charles Michel, comprend que la crise grecque doit être abordée au plus haut niveau politique. Il a établi un parallèle avec une mesure fiscale belge ('tax shift') qui n'aurait pu, selon lui, être négociée que par les « chefs de cabinet » en raison de sa teneur « politique ».
M. Juncker a rappelé qu'il avait passé 15 heures à négocier en personne avec M. Tsipras ces derniers jours. « Donc, je n'ai pas manqué de débat grec », a-t-il ajouté, se disant « optimiste, mais pas outrancièrement optimiste » quant à l'issue possible de l'Eurogroupe de samedi. Or, M. Tusk a dit ne pas imaginer qu'une discussion sur les détails de la TVA grecque ait lieu au plus haut niveau politique. « Le bon format est l'Eurogroupe », a-t-il souligné. (Elodie Lamer avec AN, MB, CG).