Bruxelles, 26/06/2015 (Agence Europe) - La laborieuse discussion des leaders européens dans la nuit de jeudi 25 à vendredi 26 juin pour parvenir à un accord minimal sur la relocalisation dans l'UE de 40 000 migrants en besoin de protection internationale (EUROPE 11343) a été diversement appréciée par les familles politiques du PE.
Les Verts/ALE se sont ainsi gaussés du fait que la solidarité « oui ! Si c'est l'affaire des autres! », a réagi Philippe Lamberts, le président du groupe. « C'est en substance le message délivré par ce Conseil. Un Conseil d'où les leaders européens sortent renforcés par leur "action commune", devenue désormais le "label de l'Europe ": repousser les problèmes et ainsi participer à leur amplification ». Le groupe estime que les États membres se sont livrés « à une mise aux enchères dans laquelle chacun d'eux reste libre d'être plus ou moins offrant pour l'accueil ».
Le groupe S&D a salué très sobrement cet accord des États membres sur la relocalisation de 40 000 personnes et surtout critiqué le refus des États membres de s'accorder sur un mécanisme contraignant comme le souhaitait la Commission. « Au moins, nous avons une sorte d'accord », a réagi le leader italien du S&D, Gianni Pittella, tout en s'inquiétant des modalités de cet accord. « Nous avons toujours des inquiétudes sur les détails et sur l'accent mis sur le retour des migrants plutôt que sur la solidarité ».
Alors que le Premier ministre italien, Matteo Renzi, a raillé ses partenaires dans la nuit pour leur difficulté à venir en aide à son pays ainsi qu'à la Grèce, le Premier ministre belge, Charles Michel, s'est également dit déçu de cette discussion sur la migration, vendredi 26 juin, au second jour du Sommet européen. « La décision d'hier est affligeante, c'était une réunion pour rien, on n'a pratiquement pas progressé », a réagi le Belge. « Pour certains pays, il y avait la volonté d'être solidaires quand ça les arrange et seulement quand ça les arrange, ça ne va pas », a ajouté le leader belge qui a jugé qu' « hier, il n'y avait manifestement pas le sens des responsabilités autour de la table ».
Les conclusions définitives évoquent « la relocalisation temporaire et exceptionnelle sur deux ans, depuis l'Italie et la Grèce, États membres situés en première ligne, vers d'autres États membres, de 40 000 personnes ayant manifestement besoin d'une protection internationale, mesure à laquelle tous les États membres participeront ». Les États ont toutefois précisé que les engagements chiffrés donnés au cours du mois de juillet feront l'objet d'une décision par consensus.
Ils ont aussi longuement insisté sur la création des centres de sélection des candidats à l'asile dans le cadre des fameux 'hotspots' et demandé à la Commission une feuille de route d'ici à juillet 2015 sur les aspects de ces centres de « tri ». L'Accent a aussi été mis sur la politique de réadmission via des échanges de haut niveau avec les pays d'origine et de transit des migrants. Frontex pourrait bientôt être dotée de nouvelles compétences en matière de retour. La situation des Balkans sera également prise en compte, au bénéfice de la Hongrie et de la Bulgarie qui se plaignent de trop fortes tensions migratoires.
Cet accord a en tout cas été très bien accueilli par la Pologne, pays d'origine du président du Conseil européen, Donald Tusk, qui était opposé au système de quotas obligatoires. « Nous avons obtenu tout ce que nous voulions obtenir», a réagi vendredi le Premier ministre, Mme Ewa Kopacz. De son côté, Donald Tusk a justifié vendredi la longueur et la complexité des débats qui ont duré près de 6 heures. « Oui la discussion a été dure, franche mais honnête », le Polonais reconnaissant qu'elle a porté en partie sur les mots 'volontaire' ou 'obligatoire'. « Je pense que les mots ont des conséquences et les discussions sur le sens de volontaire ou obligatoire, ce n'est pas seulement une question de forme, ça va bien au-delà », a réagi Donald Tusk.
Le président du Conseil européen a rappelé que l'accueil des migrants demandé par Bruxelles était un dispositif tout à fait nouveau pour certains pays qui n'ont « aucune expérience » en la matière. Donald Tusk a également souligné que ce Sommet consacré aux migrations était sans doute « le plus difficile » qu'il ait eu à gérer depuis son arrivée au Conseil européen en décembre dernier. (Solenn Paulic avec CG et JK)